Mini récap’ d’une lutte pour l’égalité des femmes

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Il y a déjà 100 ans, les femmes descendaient dans la rue pour manifester pour leurs droits. Depuis, de nombreux progrès ont été accomplis, mais il reste toujours beaucoup à parcourir sur la longue route de l’égalité. Cependant, cette nouvelle décade s’annonce prometteuse quelques mois après la création par les Nations unies de UN Women pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Cette organisation a pour objectif d’accélérer la réponse aux problèmes toujours centraux et actuels de la violence contre les femmes et de l’égalité des sexes. Aucune femme ni fille n’est exempte de ces risques, quels que soient sa religion, son âge ou sa nationalité. La violence contre les femmes peut prendre plusieurs formes, de la violence domestique au viol comme tactique de guerre en passant par le harcèlement au travail, les mariages forcés et les mutilations génitales. Le « féminicide » est seulement le dessus de l’iceberg (environ 5000 cas recensés de « crimes d’honneur » chaque année) alors que les attaques, abus et mutilations de femmes ou de jeunes filles atteignent des proportions alarmantes.

Un problème d’ampleur

Environ 100 à 140 millions de femmes et jeunes filles à travers le monde ont été sexuellement mutilées et plus de 60 millions de jeunes filles subissent le mariage forcé avant leur 18 ans, ce qui leur assure souvent pour la plupart une vie maritale soumise sujette aux abus et aux violences.

Certaines estimations suggèrent que 20 000 à 50 000 femmes ont été violées pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine en 1992-1995 et environ 250 000 à 500 000 pendant les quelques mois du génocide du Rwanda de 1994. Le viol comme stratégie de guerre est une tactique récurrente et sa cruauté indifférente est très inquiétante. En ce moment même, il est particulièrement présent à l’est du Congo, alors que les conflits du Sud Kivu perdurent. Au moins 200 000 cas de violence sexuelle ont été reportés depuis 1996.

Autre abus pandémique, le trafic d’êtres humains, en tant que trafic illicite de migrants à des fins financières et en tant que traite d’êtres humains, est la troisième activité criminelle la plus rentable après le trafic de drogues et d’armes. Chaque année, la traite d’êtres humains fait des milliers de victimes, consentantes ou non, destinées majoritairement à l’esclavage sexuel ; 80% sont des femmes ou des jeunes filles dont la moitié est mineure.

Même en Europe, les violences contre les femmes, profondément liées à l’inégalité des sexes et à la discrimination, sont légion. Le harcèlement sexuel, qu’il soit verbal, non verbal ou physique, se retrouve au travail, à l’école ou dans les espaces publics. Entre 40 et 50 % des femmes de l’Union européenne en ont subi les effets et une femme sur cinq a été victime de violence conjugale.

Mais ces violences ne sont pas seulement dommageables pour le genre féminin, elles fragilisent aussi toute la société et handicapent son développement en stigmatisant et affaiblissant la moitié du capital humain de notre planète, en réduisant la productivité au travail et à l’école et en menaçant la santé physique et mentale des victimes et de leur descendance, notamment à cause des risques de contagion du sida. Les conséquences médicales, sociales et économiques sont énormes. Par exemple, aux Etats-Unis, les coûts de soins médicaux et de perte de productivité atteignent en moyenne un montant de 5,8 milliards de dollars US par an.

Des programmes en action partout dans le monde

La violence contre les femmes est l’une des violations des droits de l’homme les plus systématiques et étendues, elle touche les femmes indifféremment selon leur religion, leur ethnie, leur âge ou leur éducation. Le 3è point des 8 objectifs du Millénaire adoptés par les Nations unies en 2000 veut promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes afin de leur assurer une protection et une visibilité plus opérante.

Selon une étude sur ce sujet du Secrétariat Général des Nations unies en 2006, le moyen le plus efficace d’éliminer la violence contre les femmes passe par l’engagement politique des Etats y assignant les ressources nécessaires. De plus en plus de pays mettent en place des plans d’action et des lois sanctionnant le viol conjugal ou le harcèlement sexuel, mais de nombreux manques restent à couvrir. C’est pourquoi UN Women travaille sur deux fronts : il appuie les négociations politiques internationales en vue d’élaborer des normes relatives à l’égalité des sexes approuvées au niveau mondial. Et il aide les Etats membres des Nations unies à appliquer ces normes en fournissant son expertise et son appui financier.

De nombreuses autres organisations ou associations agissent bien sûr en faveur des droits de l’homme et se penchent donc attentivement sur le problème des violences contre les femmes et jeunes filles. A un niveau européen, nous pouvons citer le Lobby européen des femmes qui regroupe de nombreuses associations de l’Union européenne. Ses buts sont d’assurer une meilleure garantie des droits des femmes en les protégeant des exploitations et de violences sexuelles, mais aussi des multiples discriminations, et en améliorant leur représentation politique et leur autonomie économique.

Dans les pays du Sud plus défavorisés, les pressions internationales, les efforts des politiques nationales et surtout les volontés des associations internationales, nationales et locales de développement et des droits de l’homme ont aussi amené à de nombreuses actions sur le terrain. L’égalité des sexes est un facteur déterminant pour un développement démocratique, pacifique et durable. Ainsi, la reconnaissance des droits des femmes suggère non seulement un enjeu de justice sociale, mais aussi un enjeu économique et politique. En effet, une femme en bonne santé, instruite et capable d’accéder à des ressources (terres, artisanat, finances) suffisantes pour elle-même et sa famille est un puissant élément de lutte contre la pauvreté. C’est pourquoi la scolarisation et la formation des femmes et jeunes filles ainsi que l’entreprenariat local via le système du micro-crédit sont au cœur des projets de développement durable et local. L’autonomisation économique des femmes est le premier pas vers une plus grande liberté et l’enseignement est particulièrement important pour cette autonomisation et l’égalité des sexes. Ainsi, une de nos associations partenaires, l’APEF, du Sud Kivu (République Démocratique du Congo) favorise l’entreprenariat et artisanat local féminin par l’octroi de micro-crédits.

Pour une reconnaissance de l’égalité entre les sexes

Au niveau de la disparité des sexes dans l’enseignement et donc dans la reconnaissance sociale des femmes qu’il induit, on note ces dernières années une amélioration significative, mais encore insuffisante. Selon une publication de l’ONU de septembre 2010 , les écarts entre les sexes ont diminué en ce qui concerne l’accès à l’éducation, mais les disparités restent importantes au niveau universitaire et certaines régions en développement laissent apparaître de grandes inégalités dans l’enseignement primaire (en Océanie, en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Ouest).

La pauvreté reste la principale cause d’inégalité dans l’accès à l’éducation, surtout pour les filles en âge d’école secondaire. Dans beaucoup d’endroits, les femmes et les filles sont obligées de passer de nombreuses heures à aller chercher de l’eau et ne se rendent donc pas à l’école.

Malgré les progrès accomplis, les hommes continuent d’être plus favorisés que les femmes dans les emplois rémunérés et les femmes sont souvent cantonnées à des emplois précaires. Même lorsque les femmes ont un emploi, la discrimination est très présente, elles sont en général moins bien payées et ont une sécurité financière et des avantages sociaux plus réduits.

Au plan mondial, seulement un quart des hauts responsables ou dirigeants d’entreprise sont des femmes. En Asie de l’Ouest, en Asie du Sud et en Afrique du Nord, les femmes détiennent moins de 10% des postes de direction. Elles acquièrent lentement le pouvoir politique, en grande partie grâce à des quotas et des mesures particulières.

Entre 1995 et 2010, la proportion de femmes parlementaires est passée de 11 à 19% au plan mondial, mais on est encore loin de la parité entre les sexes.

Les progrès enregistrés par les femmes en termes de représentation au sein de l’exécutif sont encore plus lents. En 2010, seulement 9 des 151 chefs d’État élus et 11 des 192 chefs de gouvernement étaient des femmes. Au plan mondial, celles-ci ne détiennent que 16% des portefeuilles ministériels.

La discrimination positive reste le moteur principal des avancées en faveur des femmes. En 2009, la moyenne des femmes élues au parlement était de 27% dans les pays appliquant la discrimination positive au lieu de 14% dans les autres pays.

Mais ces avancées ne doivent pas nous faire oublier le douloureux destin de millions de femmes toujours en quête de justice et de droits. Les discriminations et les violences à l’encontre des femmes sont représentatives d’une profonde inégalité des sexes et affectent profondément la société et les espoirs de développements démocratique et économique durables. Le travail et les aides de milliers de gens pour un avenir mondial plus respectueux des droits de l’homme est vital. Les domaines d’action sont étendus (éducation et formation, indépendance économique et accès à l’emploi, représentation politique) et la sensibilisation de l’opinion à ces questions cruciales est un enjeu important des thèmes de développement humain.

Delphie Llull, stagiaire auprès de Frères des Hommes Belgique

Sources :
Lobby européen des femmes
UN Women
SayNO Unit
Organisation Internationale pour les Migrations
Fiche d’information du Sommet des Nations unies du 20-22 septembre 2010, New York (Réunion plénière de haut niveau de l’Assemblée générale)

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