R.D. Congo : Survivre au sein de la violence

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Dans la tourmente de la violence et des conflits qui prévalent actuellement dans l’Est du Congo, les femmes de l’APEF, partenaire de Frères des Hommes, tentent envers et contre tout de poursuivre leurs activités génératrices de revenus. Face aux incertitudes du lendemain, elles continuent à travailler, cherchent des alternatives face aux obstacles et parent courageusement aux problèmes du quotidien. Nunu Salufa, coordinatrice de l’APEF, témoigne…

« Nous, les femmes, vivons difficilement les événements actuels. Le contexte géopolitique est très mauvais avec les conflits qui règnent dans la région des Grands Lacs. De plus, quand un problème se crée dans les deux Kivu, toutes les autres provinces sont affectées. Dans notre région, cela crée une psychose parmi les femmes qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Mais cela touche aussi nos activités car le Nord-Kivu est une région importante pour nous dans la mesure où c’est là que les femmes de Bukavu s’approvisionnent majoritairement en biens de première nécessité, notamment en ce qui concerne les denrées alimentaires. Et pour le moment, il n’y a pas assez de marchandises disponibles vu les problèmes d’acheminement des denrées. Ce problème d’approvisionnement freine également les activités génératrices de revenus des femmes. La présence de milices qui attaquent les gens de passage, par exemple dans la région d’Uvira, ainsi que le pillage récurrent des maisons ne facilitent pas les choses. Le mouvement des activités est ralenti et ces délits créent un contexte d’insécurité permanente.

Nous essayons donc de sensibiliser les femmes pour qu’elles ne cèdent pas à la panique. Au sein de l’APEF, nous partageons nos expériences de vie. Il faut rappeler que l’APEF est née dans un contexte de guerre et nous montrons combien les femmes à l’époque se sont battues et ont été capables de travailler dans ce contexte-là. Nous expliquons aux femmes qu’elles ne doivent pas paniquer, mais qu’elles doivent au contraire dénoncer les actes inciviques. Les gens se connaissent entre eux et ils doivent dénoncer des comportements qui portent atteinte au reste de la communauté.

Malgré les difficultés, nous ne baissons pas les bras et essayons de trouver et de proposer des solutions. Par exemple, à la fin du mois d’août, nous avons animé une rencontre de concertation qui a rassemblé toutes les femmes de la région. Il s’agissait de voir ensemble ce que l’on peut faire dans ce contexte plein d’incertitudes.

Lors de cet échange, nous avons notamment discuté du problème de la fermeture du marché de l’huile de palme dont le grand client était le Rwanda. Cela entraîne des conséquences importantes pour nos activités et l’APEF a donc essayé d’analyser cette question. Avant toute chose, il convenait de relativiser en nous disant que le Rwanda n’était pas notre seul marché. Il y a aussi la ville de Bukavu et d’Uvira. Notre objectif est d’essayer d’aider les femmes à écouler leurs productions malgré cette situation.

Nous nous sommes également demandé pourquoi le Rwanda avait fermé ce marché. En fait, le Rwanda ne veut plus acheter les produits en raison de la non-conformité de l’emballage aux normes internationales. Les groupements professionnels liés à l’APEF ont donc réfléchi à un nouvel emballage de meilleure qualité qui pourrait mieux s’exporter en dehors des frontières. Et nous avons étendu la réflexion à la qualité même de notre production. Nous allons réfléchir avec toutes les femmes qui travaillent dans les unités de transformation de ce produit. Nous avons besoin d’un marché sûr afin que les femmes puissent vraiment augmenter leurs revenus.

Nous sommes en outre confrontées à un autre problème : celui des les taxes qui freinent le développement des activités. Ce travail doit dépasser le cadre strict de l’APEF et doit s’étendre à l’ensemble de la communauté qui est concernée. Des formations en droits sont organisées sur la question des taxes et la participation citoyenne est mise en avant. Nous pensons que chaque problème qui touche l’ensemble de la communauté doit être identifié et discuté avec les élus. S’ils ne nous répondent pas, nous devons contacter un ministère de tutelle au niveau du gouvernement provincial. Si rien n’en ressort, l’APEF doit aider les gens à faire remonter le problème vers qui de droit.

Travailler au sein des groupements professionnels est essentiel car cela permet de faire un grand plaidoyer au niveau provincial et national. Sur certaines questions qui touchent toute la communauté, il y a lieu d’organiser des marches de contestation. Tout le monde doit se mettre debout et cela permettra de donner au mouvement une ampleur nationale et d’attirer l’attention sur la question. Malgré toutes les difficultés, les femmes ne baissent pas les bras. C’est un combat permanent et elles sont prêtes à le relever ! »

Roxane Tilman et Milena Merlino

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