La course à « l’or blanc » en Bolivie

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Depuis quelques années, en Amérique du Sud, se joue un enjeu majeur : l’extraction du lithium.

Ce métal alcalin, est devenu essentiel à la transition énergétique et est indispensable dans un grand nombre de secteurs comme l’industrie de la céramique et du verre, l’aérospatial, mais surtout les batteries de voitures électriques ainsi que les téléphones et ordinateurs. Celui-ci se retrouve donc être une ressource qui suscite l’intérêt d’énormément d’entreprises et d’états, notamment la Bolivie (où se situe notre partenaire Tusoco ) qui abrite l’une des plus grandes quantités au monde. Le pays qui fait partie de la région dite du « triangle du lithium » avec le Chili et l’Argentine, posséderait 20% des ressources mondiales, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis.

Un levier politique bien réel

La Bolivie étant en pleine crise, c’est tout naturellement que le lithium s’est retrouvé au cœur des promesses économiques des candidats aux dernières élections présidentielles. Rodrigo Paz Pereira qui en est sorti vainqueur et a prêté serment ce 8 novembre 2025, a déclaré vouloir moderniser la filière, garantir la transparence et a affirmé que l’élaboration d’une nouvelle loi était en cours pour attirer les investissements.
Le nouveau Président a critiqué les gouvernements du passé et les accuse d’avoir échoué à produire des résultats tangibles en plus d’avoir menti sur la réalité de l’industrialisation du lithium.

Une activité non sans conséquences

Seulement, cette course à « l’or blanc » met en danger l’environnement et les populations locales. Le processus d’extraction, qui consiste à pomper une eau souterraine très riche en sel (saumure) avant d’être stockée dans d’immenses bassins à ciel ouvert pour évaporation, contamine l’eau douce et assèche les milieux environnants.

Dans ce pays andin, la majeure partie de ce métal est située dans le Salar d’Uyuni dans le département de Potosí, une région très aride où les communautés locales sont dépendantes des réserves d’eau douce présentes et donc particulièrement impactées par le problème de l’eau, tant au niveau de leur agriculture et de leur élevage (quinoa, lamas) qu’au niveau de leurs rituels et leurs commerces. Malheureusement la population n’est pas informée sur les quantités pompées et rien ne leur garantit un accès à l’eau à long terme.

Enfin, les communautés locales disposent de très peu, voire pas d’informations sur les conséquences sur leurs terres de cette industrie et ne savent pas s’ils pourront en retirer des bénéfices. Pourtant l’article 352 de la constitution bolivienne établit que pour exploiter des ressources naturelles non renouvelables sur un territoire donné, l’État doit obligatoirement mener une consultation préalable auprès des populations concernées.

Ce qu’il en est pour nos partenaires

Pour mieux comprendre quel est réellement la situation sur place nous avons récolter le témoignage de Henry, membre de Red TUSOCO qui connait très bien la région et travaille avec des populations des départements de Oruro et Potosi. Il nous informe que l’impact de l’exploitation du lithium n’est pas direct mais qu’elle se produit bien de manière irresponsable. En effet, Il confirme que le processus d’extraction prive d’eau les communautés les plus proche de l’usine de lithium, notamment celle de Santiago de Agencha avec laquelle ils développent des activités dans la région, qui constate une diminution de son débit d’eau.
Henry nous a indiqué que la technologie utilisée par l’entreprise, implantée depuis 2008, ferait face à plusieurs problèmes tel que des fuites et serait devenue techniquement non viable et obsolète…

“Ce n’est pas respecté, le gouvernement précédent l’a imposé politiquement alors qu’il faudrait organiser une consultation citoyenne. J’espère que ce nouveau gouvernement agira de manière plus responsable.” – Henry concernant l’article 352 de la constitution bolivienne.

Le défi du lithium est le symbole d’une tension entre urgence climatique mondiale et survie des écosystèmes locaux. Derrière l’écran de nos smartphones ou le volant de nos voitures électriques, se cache une réalité brutale pour les populations proches des usines de lithium. En tant que citoyen du nord, notre transition écologique ne peut être juste si elle repose sur l’épuisement des ressources vitales du sud.

Écrit par Martin Barbier

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République de Bolivie. (2009, 7 février). Constitución Política del Estado. Digithèque de matériaux juridiques et politiques (MJP), Université de Perpignan. https://mjp.univ-perp.fr/constit/bo2009.htm

Bolivia.com. (2025, 29 janvier). La propuesta de Rodrigo Paz para atraer inversión y resguardar los recursos de Bolivia. https://www.bolivia.com/actualidad/noticias/la-propuesta-de-rodrigo-paz-para-atraer-inversion-y-resguardar-los-recursos-de-bolivia-561260

Swissinfo. (2025, 29 janvier). Rodrigo Paz cuestiona « ¿dónde está el litio y el gas? » y acusa a Evo Morales y Luis Arce. https://www.swissinfo.ch/spa/rodrigo-paz-cuestiona-%22d%C3%B3nde-est%C3%A1-el-litio-y-el-gas%3F%22-y-acusa-a-evo-morales-y-luis-arce/90302094

Gagnon, S., & Ghorra-Gobin, C. (2017). Le lithium, un enjeu stratégique pour la transition énergétique : vers une nouvelle géopolitique des ressources. Annales de Géographie, (713), 56-80. https://shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2017-1-page-56

Coordenação-Geral de Observação da Terra/INPE. (s.d.). Lithium mine at Bolivia’s Uyuni Salt Flat [Photographie]. Flickr. https://flickr.com/photos/153282474@N02/43000042851 (Licence CC BY-SA 2.0)

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