Maman Zita Kavungirwa nous a quittés

zita

Après avoir lutté contre la maladie pendant des mois, Maman Zita nous a quittés. Sa famille et nous, ses amis et camarades de travail, nous sommes endeuillés. Pour les Congolais, et surtout pour les Congolaises, et pour les femmes du Nord et du Sud de la planète, son départ est une perte, une grande perte car Maman Zita était une lutteuse infatigable de la cause démocratique. Elle se battait pour défendre les femmes qui ont tant souffert dans le Sud-Kivu, au Congo, mais aussi pour défendre les droits des femmes d’autres endroits du monde.

Frères des Hommes a connu Zita il y a plus de 20 ans. Elle était animatrice de Waki, la branche féminine de Solidarité Paysanne du Sud Kivu. A l’époque, elle se déplaçait partout à la campagne; elle allait surtout dans des régions très éloignées, là où personne ne voulait aller, afin de faire la promotion de la femme, tout en respectant l’harmonie au sein de la famille. C’est en faisant ce travail qu’elle a rencontré Maman Salufa Nunu, avec qui elle a continué à travailler jusqu’au moment de son départ. Frères des Hommes a commencé à collaborer avec Waki parce que nous avons été émerveillés par ces femmes courageuses et battantes, qui ne perdaient jamais le sens de l’humeur ni la joie de vivre.

Quand la guerre est venue dans sa région, Maman Zita donnait des conférences partout pour sensibiliser les gens sur les violences et atrocités commises sur les femmes, mais aussi pour montrer les potentiels de développement que ces mêmes femmes du Sud-Kivu portaient en elles, malgré les malheurs et disgrâces qu’elles vivaient. C’est à ce moment que Maman Zita, avec Maman Salufa Nunu, propose à Frères des Hommes de démarrer une recherche-action auprès des femmes les plus pauvres qui venaient s’installer à Bukavu fuyant les guerres et les misères de la campagne. Pendant plusieurs mois, Zita et Nunu se rendaient aux marchés populaires et dans les quartiers les plus défavorisés de Bukavu, pour rencontrer des groupes de femmes qui essayent de s’en sortir en épargnant et en développant un petit commerce. Les deux mamans passaient de longues journées à écouter ces femmes, à discuter avec elles sur ce qu’il fallait faire pour améliorer leur situation et celle de leurs familles. C’est sur base de cette connaissance approfondie des femmes que Zita et Nunu créent l’Association pour l’Entreprenariat Féminin (APEF), qui s’est fixé comme objectif de rendre les femmes plus fortes en termes économiques et sociaux.

zita devant groupe de femmesSi on se promenait avec Zita et Nunu dans les marchés populaires de Bukavu, on entendait partout le nom de ces deux mamans. Les femmes les appelaient des kiosques pour que les Mamans viennent leur rendre visite ; elles posaient des questions, elles demandaient des orientations par rapport à leurs commerces, mais aussi par rapport aux problèmes familiaux. Et Zita leur donnait des conseils sur comment mettre en valeur ce que faisaient ces femmes, sans créer une rupture familiale.

C’était en 2006 quand on commence à parler des élections démocratiques au Congo, Zita ressent le besoin de se former afin de pouvoir participer activement au processus et défendre ainsi les droits de la femme. Lors des rencontres internationales organisées par Frères des Hommes, elle apprend que le Brésil prépare des élections nationales et que dans ce pays on est à la pointe de la participation citoyenne. Les foras sociaux à Porto Alegre et les budgets participatifs au niveau communal attirent son attention et elle demanda à Frères des Hommes de pouvoir s’imprégner de cette expérience brésilienne afin de promouvoir une participation démocratique des femmes au Congo. Maman Zita et Maman Salufa se rendent alors au Brésil, à Recife, chez le partenaire ETAPAS pour connaître de près les mécanismes de la participation populaire. L’expérience a été inspiratrice : cette visite à Recife, la participation à des marches pour la Paix au Sud-Kivu, l’ouverture démocratique du Congo et, surtout, les besoins des femmes congolaises, la poussent à rentrer en politique. Elle mène sa campagne avec conviction, force, détermination ; les femmes qui la connaissent, les femmes des quartiers populaires en ville et celles de la campagne la soutiennent. Elles se présente aux élections pour devenir député national, mais elle les perd pour très peu de votes. Zita disait qu’au Congo la population, surtout les hommes, n’étaient pas prêts à accepter la participation de femmes en politique. Elle a beaucoup souffert des mauvais coups que ses adversaires lui ont fait. Mais elle gardait encore la conviction que ce n’est qu’en luttant à tous les niveaux, qu’on allait changer la situation d’oppression dans laquelle se trouve la femme congolaise.

En octobre 2008 Zita devient Maire de Bukavu!C’est dans cet esprit qu’elle a accepté de devenir d’abord conseiller du gouvernement à Kinshasa, mais ensuite, la première bourgmestre femme de Bukavu. C’était en novembre 2008 quand elle a pris les rênes de la Mairie. « Tu as voulu que je sois Maire de ma ville…..et voilà, maintenant je suis Maire de Bukavu », m’avait-elle dit en rigolant quand je l’ai rencontrée lors de son investiture. Dehors, dans la rue, il y avait une foule énorme de femmes, mais aussi d’hommes qui l’attendaient pour lui montrer leur soutient et leur solidarité. On pensait qu’une étape importante était en train de se construire, qu’on tournait la page sombre de l’histoire de la région et que, enfin, une nouvelle ère allait démarrer pour les femmes du Sud-Kivu. Zita était une architecte, une artisane de ce changement.

Malgré ses occupations, elle restait toujours très proche de l’APEF, et par ce biais, de Frères des Hommes. Elle continuait à s’informer sur le développement de l’organisation et, surtout, sur le sort des femmes avec qui APEF travaille. Elle posait des questions, donnait son avis, réfléchissait avec Maman Salufa et les autres membres de l’APEF sur ce qui était le mieux pour l’organisation et pour les femmes. Elle continuait à être intéressée par ce qui se passait en Europe, par les actions d’éducation que nous menons ici, auxquelles elle avait participé brillamment à plusieurs reprises. Elle croyait, elle gardait de l’espoir.

Merci, Maman ZitaHélas, la maladie n’a pas permis qu’elle continue à construire une nouvelle société, plus juste, plus humaine et plus démocratique pour les femmes congolaises, mais aussi pour nous, pour les femmes des différents coins du monde. Merci, Maman Zita !

Cecilia Díaz

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