Terre et violence au Guatemala

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La question agraire au Guatemala reste extrêmement délicate et génère régulièrement des épisodes de violence. Notre partenaire local, le CUC (Comité d’Unité Paysanne) nous a transmis un communiqué relatif à des événements qui se sont produit dans le Nord du Quiché. Titre du communiqué: Les événements de El Regadio démontrent qu’il est urgent d’aborder le problème agraire du Nord du Quiché.

Le communiqué en question : Ayant appris que des forces spéciales de la Police nationale civile (PNC) et l’armée se dirigeaient vers la communauté de Tzansiwan, établie à Cunén, le Comité de Unidad Campesina (CUC) souhaite réagir :

La communauté de El Regadío se trouve depuis au moins 200 ans à l’endroit où elle est actuellement. De génération en génération, ses membres ont vécu dans ce lieu et ont cultivé sa terre. Dans les années 1980, la famille Brol – des propriétaires terriens originaires de Cotzal, responsables de meurtres de paysans et impliqués dans la répression exercée à l’encontre des peuples ixil et quiché – s’est approprié des terres appartenant aux communautés, de la même manière qu’elle avait mis la main sur des terrains municipaux pour fonder, à Cotzal, la Finca San Francisco.

En 2007, le gouvernement a annoncé qu’il avait autorisé la construction de la centrale hydroélectrique Palo Viejo, qui utiliserait le cours de la rivière Cotzal et ses trois affluents (Chipal, El Regadío et Arroyo Escondido). Les habitants de El Regadío se sont opposés au détournement de l’eau indispensable à la culture de leurs terres. En réaction, le propriétaire terrien Pedro Brol a ordonné à ses gardes de sécurité de tirer, durant la nuit, en direction de la communauté.

Le 28 novembre 2011, les habitants de El Regadío ont été attaqués par les gardes de sécurité de Pedro Brol. Les membres de la communauté se sont défendus et ont désarmé les gardes privés. Puis, les habitants de El Regadío sont allés confier les armes à la Cour des droits de l’homme. Les membres de cette cour les ont accompagnés au ministère de l’Intérieur afin de dénoncer cette attaque.

En réaction, Pedro Brol, par le biais de ses avocats et avec la complicité des procureurs du ministère de l’Intérieur, a accusé 9 camarades de El Regadío de vol aggravé et de tentative d’assassinat, sans tenir compte du fait que des négociations sur ce conflit sont en train d’être menées. Curieusement, la police a agi immédiatement et a arrêté ce jeudi Felipe Gutiérrez, leader de la communauté de El Regadío. Son audience était prévue le 13 février mais, étrangement, elle a été reportée et déplacée vers un autre lieu. Quand, après le report de l’audience, les membres de la communauté sont rentrés chez eux, ils ont découvert que la famille Brol avait détruit plus de 114 hectares de maïs et de haricots. Sur le chemin du retour, ils sont tombés sur une patrouille, qu’ils ont accusée d’être complice de cette destruction. Conformément au droit maya, ils ont présenté la patrouille aux autorités communautaires de Tzansiwan afin de clarifier sa participation aux faits.

Des discussions ont été entamées avec différentes autorités régionales afin que le problème agraire soit résolu. Le lendemain, les policiers ont été conduits à la Cour des droits de l’homme. L’envoi de 10 camions de l’armée, de 40 véhicules de police et de 2 hélicoptères qui se trouvent entre Cunén et Uspantán ne se justifie donc pas.

Avec des membres de la Cour des droits de l’homme, de la Police nationale civile et du juge local, les membres de la communauté sont parvenus aux accords suivants :

  • L’audience prévue aura bien lieu et le leader communautaire Felipe Gutiérrez sera libéré ;
  • Les mandats d’arrêt lancés contre 25 paysans (membres de 6 communautés situées dans les communes de Cunén, Uspantán et Ixcán) seront suspendus. Ces paysans avaient été accusés à tort par des propriétaires terriens parce qu’ils s’étaient opposés au détournement des terres de leurs ancêtres ;
  • Une commission sera créée afin que les dommages et les préjudices causés aux habitants de la communauté de El Regadío soient vérifiés, et les biens détruits seront restitués ou feront l’objet d’une compensation ;
  • Une conférence, à laquelle participera le procureur général du ministère public et qui sera présidée par la Cour suprême de justice, sera organisée afin que les moyens utilisés à l’encontre de la population paysanne soient clarifiés, le but étant d’éviter le recours à la procédure d’usage, qui ne fait qu’exacerber le conflit agraire ;
  • Les corps paramilitaires qui sont au service des grands propriétaires terriens de la région seront désarmés. En effet, ils provoquent menaces et intimidations, et créent un climat d’angoisse et d’impunité dans la région, et ce, dans l’intérêt des propriétaires terriens.

Compte tenu des faits mentionnés, le Comité de Unidad Campesina (CUC) adopte les positions suivantes :

  • Nous tenons le gouvernement de Pérez Molina pour responsable de tout fait qui aggraverait le conflit agraire présent dans la région, et des dommages dont les populations de El Regadío et de Tzansiwan seraient victimes ;
  • Nous exigeons que la ministre de l’Intérieur procède à la destitution du procureur adjoint du ministère, Benjamín Cruz Velazco de Nebaj, pour son comportement arbitraire et ses alliances avec les propriétaires terriens locaux, qui ont envenimé le conflit agraire ;
  • Nous demandons la libération du camarade Felipe Gutiérrez et la suspension des mandats d’arrêt lancés contre des leaders communautaires parce qu’ils ont défendu leurs terres ;
  • Nous demandons la mise en oeuvre d’une investigation impartiale et chronologique sur la propriété et la possession des terres dans les municipalités ixiles et les communes et Cunén, Uspantán et Chicamán, afin que les droits historiques des communautés soient garantis. En effet, ces populations, qui vivent dans cette région depuis des générations, sont à présent lésées et dépouillées des terres héritées de leurs ancêtres pour que des installations hydroélectriques puissent être construites;
  • Nous pensons que l’opinion publique nationale et internationale se doit de se tenir au fait de ce qui se passe dans les communautés de El Regadío et Tzansiwan.

Le 14 février 2012

Traduit par Petra Komendova

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