Brésil : Expulsion de familles Sans Terre dans l’Etat du Minas Gerais dénoncée au Rapporteur spécial des Nations unies

  Agriculture et Droit à la terre

L’expulsion de Quilombo Campo Grande met en danger 450 familles d’agriculteurs

Rapport de la « Campagne Zéro Expulsion » faisant suite à la violation des droits dans le contexte de pandémie, 13 août 2020 [1]

Le jeudi 13 août, la Campagne Zéro Expulsion [2] a transmis au Rapporteur spécial des Nations unies sur le logement convenable, Balakrishnan Rajagopal, un rapport dénonçant la destruction d’une école, l’expulsion de six familles et la menace d’expulsion pour plus de 450 familles du Mouvement des Sans Terre de l’acampamento Quilombo Campo Grande [3] situé à Campo do Meio (Minas Gerais). Dans le rapport, la Campagne demande que le gouverneur de cet Etat, Romeu Zema (parti Novo), fasse l’objet de mesures officielles afin que soit immédiatement suspendue la récupération de biens par des entités privées.

Sur base d’une décision du Tribunal de Justice du Minas Gerais avec l’aval de Zema, l’expulsion a débuté le mercredi 12 par une opération impliquant environ 150 policiers militaires. Après la pression exercée par différentes organisations et mouvements de défense des droits humains, le gouverneur déclara sur son compte Twitter [4] que l’expulsion était suspendue, mais le Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre (MST) a dénoncé qu’il n’en était rien et que la police était toujours sur les lieux le jeudi 13. Les familles sont demeurées également sur leurs gardes afin d’empêcher que la police ne détruise les habitations et les cultures. Aucune assistance ne leur a été apportée par le gouvernement de l’Etat.

L’acampamento Quilombo Campo Grande a été établi il y a 22 ans sur les lieux de la centrale sucrière Ariadnópolis en faillite qui ne s’est toujours pas acquittée des sommes revenant de droit à d’innombrables travailleurs. Les terres dont profitait auparavant une seule personne sont devenues aujourd’hui un lieu d’habitation et de survie pour 450 familles paysannes. Avec 40 hectares de potagers, 60.000 arbres indigènes et 60.000 arbres fruitiers, l’acampamento produit annuellement 510 tonnes de café sans pesticides ainsi que 8 tonnes de miel tout comme des céréales, des légumes, des fruits, des plantes médicinales, du lait et des produits laitiers et des denrées élaborées telles que pâtisseries et confitures.

Sur le terrain, un centre d’expertise et de technologie en agroécologie était en construction. « Ainsi, l’expulsion de Quilombo Campo Grande constitue une grave violation des droits humains pour les familles vivant sur les lieux qui peuvent perdre tant leur toit que leurs moyens de subsistance. Ceci impacte aussi directement la sécurité alimentaire de toutes les familles qui bénéficient des aliments qui y sont produits » déclare la Campagne Zéro Expulsion.

Dénonciation

La Campagne Zéro Expulsion précise également que la décision judiciaire sur laquelle est fondée l’expulsion est contestée dans la mesure où elle affecte des familles qui ne seront pas prises en compte si cette propriété venait à être privatisée. Dans le rapport, les organisations de la Campagne ont également souligné la gravité de l’expulsion à un moment où l’état de calamité publique a été instauré par décret dans le Minas Gerais. L’Etat compte 160.485 cas confirmés de Covid-19 et plus de 3.783 morts. Le jour de l’expulsion, 170 décès y ont été enregistrés en 24h, un record en termes de statistiques.

Zéro Expulsion

La « Campagne Zéro Expulsion – Pour la vie à la Campagne et à la Ville » [2] a été lancée pour garantir le droit au logement des familles brésiliennes, en particulier dans le contexte de pandémie, bien qu’il s’agisse d’une campagne permanente. L’initiative regroupe plus de 100 mouvements populaires, organismes et organisations sociales.

Traduction libre du texte publié par Luciana G. Console, et envoyé par le Mouvement des paysans sans terre MST/Coletivo de Projetos Internacionais- prointer@mst.org.br Photo : Isabelle Medeiros / Mídia Ninja

[1] https://mst.org.br/2020/08/13/despejo-de-familias-sem-terra-em-mg-e-denunciado-para-relator-especial-da-onu/

[2] https://habitatbrasil.org.br/despejozero/

[3] NdT : Un acampamento est une occupation de terres qui n’a pas encore reçu de reconnaissance officielle

[4] https://twitter.com/RomeuZema/status/1293644473239511041

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