Une femme à la pointe du combat d’une communauté contre une multinationale

Yolanda Oquelí
Yolanda Oquelí

Le projet minier « El Tambor » a été initié dans la région de San José del Golfo et San Pedro Ayampuc en 2007 au Guatemala. L’exploitation a été officiellement autorisée par l’Etat guatémaltèque le 24 novembre 2011 sans que les communautés locales n’aient été consultées préalablement sur le projet, alors que la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail ratifiée par le pays l’impose. Après avoir été la propriété de Radius Gold, entreprise canadienne, cette mine d’or est passée maintenant entre les mains de la compagnie nord-américaine Kappes, Cassiday & Associates qui en gère l’exploitation au travers de sa filiale Exmingua S.A.

Les habitants, affectés par les conséquences de l’exploitation minière et notamment par la pollution environnementale qu’elle occasionne, se sont mobilisés derrière une femme, Yolanda Oquelí, qui promeut inlassablement une résistance pacifique. 24h sur 24, des groupes se relaient sur le lieu de campement « La Puya » dont l’objectif est de bloquer l’entrée de la mine.

Yolanda Oquelí est née à San José del Golfo. Après avoir vécu un temps à la capitale, elle est retournée sur les terres de son enfance en mars 2010. C’est à ce moment qu’elle a appris qu’une entreprise minière était présente sur le territoire de la municipalité. Inquiète, elle a commencé à assister à diverses réunions sur le sujet. Au début, elle était la seule femme à y participer.

A la suite d’une de ces rencontres, une première manifestation publique et pacifique a été organisée à San José del Golfo, le 17 juin 2010. Yolanda a rendu visite aux habitants pour les informer de la situation et les motiver à participer au mouvement de résistance et à la manifestation. 500 personnes ont alors défilé dans les rues.

De façon générale, son implication personnelle dans cette lutte a suscité la mobilisation de nombreuses femmes et jusqu’à l’heure d’aujourd’hui, l’une des caractéristiques de cette dynamique, c’est le leadership de Yolanda ainsi que la participation massive et pacifique de femmes déterminées à défendre leur vie, celle de leur famille et leur territoire.

En 2010 et 2011, les personnes encadrant le mouvement d’opposition à la mine se sont attelées à s’informer et à s’entretenir avec des acteurs-clés, tels que des représentants du ministère de l’Energie et des Mines et du ministère de l’Environnement. Outre l’importance de se documenter adéquatement en vue de prendre des décisions relatives au projet minier, diverses démarches les ont amenées à rencontrer d’autres organisations et peuples impliqués dans des combats similaires.

Dès la fin du mois de juillet 2010, des menaces ont été proférées à l’encontre de Yolanda Oquelí et de ses proches. L’objectif était d’exercer une pression sur elle et son entourage à chaque moment où une action de la communauté était planifiée et au moment où des décisions concernant le positionnement de la population à l’égard de l’entreprise minière devaient être prises. L’implication de Yolanda en première ligne du mouvement de résistance de la Puya lui a coûté un harcèlement infatigable de ses opposants. Elle a même failli y laisser sa vie le 13 juin 2012. En effet, ce jour-là, alors qu’elle regagnait son domicile, elle a été blessée par balle par un tireur embusqué. Touchée au dos, elle a dû être hospitalisée. Mais 4 mois après cet épisode, elle était de retour à San José del Golfo pour reprendre la tête de la résistance.

Le 24 août 2012, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) a adopté des mesures conservatoires en faveur de Yolanda et de sa famille au Guatemala. La CIDH a conséquemment demandé à l’Etat guatémaltèque de prendre les mesures nécessaires pour garantir leur intégrité physique et d’informer les personnes concernées et leurs représentants quant à l’avancement de l’enquête destinée à identifier les auteurs de l’attentat.

Le 8 mai 2012, à une heure du matin, un contingent policier accompagnant du personnel de la mine avec 25 véhicules lourds et matériaux a voulu forcer l’entrée du site gardée par les résistants. L’information a rapidement circulé dans la communauté et en peu de minutes, plus de 2.000 personnes se sont rassemblées pour les empêcher de pénétrer dans la mine. Face à cette pression ainsi qu’aux vols d’hélicoptères à basse altitude destinés à effrayer la communauté, Yolanda Oquelí a demandé que personne ne réponde aux provocations et ne réagisse avec violence. C’est la résistance pacifique qui a gagné : le contingent s’est retiré.

Le 13 novembre et les jours suivants, des personnes payées par l’entreprise minière se sont rendues sur les lieux, ont insulté et menacé la population, en cherchant à diviser la communauté. Yolanda s’est alors employée à sensibiliser les habitants au fait que ces personnes n’étaient pas des ennemis, mais qu’elles agissaient par nécessité financière, ayant été payées par l’entreprise. Elle les a donc invités à ne pas leur répondre et les a incités à entonner des chants religieux et à prier.

Le 7 décembre, différents contingents policiers venant de tout le pays, de même qu’un peloton antiémeute ont tenté de déloger les communautés, lancé des gaz lacrymogènes, mais les résistants ont imité Yolanda Oquelí qui s’était jetée sur le sol, bloquant l’entrée de la mine, chantant et priant. Pour la deuxième fois, les pelotons antiémeutes n’ont pas su comment réagir et se sont retirés.

Interrogée par les journalistes, Yolanda a déclaré : « Nous poursuivrons cette résistance jusqu’à moment où des consultations populaires seront organisées au sein des deux communautés, San José del Golfo et San Pedro Ayampuc. Et nous voulons que le résultat de ces consultations soit respecté. »

Le rôle de Yolanda Oquelí témoigne de la capacité des femmes de ces communautés à défendre le droit à une vie digne, à protester pacifiquement dans des moments cruciaux, alors que ce sont les premières à être affectées par la perte des terres et l’augmentation de la pauvreté.

 

Source : « Curriculum vitae de Yolanda Oquelí » par l’ONG Serjus (Guatemala)

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