Vision du contexte guatémaltèque et proposition de stratégie selon Serjus

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Selon notre analyse contextuelle, le Guatemala sera soumis à l’invasion de multinationales durant les prochaines années en raison de sa situation dans le corridor biologique méso-américain qui concentre 12% de la biodiversité de la planète, avec pour corollaire la spoliation des ressources minérales, hydriques et une concentration accrue de la propriété et de la possession de la terre résultant de la production d’agrocarburants. Les multinationales sont entrées dans le pays en permettant, en leur sein, l’action et la participation de l’oligarchie nationale, des riches, mais également maintenant celles des ex-militaires qui détiennent le pouvoir politique et répressif.

Tout cela a été aggravé par le traité de libre-échange (TLC) signé avec les USA et sera renforcé avec l’Accord d’association UE-Amérique centrale (AA) dans la mesure où ils encouragent le commerce relatif aux ressources naturelles et aux agrocarburants et qu’ils favorisent l’investissement des multinationales.

Les effets sont dévastateurs en termes d’accès à la terre et autres moyens de production pour la majeure partie de la population, pénalisant la production agricole à petite échelle qui soutient en réalité l’économie nationale et constitue le seul espoir pour garantir au moins la sécurité alimentaire ainsi que la lutte contre la malnutrition chronique de la majorité des habitants. L’agro-exportation se fonde sur l’utilisation temporaire de la main d’œuvre et son exploitation, le nombre d’emplois diminuant par ailleurs dans le cadre de la production d’agrocarburants qui réduit la source de travail agricole, générant un accroissement du chômage.

Pour faciliter la spoliation et l’exploitation, l’oligarchie nationale alliée avec le parti des ex-militaires issus des forces contre-insurrectionnelles qui seront au gouvernement jusqu’en 2015 au moins ont impulsé un processus de réadéquation du système économique, politique et de remilitarisation. Il existe des preuves démontrant que les personnes faisant partie ou liées à ces structures participent ou entretiennent des relations avec le trafic de stupéfiants et le crime organisé. Leur objectif est de réduire à néant et réprimer l’opposition sociale face à la spoliation, en la criminalisant et en imposant un contrôle militaire total sur le pays sous prétexte de combattre le narcotrafic et le crime organisé qu’eux-mêmes ont soutenus.

Le système de partis politiques est totalement dominé par des négociants de la politique qui l’ont prostitué, transformant le parlement et la fonction législative en un simple marché de votes.

La majeure partie des grands moyens de communication sont entre les mains de ces mêmes secteurs dominants qui manipulent l’opinion publique au gré de leurs intérêts. En outre, ils attaquent les moindres efforts visant à développer des médias populaires.

Entre le mouvement social et les partis qui pourraient être l’instrument ou le chemin de la participation politique populaire, la diversité et l’unité dans la diversité ne sont pas respectées. Toutes les démarches se perdent dans une lutte pour l’hégémonie du leadership, des tentatives d’homogénéisation idéologique et un combat pour l’accès aux ressources.

 Dans le meilleur des cas, les efforts se concentrent autour de rêves et de paradigmes et on perd le sens de la réalité que les processus requièrent, oubliant que les choses ne changent pas seulement parce qu’on le souhaite ou parce qu’on l’imagine. On omet que le changement doit émaner d’une reconstruction à tous les niveaux et dans tous les contextes, tout en générant conscience et organisation, et essayant de remporter et obtenir tous les espaces possibles, à partir des revendications propres face à la corrélation défavorable de forces jusqu’aux revendications sociales et populaires.

Défis pour les différents acteurs dans le contexte actuel

Dans ce contexte, pour que la coopération ait du sens, il est fondamental qu’elle s’oriente vers le renforcement des peuples indigènes qui sont les plus affectés par la pauvreté, la malnutrition, la méconnaissance de leurs droits, l’exclusion du système politique, économique, social et culturel en place, la nouvelle spoliation des ressources naturelles sur leurs territoires, l’invasion du narcotrafic, le crime organisé, la militarisation, la criminalisation de l’opposition sociale et la répression exercée par les forces coercitives de l’Etat.

Ce renforcement des peuples depuis leurs bases mêmes est fondamental dans la mesure où ce sont eux qui soutiennent l’économie du pays, avec l’argent envoyé par les migrants et qui actuellement représente la principale entrée de devises, dans la mesure en outre où ce sont eux qui par leur agriculture familiale de survie soutiennent et participent à la reproduction de la grande force de travail employée dans le cadre de l’agroexportation du café, de la canne à sucre et maintenant aussi de la palme africaine. Sans cette force, l’accumulation capitaliste des petits secteurs concentrant la propriété de la terre et se présentant publiquement comme l’axe de l’économie nationale ne serait pas possible.

Le renforcement des peuples indigènes implique qu’il faut faciliter et promouvoir leur unité en tant que telle, depuis leurs propres formes d’organisation et de gouvernement, de même que les articulations entre elles ainsi que leurs liens avec les organisations et mouvements sociaux et populaires. Mais il convient également de promouvoir leur production et économie propre, leur capacité à défendre le territoire et la revendication de leurs droits en termes d’accès à la terre en tant que moyen principal de production, ainsi que leur accès au pouvoir dans tous les espaces décisionnels de l’Etat. La promotion culturaliste qui a été soutenue par la coopération multilatérale et les entités publiques ne suffit pas.

Il est nécessaire que la coopération à tous les niveaux prenne en compte les aspects relatifs aux relations internationales qui favorisent davantage les secteurs accaparant le pouvoir et l’économie du pays, principalement à travers les accords de libre-échange, TLC et AA, qui facilitent l’introduction sur les marchés étrangers de la palme africaine, de la canne à sucre, du café, des minerais et de l’énergie électrique, sans aucun contrôle en termes de responsabilité entrepreneuriale, sociale, environnementale ainsi qu’en termes de travail et de protection de la vie humaine et de la biodiversité.

Il faut renforcer l’organisation communautaire qui existe déjà, plutôt que de nouvelles organisations qui divisent et dispersent, à la manière des entreprises nationales et multinationales à travers les médias et le système éducatif qu’elles accaparent également pour éviter la réaction des communautés face à la mainmise sur leurs ressources naturelles et la défense de leurs droits. Il faut plutôt soutenir l’accès des peuples aux moyens de communication et à l’éducation, avec leur propre cosmovision, leurs principes et valeurs de communauté, de service, de respect de la nature, d’équilibre et harmonie sociale, politique et économique.

Il est nécessaire de développer une coopération qui indemnise les dégâts provoqués aussi par le réchauffement global qui affecte fondamentalement les communautés rurales dans une zone dite à haut risque.

 

 

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