Près de 6 Guatémaltèques sur 10 vivent dans la pauvreté. Mais au sein des communautés mayas, ce rapport s’élève à environ 8 personnes sur 10, voire 9 dans certaines régions ! Cette pauvreté multidimensionnelle résulte en réalité de la collusion d’intérêts entre une poignée d’acteurs économiques, politiques et militaires mettant la main sur les richesses du pays au détriment d’une grande majorité de la population. Pour défendre leurs propres intérêts et privilèges, certains d’entre eux n’hésitent pas à faire peser des menaces sur les défenseurs de droits humains, les exposant à des représailles et à la criminalisation.
L’un des exemples qui illustre cette situation concerne les plantations de canne à sucre qui se sont multipliées sur la côte sud du Guatemala durant la dernière décennie. Si les entreprises sucrières font de plantureux bénéfices, nombreuses sont les communautés paysannes environnantes qui se mobilisent pour défendre leurs droits face aux abus des entreprises sucrières : détournement des cours d’eau au détriment des populations, pollution générée par le déversement de déchets industriels dans les rivières, contamination des cultures voisines des paysans par l’utilisation de pesticides, brûlage de la canne à sucre générant de fortes chaleurs ainsi que des problèmes respiratoires pour les habitants, etc. Mais lutter pour ses droits dans ce contexte, c’est parfois s’exposer à de graves dangers.
En quoi consiste le projet de Frères des Hommes ?
L’une des fonctions de notre partenaire Serjus est de garantir un soutien juridique aux personnes qui font l’objet de menaces et de criminalisation pour avoir osé défendre le droit de communautés (souvent autochtones) qui subissent injustices et abus. Ce sont des leaders qui ont développé des compétences grâce aux formations organisées par Serjus au sein de son Ecole politico-juridique. Ils y acquièrent les connaissances juridiques, politiques et méthodologiques leur permettant de défendre les droits de leurs communautés.
Chaque année, 40 personnes apprennent ainsi à analyser les problèmes auxquels elles sont confrontées et à définir, ensemble avec leur communauté, les solutions qu’il convient d’y apporter. C’est ainsi que peut s’organiser une résistance pacifique face, par exemple, à une grande entreprise qui tente illégalement de s’approprier un cours d’eau au détriment des populations environnantes. Souvent, la lutte est ardue car les leaders subissent fréquemment intimidations, menaces et répression, simplement parce qu’ils ont cherché à défendre leurs droits. Il n’est pas rare qu’ils fassent l’objet d’une détention arbitraire orchestrée par un système judiciaire corrompu. Serjus se mobilise alors pour leur assurer une défense en justice.
Témoignage de Don Pedro (1), leader d’une communauté maya située sur la Côte Sud du Guatemala.
Lorsque nous le rencontrons, Don Pedro nous explique que l’entreprise sucrière a détourné une bonne partie de l’eau au grand dam de la communauté locale : elle en fait un usage intensif pour irriguer ses plantations. Mais elle occasionne également une pollution importante en déversant les eaux industrielles dans le fleuve. Et ce ne sont pas là les seules nuisances ! La firme fait régulièrement des épandages de pesticides par avion, ce qui est particulièrement dangereux en raison de la dérive incontrôlée des produits chimiques. « Tout ce que nous mangeons est contaminé, explique Don Pedro, mais ils ne se préoccupent pas de nous ! »
« Je sais que lutter contre les grandes entreprises, c’est courir des risques, nous dit Don Pedro. Quand j’ai commencé, je savais qu’on en voudrait à ma vie. On me suivait. Je changeais alors de chemin. Récemment, j’ai encore reçu des menaces par téléphone ». Malgré le danger, Don Pedro ne baisse pas les bras. Il poursuit : « Ailleurs dans le pays, certains leaders tombent malades car psychologiquement, c’est dur. Certains abandonnent la lutte. Mais nous, nous continuons ».
Afin de le protéger, on lui a proposé de quitter le pays, mais il s’y refuse : « J’ai une famille avec des petits enfants. De quoi vivront-ils si je m’en vais ? » Alors, sa meilleure protection, c’est précisément l’accompagnement indéfectible de Serjus : « Je dis toujours que si je suis encore là, c’est parce que des organisations comme Serjus veillent à ce que nous ne soyons pas seuls. Nous, leaders communautaires, nous leur sommes reconnaissants. Si j’étais seul, il y a longtemps qu’on aurait attenté à ma vie ».
Outre cette protection, Serjus s’investit également dans la défense en justice de Don Pedro. Là aussi, le chemin est semé d’embûches : reports d’audiences, corruption de l’appareil judiciaire… Alors, notre partenaire doit aussi se battre. Il a notamment porté le témoignage de Don Pedro à l’étranger et s’unit avec d’autres associations pour interpeler des juridictions internationales.
Si, vous aussi, vous voulez soutenir ce projet, cliquez ici
- Don Pedro est en réalité un nom d’emprunt car sa vie est menacée depuis qu’il s’est mobilisé pour défendre les droits de sa communauté face aux abus de la centrale sucrière
Crédit photo : FDHB – Ecole politico-juridique de Serjus où sont formés des leaders
