Projets de développement dans le Sud et économie sociale…

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…des ponts à renforcer!

En général, les projets de développement dans le Sud ont comme principe de base, la dimension collective de l’action parce que, d’une part, tant les publics bénéficiaires que les partenaires locaux, sont des organisations ou des mouvements sociaux. D’autre part, le projet vise toujours le bien-être de la collectivité, même si les bénéficiaires finaux sont des personnes individuellement identifiées.

Les projets de développement dans le Sud chercheront toujours à créer des liens de coopération au sein du public-cible. Mais cela n’empêche pas que les personnes soient toujours au cœur d’un projet, bien au-dessus du capital qu’elles peuvent apporter. On vise également une plus grande justice sociale et économique, ainsi que l’équité entre les participants à l’action.. Ces dernières années, on ajoute comme objectif de développement, l’équité générationnelle, c’est-à-dire, de permettre aux nouvelles générations à venir, d’avoir elles aussi, la possibilité de vivre dans un environnement sain et durable.

Ces principes présents dans les projets de développement nous rappellent spontanément les principes de base de l’économie sociale . Il est alors évident que les liens existant entre projet de développement dans le Sud et économie sociale permettent de bâtir des ponts profitables pour les deux.

Dans cette même publication, nous avons déjà évoqué l’expérience de la CIOEC de Bolivie qui, il y a plus de 10 ans, a eu des contacts avec Solidarité des alternatives wallonnes (SAW). Pour le partenaire du Sud, ces échanges ont eu comme résultats positifs, l’adoption des principes de l’économie sociale dans leurs statuts. C’est ainsi que, parmi les quatre principes de la CIOEC, nous trouvons l’économie solidaire. A l’heure actuelle, cette coordination a obtenu une reconnaissance de l’importance de l’économie sociale de la part du gouvernement d’Evo Morales, et CIOEC continue son plaidoyer afin d’avoir d’autres bénéfices pour ses organisations affiliées. Cet échange Nord/Sud a eu des influences positives pour le partenaire Sud et ses membres à la base.

Ces dernières années, CIOEC a déjà accumulé de l’expérience à partir de la pratique de plus de 200 organisations économiques paysannes (OECA) affiliées. Dans son école de leaders –soutenue par un projet de développement- ces cas sont analysés en collectif à partir des « regards croisés » entre les membres de différentes OECA, des techniciens et des dirigeants de la coordination. Chaque participant réfléchit avec les autres sur les réussites et les difficultés de sa propre organisation. C’est un moment très enrichissant car il permet d’observer sa propre organisation par rapport à l’ensemble des OECA.

Dans le cadre de ce projet de développement, la CIOEC a réalisé une systématisation de trois cas emblématiques d’OECA. Cela a permis de constater la variation entre périodes de gloire et périodes de crises des OECA, due principalement au fonctionnement interne des organisations étudiées. Prenons seulement deux aspects qui sont souvent signalés comme nœuds problématiques : la manière dont le contrôle interne est exercé et la manière dont les décisions sont prises. Pour M. Devisscher , ce dernier aspect est fondamental pour expliquer la réussite ou l’échec d’une OECA. Les jeux de pouvoir, les ambitions personnelles des membres et des dirigeants, la maîtrise et l’accès aux connaissances et aux informations, entre autres, sont très souvent sources de conflit dans une OECA. Quelques recommandations sont alors formulées : formalisation par écrit du système de contrôle et de prise de décisions ; réel partage de connaissance par le biais des échanges et des formations ; appropriation collective et horizontale des actions à développer, équilibre entre autonomie et partage de prise de décisions, etc. Tous ces aspects sont à mettre en lien avec la culture propre de chaque organisation et de ses membres. CIOEC a également développé des méthodologies qui aident les OECA à respecter les principes de l’économie sociale. Par exemple, le B² permet de mesurer la relation (en équilibre ou pas) entre objectif social et bénéfice économique d’une OECA ; G² permet de mesurer l’approche genre et générationnelle dans l’organisation.

Les recommandations et les méthodologies issues des expériences des organisations de l’économie sociale du Sud – systématisées grâce à des projets de coopération- pourraient ainsi être exploitées par des organisations de l’économie sociale du Nord qui connaissent des problèmes proches. Nous y gagnerons tous si on arrive à tisser davantage de liens entre ces expériences semblables.

Cecilia Díaz
Frères des Hommes

Photo : Etienne Debande

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