Marche mondiale des femmes

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La Marche Mondiale des Femmes (MMF) est un mouvement international permanent d’actions féministes qui rassemble des groupes et des organisations de base oeuvrant pour éliminer les causes qui sont à l’origine de la pauvreté et des violences envers les femmes. L’appellation « marche » est utilisée pour signifier la pression et le mouvement constants que les femmes feront pour changer les situations d’injustices envers elles. L’initiative est née au niveau mondial en 2000, moment où on a élaboré un document de base « 2000 raisons de changer de cap ». Après cette date, plusieurs types de mobilisations – rencontres, marches à relais, actions internationales- se sont succédé, dans la plupart des cas, dans des endroits symboliques de souffrances et de luttes des femmes.

« Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, Nous serons en marche ! »

Bukavu a été choisie pour la réalisation de la clôture de la III Action Internationale de la Marche Mondiale des Femmes. La raison du choix va de soi : pendant les différents conflits armés de ces dernières décennies, les femmes du Sud-Kivu ont subi les pires atrocités car elles ont été utilisées comme armes et butin de guerres. Les femmes de la MMF du monde entier ont voulu marquer leur solidarité envers leurs sœurs martyres du Sud-Kivu, tout en signalant qu’elles ne resteront pas les bras croisés et qu’elles se battront pour que justice soit faite. « Par l’action de clôture, nous espérons renforcer l’autonomie socio-économique et politique des femmes congolaises et que les responsables des agressions sexuelles et l’utilisation du corps des femmes comme arme de guerre soient punis. Aussi, nous voulons dénoncer les intérêts économiques qui maintiennent le conflit en RDC, notamment la complicité des milices ; lutter pour que les ressources naturelles du pays bénéficient d’abord au peuple congolais et pour que la République Démocratique du Congo puisse connaître une paix durable qui commence par la démilitarisation de l’Est de la RDC et le désengagement progressif et négocié de la MONUSCO » (Déclaration de la marche mondiale des femmes).

marchemondialefemmesFdH Belgique a participé aux côtés de son partenaire –Association pour l’Entreprenariat Féminin APEF- de Bukavu, à cette marche mondiale. Nous avons pu vivre cet évènement d’un point de vue d’une organisation locale du Sud-Kivu, en participant comme n’importe quelle femme membre d’une association locale. Bukavu a vécu plusieurs moments très difficiles de conflits armés, occupations, etc. Elle est également fort touchée par le chômage et l’immigration des habitants de la campagne qui se réfugient en ville pour échapper aux violences perpétrées par différents groupes armés. De plus, l’administration fonctionne avec beaucoup de difficultés,… Alors, organiser une marche mondiale dans ces conditions était un défit énorme pour les autorités et, surtout, pour les organisations locales. Quelques jours avant le début de la marche, les préparatifs ne laissaient pas croire qu’on pouvait accueillir environ 3000 personnes dans les jours à venir. La veille du début des activités, les travailleurs étaient encore en train d’aménager les routes et les locaux. Les organisations sur place ont fait des efforts pour contribuer à la préparation de la marche. On pouvait sentir le stress et la tension que provoquait la mise au point de l’activité.

Et pourtant, tout s’est bien passé ! Les ONG locales se sont investies afin de rendre cette action de dénonciation en un vrai évènement international : elles ont participé activement, en prêtant service, matériel et volonté afin que tout se déroule sans problèmes. Mercredi 13, au matin, les stands de la foire de la marche étaient presque tous déjà installés et les exposants s’apprêtaient à présenter leurs produits et les services proposés au public. Différents panels se succédaient pendant les journées, avec des exposants venant de différents horizons. Les 4 champs de travail de la Marche sont abordés lors des conférences et panels. C’est autour de ces champs d’action que les femmes actives de la Marche Mondiale feront pression face aux instances internationales. L’autonomie économique des femmes, le bien commun et les services publics, la paix et la démilitarisation et la violence envers des femmes sont analysés au niveau local, régional et mondial, et des propositions de revendications très précises et concrètes concernant ces sujets, sont élaborées et défendues.

Deux expositions photographiques d’excellente qualité sont à la disposition du public. L’une était accompagnée de témoignages poignants sur les viols perpétrés sur les femmes de différents âges, viols que dans la plupart des cas n’ont pas été jugés et les coupables se promènent librement. On dénonce également le viol commis sur les enfants, encouragé par des croyances invraisemblables : le sang d’une vierge est utilisé pour confectionner des fétiches qui apporteront de l’argent ; avoir des relations sexuelles avec une vierge permet de guérir du sida, entre autres. L’autre exposition d’affiches de photographies à taille humaine, montre différentes femmes du Congo en train de porter des fardeaux sur les dos, fardeaux plus lourds que leur propre poids (référence : exposition réalisée par Free Advice dans le cadre de la campagne pour l’égalité entre filles et garçons, femmes et hommes ).
Des animations culturelles programmées chaque jour ont permis de créer une bonne ambiance tout en témoignant la solidarité des artistes envers les femmes.

Un moment très symbolique de la Marche a été l’acte réalisé à Mwenga, à une centaine de kilomètres de Bukavu, à 5 heures de route. Les habitants de Mwenga, comme beaucoup d’autres personnes de différents endroits du Kivu, ont connu des atrocités difficiles à supporter. Quatorze femmes et un homme ont été torturés et enterrés vivants sous les yeux des villageois, sans que personne puisse intervenir pour leur défense. Cela s’est passé en 1999, quand des rebelles et les forces d’occupation se disputaient ce territoire. On dit que le commanditaire de cette action est toujours dans l’armée. Nous, les présents à cet acte – dirigeants d’organisations, villageoises, associations locales, ONG internationales, représentants politiques de différents pays (y compris la Belgique et le Congo)- nous tous osons espérer qu’avec cette dénonciation officielle du crime commis, «quelqu’un» fera justice et ne permettra pas que des tortionnaires et assassins continuent à exercer leur pouvoir maléfique sur les populations sans défense.

En octobre 1999, ces femmes ont été accusées de sorcellerie, et, comme au Moyen Age, elles ont été exécutées dans des souffrances atroces afin d’horrifier la population et de la déstabiliser pour pouvoir ainsi la contrôler. Une fille de treize ans à l’époque, a miraculeusement survécu ; elle est un témoin vivant de cette tragédie qui se répète dans différents endroits de la région. Mwenga a été choisi –entre autres tragédies semblables- comme symbole de dénonciation parce que le massacre a été perpétré un 17 octobre, journée internationale pour l’élimination de la pauvreté et jour de clôture de la marche finale, et parce que le coupable est identifié mais non pas jugé.

Le vice-gouverneur, la ministre de la culture, des représentants d’ONG locales et régionales expriment leurs douleurs face à cet acte barbare et s’engagent à lutter pour que justice soit faite. Sur le terrain du martyre des femmes de Mwenga un centre d’accueil et de formation pour les femmes sera construit. Les associations de villageois des alentours de Mwenga sont venues et expriment la gratitude de la présence massive de personnes qui s’engagent à travailler pour la justice et la paix dans cette région du Congo.

De retour à Bukavu, le matin du dimanche 17, la grande Marche commence à partir du Triangle de Nguba. On démarre avec une plantation d’un premier arbre comme symbole de reconnaissance de la souffrance des femmes. Mais aussi, comme symbole de paix, d’espoir et de respect pour la Nature. Les différentes délégations internationales ouvrent le cortège, avec des panneaux, des marionnettes et d’autres supports faits pour illustrer la lutte de femmes. Ensuite, des centaines d’associations et des groupements de femmes marchent. Elles sont toutes habillées selon les couleurs de leurs associations ; de différentes manières, elles font allusion à la lutte des femmes en chantant, en émettant des slogans, en dansant….. C’est une marche joyeuse qui avance par les rues de Bukavu, pleine d’expressions d’espoir.

Quelques organisations n’ont pas pu entrer à la place de l’Indépendance où la première dame du Congo prononce les mots de clôture lors du dernier acte officiel. La place était remplie surtout de femmes, mais aussi d’hommes, de jeunes qui voulaient manifester leur solidarité envers les femmes victimes, ainsi que l’espoir d’une amélioration de la situation pour toutes les femmes du monde. Le Flambeau de la Paix a été remis au gouverneur, afin que les autorités publiques s’engagent aussi à ce que justice et paix existent dans cette région.

14 au 17 octobre, 2010, Bukavu
Cecilia Díaz, FdH

Pour avoir les plus amples informations sur cette initiative, consultez les sites : www.marchemondialedesfemmes.org
http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6166

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