Petits agriculteurs d’ici et de là-bas

Lourdes Vargas, représentante d’AOPEB
Lourdes Vargas, représentante d’AOPEB

Cet été, Frères des Hommes a accueilli Lourdes Vargas, représentante d’AOPEB(1) , notre partenaire bolivien. Outre diverses animations organisées dans les fermes-écoles du Mouvement d’Action Paysanne (MAP), elle a pu approcher la réalité des producteurs écologiques en Belgique sur le terrain et d’autres alternatives intéressantes florissant dans notre pays. Elle-même a pu notamment témoigner de l’expérience du système de garantie participative développé en Bolivie, un label écologique financièrement accessible pour les petits paysans et impliquant également les consommateurs (2), sujet qui a particulièrement intéressé nos amis du MAP. Au terme de ces visites, nous lui avons demandé ce qu’elle avait retiré de ces rencontres et quel regard elle posait sur les similitudes entre les secteurs du bio en Belgique et en Bolivie.

Frères des Hommes Info (FdH) : Qu’est-ce qui t’a frappée durant les visites aux agriculteurs en Belgique ?

Lourdes Vargas (L.V) : En Belgique et en Bolivie, il semble que tout en parlant des langues différentes, les problèmes relatifs à la production écologique sont les mêmes. Nous avons peu de soutien de l’Etat qui veut même plutôt nous contrôler et qui ne tient pas à ce que se développe un type de production alternatif. C’est ce que les producteurs belges m’ont dit : eux-mêmes n’ont pas la liberté de produire leurs propres semences. Sur la question des semences en Bolivie au moins, nous ne sommes pas confrontés à ce problème. Cette visite m’a permis d’apprécier cette liberté que nous avons dans notre pays. Nous nous plaignons beaucoup, mais nous avons la liberté de produire nos semences, de vendre nos produits, même s’il n’y a pas d’appui direct de l’Etat bolivien. Lorsque les producteurs belges viendront nous rendre visite en Bolivie, ce serait intéressant qu’ils puissent témoigner de leur situation car cela nous aidera à valoriser notre situation, notre liberté.

Une autre chose qui m’a frappée, c’est que la production écologique telle que je l’ai vue ici s’apparente plus à un mouvement politique que chez nous. En Belgique, cela ne concerne pas seulement la production en tant que telle, mais aussi beaucoup d’autres choses : le mode de vie des familles, leur positionnement politique qui a trait à la souveraineté alimentaire, une attitude politique qui est à la recherche de plus de libertés et qui tend aussi à soutenir les nouveaux venus dans le métier. Il ne s’agit pas d’une production classique où chacun garde jalousement ce qu’il fait. En Belgique, j’ai vu qu’on partageait des connaissances, des expériences avec les autres avec pour objectif d’encourager un développement de ce type de production. En Bolivie, l’attitude des producteurs est plus individualiste !

FdH : Nous sommes heureux d’entendre pour une fois que nous sommes moins individualistes en Belgique !

L.V : Oui, par exemple, j’ai rencontré Bernard Moreau, producteur de la Chèvrerie du Moulin de Wez à Mierchamps. Il montre aux apprenants de sa ferme-école comment faire du fromage. Chez nous, en Bolivie, il existe souvent beaucoup de scrupules et d’interrogations à l’idée que l’autre pourrait devenir un concurrent. L’expérience belge me semble très intéressante dans la mesure où il faut développer ce type d’agriculture.

Et enfin, je dirais qu’en Bolivie, nous avons sans doute davantage un esprit associatif. Nous recherchons la force dans l’association afin de maximiser l’impact de nos actions. En Belgique, cette tendance est moins forte. Certes, cela existe, mais l’objectif semble être plus orienté vers la discussion de thèmes, l’analyse de situations que vers l’action commune. Chez nous, nous nous associons pour faire pression sur la commune, l’Etat, etc. J’ai entendu ici que l’Européen est plus individualiste. Peut-être a-t-il aussi plus confiance en lui. Mais il me semble qu’il y ait des contradictions. Ainsi, il existe beaucoup de besoins. J’ai entendu parler de la question des subsides du gouvernement et je vois qu’on s’interroge sur la manière dont ce type de producteurs pourrait bénéficier de ces aides financières. Mais c’est exactement ce que permet le principe de l’association. Pour une personne isolée, il est très difficile d’obtenir quelque chose. Même au niveau communal, un individu obtiendra moins facilement une réponse qu’une association. Et l’impact est donc plus important si on agit en tant qu’association plutôt qu’en tant qu’individus. J’ai vu qu’il y avait une contradiction : il y a beaucoup de besoins des producteurs en termes d’écoulement de leurs produits, par exemple, mais de façon paradoxale, ils veulent y répondre seuls, individuellement, alors que le fait de se regrouper leur donnerait pourtant plus de force.

FdH : Là, vous auriez certainement des choses à nous apprendre !

L.V : En Bolivie, les mouvements associatifs ont beaucoup de force. Notre gouvernement a réussi à changer des choses là où il avait l’appui des mouvements sociaux. De la même manière, s’ils sont mécontents, ils interpellent le pouvoir et bloquent les décisions du gouvernement. C’est une force, un contrôle qui nous aide beaucoup à obtenir des choses et l’important est que ces mouvements se sont articulés et renforcés ces derniers temps.

 (1) AOPEB : Association des Organisations de Producteurs Ecologiques de Bolivie

(2) Voir notre article « Bolivie : des communes écologiques qui font émerger des consommateurs actifs », Frères des Hommes Info n°103 paru en novembre 2012 sur le thème de la consommation responsable

Propos recueillis par Milena Merlino, Frères des Hommes

 

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