Sénégal : apiculteurs en Casamance

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Activité traditionnelle au Sénégal, l’apiculture a pourtant connu un recul important ces dernières années en raison de ses techniques d’exploitation peu adaptées et problématiques pour l’environnement. Elle est toutefois en train de renaître à Tankanto, dans la région de Kolda en Casamance, drainant dans son sillage de multiples bénéfices pour les populations locales. Fin 2008, Vanessa Stappers, chargée de l’éducation au développement chez Frères des Hommes, a rencontré les apiculteurs de cette région. Elle a recueilli sur le terrain les propos et réflexions de Mamadou Ndiaye, Coordinateur d’Intermondes au Sénégal et notre partenaire pour ce projet.

Un projet qui part de « l’existant »

« La région de Kolda, à la frontière de la Gambie et de la Guinée Bissau, est l’une des plus pauvres du Sénégal. C’est pourquoi nous nous y sommes intéressés. Par ailleurs, elle est relativement enclavée, bien que l’Etat sénégalais ait consenti des efforts au cours de ces dernières années pour doter la région d’infrastructures routières.

L’une de ses particularités, c’est qu’il s’agit d’une des rares régions où subsistent encore des réserves forestières et où les ressources naturelles ne sont pas encore fortement dégradées. Faisant face à la pauvreté économique, les populations ont souvent tendance à exploiter de façon abusive les ressources forestières. Cet aspect concerne aussi le milieu urbain puisque les villes sont également consommatrices de combustibles. C’est pourquoi le capital végétal, notamment le capital forestier, est mis à rude épreuve puisqu’il est exploité entre autres pour servir les centres urbains gourmands en combustibles et notamment en bois de chauffe ou en charbon de bois.

Nous sommes partis du constat qu’il était urgent d’intervenir dans ces régions à la fois pour permettre aux populations d’améliorer leurs revenus tout en inscrivant les activités dans une protection durable des ressources naturelles.

Nous avons donc essayé de «construire sur l’existant», et de nous baser sur les compétences qu’il y avait dans la région pour réfléchir avec les populations à un nouveau projet. Or, il se trouvait que les habitants de la région de Kolda, notamment la communauté de Tankanto, avaient une longue expérience dans l’apiculture. Toutefois, cette apiculture traditionnelle posait des problèmes sur le plan environnemental et il était important que le nouveau projet permette de développer une activité durable tout en préservant la biodiversité. Ainsi, lors de la récolte du miel, les ruches traditionnellement utilisées, faites d’herbe fraîche enduite de fumier de vache, étaient enfumées par les producteurs, ce qui provoquait fréquemment des feux de brousse ravageurs pour l’environnement. Il fallait changer cela.

De nouvelles techniques respectueuses de l’environnement

En d’autres termes, il convenait d’introduire des innovations qui puissent être davantage respectueuses de la nature. Pour ce faire, nous avons proposé des nouvelles technologies de ruches, et plus particulièrement les ruches kenyanes (en bois) et vautier (en fer, ciment et sable). Ces dernières ont en outre l’avantage de présenter des capacités de stockage de miel beaucoup plus importantes. En effet, alors que la production des ruches traditionnelles est de 6 kg de miel, elle peut atteindre 25 kg pour les ruches vautier et kenyanes. Nous avons toutefois été confrontés à une difficulté du fait que nous avions besoin d’avoir accès à l’électricité pour fabriquer les ruches kenyanes. Pour ce faire, nous avons donc développé une collaboration avec les artisans de la ville de Kolda qui les ont produites.

La ruche vautier, quant à elle, requérait des compétences en maçonnerie et la technologie n’était pas suffisamment connue à Tankanto. Nous avons donc fait appel au projet d’appui pour l’entreprenariat en foresterie de Kolda (PAEFK) qui relève du Ministère de l’Environnement. Il nous semblait important de faire en sorte que les populations concernées puissent maîtriser les technologies de fabrication des ruches vautier. Des acquis ont été engrangés en ce sens. Le projet a opté pour la formation pratique de 10 apiculteurs en techniques de fabrication de ruches vautier par 2 techniciens du PAEFK.

En attendant que ces nouvelles ruches soient fabriquées et durant la première année du projet, nous avons essentiellement utilisé des ruches locales améliorées. L’utilisation du fumier a été supprimée, la technique de tressage a été perfectionnée, etc. Grâce à ces changements, nous avons pu obtenir une production record de 7 tonnes de cadres de miel brut qui, transformé, a permis à 57 apiculteurs de disposer de revenus de 3 millions de francs CFA (environ 4.575 euros). La production habituelle de miel a donc été doublée. Maintenant, avec les nouvelles ruches vautier et kenyanes, nous espérons doubler, voire tripler la quantité de miel obtenue cette année.

Le projet s’est entre-temps développé et à ce jour, nous pouvons dire qu’environ 200 ruches kenyanes et vautier ont été fabriquées et mises à la disposition de 57 apiculteurs de la région de Tankanto.

Impacts sociaux et commerciaux

Nous avons également fait en sorte que l’utilisation de nouvelles technologies puissent s’inscrire dans une démarche de genre, qu’elles soient tant à la portée des hommes que des femmes. Ainsi, il était important de veiller à ce que les technologies ne soient pas facteur d’exclusion. C’était le cas avec les ruches traditionnelles qui étaient utilisées par les hommes dans la mesure où il fallait les installer au sommet des arbres, ce qui était compliqué et dangereux. Aujourd’hui, les deux nouveaux types de ruches sont posés à même le sol. Ce choix a aussi eu un autre impact positif. Dans la région de Tankanto, on considérait généralement que l’apiculture était avant tout une affaire de personnes âgées. Mais maintenant, compte tenu des revenus que cette activité génère, les jeunes s’y engagent de plus en plus. Il s’agit donc d’un projet qui a entraîné des changements sociaux très importants et a modifié de façon positive la répartition du travail et des activités économiques entre hommes, femmes et jeunes.

Souvent, le miel pur extrait se vendait difficilement parce que toutes les conditions d’hygiène et de salubrité n’étaient pas remplies. Ensuite, les apiculteurs n’étaient pas suffisamment organisés pour commercialiser leur production. Maintenant, cette question est réglée parce que nous avons mis en place une unité de traitement qui obéit aux normes de cette production et que les apiculteurs n’ont plus besoin de se rendre dans les marchés locaux pour écouler leur production. Donc, lors de la récolte, ils peuvent venir à la miellerie et vendre directement leur produit, sans attendre.

Nous avons fait en sorte que le prix du miel au producteur soit relevé parce qu’auparavant le kg de gâteau de miel coûtait 300 francs CFA au marché local (environ 0.46 euro). Et il n’était pas toujours garanti de trouver des acquéreurs. Il était important d’améliorer ces aspects et nous avons décidé de faire en sorte que les producteurs puissent obtenir une plus-value financière. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’entièreté de la production de miel est commercialisée. Une bonne part est destinée à l’autoconsommation dans les familles où il est utilisé dans les préparations culinaires telles que la bouillie de mil, par exemple. Le sucre, en effet, est très cher. En outre, les paysans, les producteurs et les communautés villageoises connaissent parfaitement les vertus médicinales du miel. C’est donc tout bénéfice pour la santé des familles.

Activités périphériques et autres retombées

Le projet a fait émerger aussi un pôle de métiers nouveaux tels que la fabrication de bougies grâce à la mise en place d’une unité de traitement et de conditionnement du miel brut. Auparavant, les apiculteurs ne savaient pas quoi faire de la cire. Il existe toutefois un marché local pour ce type de produit, notamment dans les villes, où le problème de coupures d’électricité se pose de plus en plus avec acuité. Une filière se met actuellement en place qui associe à la fois les apiculteurs hommes et femmes de Tankanto qui sont spécialisées dans la fabrication des bougies. La première année déjà 200 bougies de différents gabarits ont pu être élaborées par les 30 femmes concernées.

Ce projet a également des retombées sur la ville de Dakar où une partie de la production de miel est acheminée. 100 femmes appartenant à 5 groupements différents se sont impliquées dans la commercialisation du produit dans la capitale.

L’intérêt par rapport à l’environnement devient de plus en plus important dans la zone et des actions de reboisement sont initiées ; les feux de brousse sont également atténués car les apiculteurs ont construit des pares feux au niveau des ruchers pour les protéger. Malgré tout, il reste des efforts à faire notamment en matière d’organisation des paysans pour que ceux-ci s’investissent de façon beaucoup plus massive dans la gestion et la restauration des ressources naturelles et en particulier des ressources forestières.

Certes, nous avons déjà franchi une étape, mais nous devons maintenant nous attaquer à d’autres questions pour renforcer les acquis. Ainsi, les activités principales des populations de cette région sont l’agriculture et l’élevage. A ce sujet, les populations ont pu constater que les parcelles de mil à proximité des ruchers avaient doublé la production. C’est dire que l’effet de la pollinisation est clairement perçu par les paysans et que les abeilles contribuent aussi au maintien de la biodiversité. Il est donc intéressant de développer une agriculture intégrant à la fois l’élevage, la foresterie et l’apiculture afin d’ancrer véritablement les activités dans un souci de durabilité.

Concertations avec les services publics et les élus

D’autres initiatives se dessinent, tout aussi importantes. Ainsi, une collaboration existe entre les services publics de l’Etat tels que les Eaux et Forêts, les services de l’élevage. Cela permet de développer un dialogue entre toutes les parties prenantes de la gestion forestière. La concertation entre les élus et les services techniques pour parvenir à des normes concertées et acceptées en matière de gestion forestière par toutes les parties prenantes s’est développée. Au départ, c’est l’Etat seul qui éditait ces normes et souvent, elles ne convenaient pas du tout aux populations locales. Nous souhaitons faire en sorte que ces questions soient débattues ensemble et que les intérêts des producteurs ruraux soient pris en compte. De cette manière, nous espérons aboutir à un engagement de tous, faisant en sorte que les domaines de compétences des collectivités locales, d’une part, et des services de l’Etat, d’autre part, soient respectées. L’objectif est donc de parvenir à une gestion beaucoup plus transparente des ressources forestières.

L’avenir de la planète en ligne de mire

Outre la pauvreté économique, il y a un appauvrissement environnemental et écologique. Ce dernier est lourd de conséquences parce que la dégradation des ressources naturelles au Sud a des répercussions sur le plan mondial. L’exploitation inconsidérée de l’environnement contribue à des changements climatiques qui affectent aujourd’hui toute la planète. Donc, nous pensons qu’il faut, au travers de petites actions telles que celles-ci, parvenir à inverser la tendance et faire en sorte que les équilibres écologiques puissent être préservés. Il est essentiel de trouver des alternatives en matière de gestion forestière. Il faut que les gens tirant des bénéfices de l’exploitation forestière sachent que la vie de l’homme et la vie de l’arbre sont intimement liées. Il faut que nous nous rappelions que s’il n’y avait pas d’abeilles aujourd’hui, c’est l’humanité tout entière qui serait menacée ».

2 Responses to “Sénégal : apiculteurs en Casamance”


  • Bonjour,
    Nous sommes des apiculteurs amateurs en France. Nous Notre site (www.laruchecarronde.net)accueille tout les amoureux des abeilles. La ruche Kenyanne est pour nous encore un mystére.
    Nous lançons un appel aux apiculteurs amateurs ou professionnel d’Afrique pour venir nous dire les bien fait de cette ruche et de la manière de les conduire.
    Nous sommes aussi ouvert à tout autre forme de ruche.
    Au plaisir de vous lire
    Chris un berger des abeilles

  • je suis un apiculteur marocains, je travaille de maniere traditonnelle sur la multiplication d’essain d’abeille,notament de l’abeille africaine

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