Quelques éléments de la cosmovision maya

cosmovision maya

Civilisation et peuples mayas

L’origine de la civilisation maya, en Amérique centrale, est traditionnellement datée d’environ 1300 ans av JC, bien que certains la situent plus tôt, vers l’an 2500 av JC, voire bien avant encore. Réprimée par les conquistadores espagnols, cette riche culture restera méconnue des Européens jusqu’au 18ème siècle ; et à l’heure actuelle encore, de nombreux pans de cette civilisation sont ignorés.

Au Guatemala, les Indiens mayas constituent aujourd’hui avec les « ladinos » (ou descendants des colons espagnols) les deux principales communautés ethniques aux côtés des peuples garifunas (descendants des populations africaines ou caribéennes) et xinkas (populations indigènes dont l’origine est imprécise). Le peuple maya y est lui-même constitué de 21 ethnies différentes parmi lesquelles les Indiens k’iche, kaqchikel, mam et q’eqchi représentent les groupes principaux.

Les populations mayas au Guatemala sont parmi celles qui sont les plus affectées par la pauvreté et la violence politique. Leur culture ayant été longuement réprimée, les Indiens mayas tentent aujourd’hui de retrouver leurs racines, traditions et de faire revivre leur cosmovision (1).

Le calendrier maya

Le calendrier maya a fait couler beaucoup d’encre à l’approche de décembre 2012, injustement soupçonné par certains d’annoncer la fin du monde. En fait, pour les Mayas, cette échéance correspondait à la fin d’un cycle, le 5ème Oxlajuj B’aqtun, marquant le terme d’une période d’environ 26.000 ans (2), moment charnière qui invite à la reconstruction de l’équilibre et de l’harmonie et où ces peuples indigènes pourraient notamment vivre pleinement leur culture longuement réprimée.

En réalité, les Mayas disposent de plusieurs calendriers, le décompte du temps étant un élément extrêmement important dans leurs traditions et leur lien avec le sacré. C’est pour cette raison qu’ils ont, par le passé, construit plusieurs observatoires astronomiques (Chichén Itza au Mexique, Waxaqtun au Guatemala,…). Certains calendriers correspondent à des cycles de jours, d’autres à des cycles d’années ou encore de planètes, etc. L’un des plus célèbres, le Tzolkin (ou Cholq’ij) est constitué de 13 mois de 20 jours faisant référence à 20 positions lunaires. Chacun de ces 20 jours est porteur d’une énergie particulière et chaque personne est donc marquée par l’énergie spécifique du jour de sa naissance. C’est son nawal. Le Tzolkin est souvent combiné avec le calendrier Ab’ de 365 jours, soit 18 mois de 20 jours, auxquels il convient d’ajouter 5 jours au terme de l’année, appelés les 5 jours du Wayeb, qui sont destinés à remercier le Ajaw, principe vital ou créateur, pour l’année passée et à réfléchir à la façon d’améliorer les choses pour l’avenir. La juxtaposition de ces 2 calendriers, Tzolkin et Ab’, les amène à coïncider le même jour au bout d’une période de 52 ans, ce qui représente encore un autre cycle.

Mais n’entrons pas davantage dans la complexité des calendriers mayas. Retenons simplement que les principes de cycles et d’énergie propre à ceux-ci sont des aspects fondamentaux de cette culture.

L’importance des énergies

A sa naissance, chaque être humain est marqué par l’énergie spécifique du jour provenant du soleil et transmise à travers la lune selon les 20 positions qu’elle occupe. Ce « nawal », qui représente en fait son signe maya, détermine notamment son potentiel, ses caractéristiques, de même que le rôle qui lui correspond dans la vie communautaire (médecin, juge, guide spirituel, etc). Selon la vision égalitaire des peuples mayas, aucun nawal n’est supérieur ou meilleur qu’un autre, chacun d’entre eux ayant des qualités et défauts qui lui sont propres.

L’énergie du jour est également invoquée dans le cadre de cérémonies mayas et, de plus en plus, avant de débuter certaines réunions. Chaque jour étant porteur d’énergies positives et négatives, l’invocation a notamment pour but de demander que prévale le bien durant la journée ou la rencontre.

Les Mayas attribuent traditionnellement aux 4 points cardinaux des énergies spécifiques. Chacun d’entre eux est associé à l’un des premiers êtres de maïs qui, selon le mythe de la création, furent générés par les Créateurs et Formateurs de l’univers (3).

• Ainsi, l’Est, lieu du lever du soleil, est représenté par la couleur rouge, l’énergie du feu dont la manifestation est la lumière, la clarté. Symbole de ce qui génère la vie, il représente pour certains le sang des êtres vivants. Il est associé à B’alam Kitze’, premier être de maïs.

• L’Ouest, où se couche le soleil est symbolisé par la couleur noire et représente l’énergie de la terre, la nuit, ce qui est intérieur. C’est le lieu de transition vers une autre vie. Il est associé à B’alam Aq’ab’.

• Le blanc est la couleur utilisée pour caractériser le Nord, l’énergie de l’air qui se manifeste notamment par la subtilité et la génération d’idées. Il est parfois associé aux personnes âgées. La tradition le lie à Majukutaj.

• Et enfin, le jaune symbolise le Sud, l’énergie de l’eau dont la manifestation est la nature, la végétation et l’eau de la planète. Il est associé au 4ème être de maïs, Ik’i B’alam.

Ces 4 couleurs sont également celles du maïs (4), aliment sacré qui occupe par ailleurs une place fondamentale dans l’alimentation des peuples mayas.

Lors des cérémonies mayas où l’on invoque l’énergie du jour, des bougies colorées disposées sur un cercle tracé sur le sol représentent ces 4 points cardinaux. Au centre, sont placées deux bougies supplémentaires, l’une de couleur verte symbolisant la nature et ce que produisent la terre et l’agriculture, et l’autre de teinte bleue, se référant à l’univers, au ciel et aux astres.

Quelques valeurs et principes fondamentaux de la culture maya

• La référence au Ajaw, principe créateur et formateur, est essentielle et, à travers lui, à Ukux Kaj (cœur du ciel) et Ukux Ulew (cœur de la terre) alimentant les êtres humains ainsi que la nature et qui s’alimentent à leur tour des êtres humains et de la nature.

• L’être humain n’est pas un individu isolé, ni le maître de la nature, ni le centre de la création. Il fait partie d’un tout. Ce qu’il fait de bon ou de mal affecte positivement ou négativement l’équilibre et l’harmonie de ce Tout.

• Chaque élément du Tout contient à son tour le Tout. Ce principe implique automatiquement que chacun a le droit à l’existence et à la même dignité. Il est donc important de ne nuire à aucun être.

• Ces éléments parties du Tout sont complémentaires et cette complémentarité est perçue comme l’expression d’une harmonie globale. La diversité est donc encouragée dans la mesure où elle permet à chacun d’acquérir son plein développement. Dans la communauté maya existe un système de services au sein duquel chacun a une fonction propre, aucun n’étant prédominant sur l’autre. A un niveau supérieur, toutes les communautés forment ensemble un système de communautés qui répond aux mêmes principes de complémentarité et d’harmonie ; et ainsi de suite, jusqu’à constituer un univers harmonieux qui est en définitive un système de systèmes.

• Les êtres humains doivent réveiller en eux cette conscience selon laquelle nous sommes les sujets constituant ce système universel.

La cosmovision maya au regard des dérives du monde moderne

Quelques pages sont insuffisantes pour acquérir une connaissance approfondie de la cosmovision maya, bien entendu. Toutefois, il est intéressant de dégager quelques-uns de ses éléments spécifiques pour les lire à la lumière de certaines dérives de la modernité.

Prenons le maïs, par exemple. Dans la tradition maya et selon les croyances, il s’agit là d’une plante sacrée. Pour ces peuples, c’est en effet celle à partir de laquelle la race humaine telle qu’elle existe aujourd’hui sur terre a été façonnée. En outre, le maïs constitue l’aliment de base pour ces populations indigènes depuis des siècles et, à notre époque encore, par le biais de la tortilla (5) notamment. Dès lors, on peut aisément comprendre que l’apparition du maïs OGM, résultant d’une modification du génome par la main de l’homme, à la fin du 20ème siècle, ait provoqué une onde de choc dans le paysage de la culture et des traditions mayas. Par ailleurs, en plus de l’aberration que cela représente en termes de souveraineté alimentaire, le simple fait de transformer cet aliment de base en agrocarburant destiné à « nourrir » les véhicules est une énorme contradiction, sachant de plus que les monocultures développées dans ce cadre sont souvent source de conflits fonciers et synonymes d’expulsions forcées pour certaines de ces populations paysannes du Guatemala.

En outre, le principe de système de systèmes au sein desquels chacun de nous aurait une place et a un apport spécifique pour la communauté est bien différent du modèle prédominant et générateur d’exclusion sociale de nos sociétés industrialisées. Ainsi, par exemple, le respect des anciens reste manifeste chez les Mayas, là où nos pays en quête permanente de productivité matérielle ont beaucoup de difficultés à intégrer ceux qui ne sont plus actifs sur le marché du travail, parmi lesquels les personnes âgées.

Enfin, le rapport à la terre et à la nature qu’entretiennent les populations mayas présente lui aussi des différences fondamentales avec certaines visions du monde et de l’agriculture modernes. Tant le développement de l’agriculture intensive particulièrement gourmande en pesticides que la mainmise de multinationales sur certaines richesses du sous-sol, générant notamment des dégâts environnementaux, s’opposent à la notion de Terre Mère, telle qu’existant dans la cosmovision maya. Gustavo Yaxón, jeune dirigeant du CUC (6) et Indien maya kaqchikel, s’en explique : « La Terre Mère n’est pas un moyen de production, c’est l’origine de notre culture, elle a un caractère spirituel, elle sent et pense, elle parle…Parfois, nous la maltraitons, et c’est là une chose évidente au Guatemala. Mais, c’est la base de notre vie. Sans la terre, nous ne pouvons exister en tant qu’êtres, ni en tant qu’organisations ». Et en interprétant cette croyance à la lumière de la lutte pour l’accès à la terre qui est au cœur des préoccupations et combats de son mouvement paysan, il ajoute : « La lutte pour la terre a un fort élément d’identité cosmique car c’est une lutte pour récupérer un élément fondamental de la vie. Nous sommes parties de la terre, comme la terre est partie de nous. Nous-mêmes « sommes » la Terre. C’est pourquoi nous souhaitons parvenir à un nouveau système politique, économique et social, une nouvelle façon de comprendre le pouvoir, ce qui génère à la fois une nouvelle énergie et une nouvelle vision des choses ».

Nous terminerons ce bref tour d’horizon de la cosmovision et de la culture mayas par les paroles de Don Isidro, sage maya : « En se coupant de la nature, les hommes ont fait entrer la peur dans leur vie et ils ont élaboré des règles pour régir le comportement humain. C’est une rupture avec l’ordre naturel car dans ce système les êtres humains sont devenus propriétaires de la Terre Mère et non le contraire. Et au nom du développement, ils disposèrent du destin de nous tous qui faisons partie de la création. Ce désordre nous a amenés à un tournant dangereux car le désastre écologique semble n’avoir pas de fin, produit de la folie, de l’ambition, de la cupidité et de l’inconscience. C’est ainsi que nous voyons les choses et beaucoup d’entre nous ont adopté cette vision et ont perdu le contact avec la tradition de nos ancêtres. On nous a enseigné le respect envers la nature, notre vision nous montre que nous faisons partie de la création, que nous avons les mêmes droits que les autres êtres qui peuplent la planète »(7)

Milena Merlino

 

(1) La cosmovision est la conception générale de l’univers à partir de laquelle un individu ou un peuple donne un sens et interprète l’existant ou la vie en général.

(2) La mesure du temps par les Mayas est déterminée par l’imbrication et l’enchaînement de multiples cycles, chacun ayant son énergie propre. Ainsi, il existe un cycle de 400 ans qui forme 1 B’aqtun. Le cycle de 13 B’aqtun forme à son tour 1 Oxlajuj B’aqtun, soit 5.200 ans. D’après les Mayas, le 5ème Oxlajuj B’aqtun s’est terminé le 21 décembre 2012.

(3) Voir l’article « Le mythe de la création vu par les Mayas », par Milena Merlino (Frères des Hommes), dossier thématique sur la Cosmovision maya (mars 2014) : voir www.freresdeshommes.org

(4) Le maïs rouge tend à disparaître, mais en certains lieux, les paysans mayas tentent de récupérer et préserver cette variété.

(5) La tortilla est une sorte de galette à base de maïs.

(6) Le CUC (Comité d’Unité paysanne) est un mouvement paysan qui œuvre au Guatemala pour l’accès à la terre des petits paysans et les droits des populations indigènes et paysannes.

(7) Citation tirée de « Ch’umilal Wuj, el libro del destino », Carlos Barrios

 

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