Semences et agroécologie au Guatemala

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Au Guatemala, la thématique des semences est intrinsèquement liée aux questions agraires. Dans ce pays où les politiques gouvernementales ont ardemment promu les OGM, l’agriculture intensive et les monocultures, une partie de la population paysanne, en particulier indigène, tente de faire revivre des pratiques ancestrales, en lien avec l’agroécologie et dans le respect de la Terre Mère. Vilma Sor, l’une des responsables de Serjus (1), partenaire guatémaltèque de Frères des Hommes, explique : « La logique de l’agroécologie, c’est la diversification des produits agricoles et donc, les banques de semences sont importantes. A Coban, il y a eu récemment encore un échange de semences entre paysans. Il s’agit vraiment d’un troc, elles ne se vendent qu’en de rares occasions».

La question des semences ne peut être isolée du contexte agricole général, particulièrement difficile au Guatemala. En effet, l’accès à la terre y est très problématique pour les petits paysans, alors que les politiques gouvernementales encouragent l’agriculture intensive et que de grandes étendues sont réservées aux monocultures de palmiers à huile ou de canne à sucre destinées à la production d’agrocarburants. « Des investissements immenses ont été consentis pour favoriser des entreprises ayant soutenu les partis et les candidats politiques qui ont mené campagne et ce sont certaines de ces entreprises qui vendent les engrais et les semences » explique Vilma.

Pour ceux qui défendent un autre modèle agricole, il s’agit donc de nager à contre-courant des politiques impulsées par le gouvernement. Vilma met beaucoup d’espoir dans la loi de développement rural qui vise notamment à encourager l’économie communautaire et une agriculture viable. Elle croit beaucoup en la dynamisation du niveau local dans un premier temps avant de l’étendre aux autres échelons. Il y a encore énormément de travail à faire, en particulier dans les campagnes profondes où les besoins vitaux ne sont pas toujours couverts. « Au Guatemala, explique-t-elle, la malnutrition est grave et douloureuse. Récemment, un bébé en est mort, parce que sa maman elle-même était sous-alimentée. Qu’un pays aussi riche, avec une telle biodiversité, connaisse une situation pareille est une aberration. Et ce n’est pas là le seul cas car il y en a des milliers d’autres qui meurent de faim dans notre pays ».

La défense de l’agroécologie au Guatemala est aussi une façon de permettre aux populations mayas de retrouver des pratiques ancestrales. La question dépasse amplement la sphère agricole et s’inscrit donc également dans une démarche culturelle. « L’échange de semences et l’agroécologie ne sont pas une mode. C’est ce que nous tentons d’expliquer aux populations qui bénéficient de nos formations. Il s’agit de réhabiliter des pratiques ancestrales et de retrouver les méthodes de culture de nos grands-parents. Nos ancêtres ne connaissaient rien à l’agroécologie, mais ils la pratiquaient naturellement. Ils appliquaient les principes de la cosmovision maya, de la complémentarité, de l’équilibre et de l’harmonie. Par exemple, ils semaient le maïs, qui est la base de l’alimentation, avec les haricots. Ceux-ci en effet se complètent et s’apportent mutuellement les nutriments nécessaires à leur croissance. Selon cette vision, tout est un système de systèmes. Tout a une relation cosmogonique. Et nous avons perdu tout cela ! ». Ce retour aux sources ne se fait pas sans peine car ce sont parfois les organisations paysannes indigènes elles-mêmes qui demandent des semences transgéniques. La sensibilisation est donc essentielle en la matière car les politiques ont généré une forme de dépendance à l’égard des OGM.

Mais Vilma ne se décourage pas. Selon ses dires, elle s’est même découvert une âme paysanne depuis qu’elle travaille avec Serjus et elle a retrouvé, avec sa maman, d’origine maya kaq’chikel, le plaisir de cultiver son propre potager qui nourrit toute la famille. Semences, agroécologie et défense de l’accès à la terre, pour elle, sont liées et sont une réponse incontournable à l’alimentation saine pour tous, dans le respect de la Terre Mère et de la tradition maya.

Milena Merlino

(1) Serjus est une ONG guatémaltèque qui, à partir d’une démarche d’éducation populaire, œuvre au renforcement des associations de communautés paysannes et indigènes ainsi qu’au développement local par le biais de la participation et de la démocratie de base.

 

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