République Démocratique du Congo : l’économie populaire et sociale au quotidien

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Quand les structures et les infrastructures s’effondrent, l’économie populaire (ou informelle) reste l’une des seules sources de revenus pour les populations du Sud. Développement de petits commerces de vêtements, d’objets artisanaux, services de coiffure,…la variété est de mise en la matière et dépend des compétences de chacun et chacune. C’est précisément ce type d’activités que soutient Frères des Hommes en République Démocratique du Congo (RDC) et en particulier dans le Sud Kivu, une région fortement éprouvée par les guerres, les violences et les destructions ces dernières années. Mais concrètement, comment ces activités s’organisent-elles ? Zita Kavungirwa qui a été coordinatrice de l’APEF (association pour la promotion de l’entreprenariat féminin) explique…

Pourrais-tu décrire la pratique de l’économie populaire et sociale de l’APEF ?

Zita Kavungirwa (ZK) : Il s’agit d’une économie populaire par le biais de laquelle les femmes tentent de s’organiser pour trouver un revenu. Par exemple, aux endroits où se rassemble la population, elles vont créer une petite restauration, proposer des services de coiffeuse…Comme elles n’ont pas confiance dans les institutions financières officielles, d’ailleurs quasi inexistantes, elles ont trouvé un système d’épargne concret qui n’utilise par directement l’argent liquide. Par exemple, à Baghira, une femme achète un sac de 25 kg de chaussures de seconde main dont elle extrait une ou deux paires parmi les meilleures et elle les conserve. Elle vend le reste et son bénéfice assure les besoins du ménage. Après avoir acheté un certain nombre de sacs, elle aura constitué une sorte d’épargne, grâce aux chaussures sélectionnées qu’elle pourra revendre plus tard à meilleur prix et renflouer ainsi son capital. C’est aussi une économie solidaire car les femmes ne travaillent pas de manière isolée, mais se soutiennent l’une l’autre par des conseils, l’échange d’informations, la constitution d’une épargne en groupe… L’APEF a encouragé ces deux aspects. Elle a incité les femmes à adopter un système plus fiable et qui permette l’épargne. La politique de crédit de l’APEF en témoigne : les femmes remboursent le crédit, mais parallèlement, elles remboursent une partie du capital chaque mois. De cette façon, l’APEF peut récupérer de quoi allouer d’autres crédits. La solidarité est née des coutumes de la population, au sein de la communauté, mais aussi en fonction des groupements par quartiers, des groupes religieux ou professionnels. Cette solidarité permet l’entraide en cas de maladies, deuil, mariage…L’APEF a encouragé la permanence de cette solidarité.

Comment tout cela est-il expliqué aux femmes ?

ZK : Par une mise en scène théâtrale des événements de la vie courante qui débouche sur une analyse, ensemble, des situations présentées. C’est un apprentissage concret qui est mieux compris. On a aussi recours aux témoignages de certaines femmes qui soulignent aussi bien les côtés positifs que négatifs de leurs expériences. Certaines expériences négatives vécues par les femmes sont aussi évoquées. Les femmes ont confiance en ces témoignages car elles se connaissent et ont donc vu évoluer les situations. L’APEF apporte une sensibilisation et une formation à l’épargne. On part d’exemples concrets : celle qui a épargné et celle qui ne l’a pas fait et on souligne l’importance de l’épargne lors d’activités comme la maladie ou le deuil, ou encore pour faire le « pont » entre un premier et un deuxième crédits.

Les femmes parlent-elles facilement de leurs problèmes ?

ZK : Une fois les solutions trouvées, les femmes sont fières et témoignent volontiers. Sans solution, il est plus difficile d’en parler. Au début, les femmes exposaient leurs problèmes aux animatrices. Désormais, elles les exposent devant tout le monde. Elles considèrent aussi leur association comme un lieu d’expression.

Les femmes ont donc créé un système d’économie populaire face aux difficultés. Que se passera-t-il en cas de normalisation de la vie en RDC ?

ZK : A ce moment-là, peut-être ouvriront-elles des comptes à la coopérative d’épargne ou dans des banques. Elles pourraient alors bénéficier de crédits plus diversifiés : comme par exemple, un crédit pour un projet social concernant les frais de voyage d’un enfant pour aller à l’université ou la construction d’une maison.

Les unités de savonnerie et de teinturerie où travaillent les femmes ne sont-elles pas en compétition ?

ZK : Non, car les productions sont encore peu importantes. Nous allons travailler sur la quantité et sur la qualité de production pour bien nous adapter au marché plutôt que de multiplier les unités. Nous pensons aussi à la nécessité d’avoir un lieu de vente où l’on puisse acheter les produits de l’APEF, en tout cas pour les savons et la teinturerie, comme un hangar par exemple.

L’objectif final est de créer des pôles d’achat et peut-être des coopératives. Cela amène à une autre forme d’économie, différente de celle où chacun développe son propre commerce. En parlez-vous ensemble ?

ZK : Certaines femmes en font elles-mêmes la demande.

Propos recueillis par Cecilia Díaz

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