Les agrocarburants au cœur de l’accaparement de terres

terre guatemala

Face à la raréfaction des combustibles fossiles et à la flambée des prix énergétiques, les agrocarburants apparaissent de plus en plus comme la solution alternative aux problèmes qui se posent en matière d’énergie. Mais tout ne va pas sans mal. Car qui dit production d’agrocarburants dit augmentation des surfaces cultivables destinées à la production de ces mêmes agrocarburants et ce, au détriment des petits paysans qui voient leurs terres spoliées et accaparées pour ladite culture. Ceci engendre bien évidemment des dégâts auprès des populations locales et des catastrophes environnementales qu’il est très important de prendre en compte si on ne veut pas que ce soi-disant nouveau remède miracle ne transforme le paysage en désert humain et écologique par la suite.

On le sait, l’accaparement de surfaces cultivables dans le Sud par des multinationales ou certains Etats affecte la sécurité alimentaire des populations locales. Mais ce n’est pas là le seul problème. En effet, il est bon de rappeler que pour cultiver huile de palme ou autre huile de colza, des forêts et des jungles subissent une déforestation massive. La biodiversité des régions s’en trouve affectée, mais cela contribue également aux émissions massives de carbone.

Cette expansion conduit aussi à la création de nouvelles infrastructures, à des mouvements de populations, à des transformations des règles commerciales qui affectent les communautés locales. Celles-ci ont régulièrement des conflits avec ces entreprises d’agrocarburants qui acquièrent et conservent les terres, parfois en toute illégalité. Certaines plantations sont établies sans permis gouvernemental, les indemnités ne sont pas payées et les terres ne sont pas attribuées aux petits agriculteurs. De plus, la qualité même du sol est détériorée à la suite de l’usage à outrance de pesticides et du régime de monoculture. Les nombreuses constructions routières détruisent aussi l’habitat naturel. Le pillage des forêts est en route…

L’exemple du Guatemala (1)

Soutenues par les politiques en vigueur dans le pays, les entreprises produisant des agrocarburants (essentiellement la culture de la canne à sucre et l’exploitation de la palme africaine) accaparent les terres des paysans au Guatemala. Ceux-ci ont généralement été obligés de vendre leurs possessions à la suite de fortes pressions ou de fraudes. Certains d’entre eux ont été victimes d’actes violents, d’autres ont vendu leurs biens par nécessité ou urgence économique. Des usines se sont implantées à proximité des cultures pour faciliter la transformation du produit. L’Union des producteurs de palme (Grepalma), quant à elle, met en avant le nombre d’emplois directs permanents et non permanents créés avec ce business. Mais c’est sans tenir compte des conditions de travail, en particulier celles des employés saisonniers. Ces « cuadrilleros » sont souvent issus des départements d’Alta et Baja Verapaz, Quiché ou Izabal pour être employés dans les plantations au Nord du pays. Ils sont non seulement très mal payés, mais aussi très peu sécurisés. Leurs conditions de transport et de logement sont déplorables. Contrairement aux promesses qui ont pu leur être faites, les salaires sont également très bas, en dessous du minimum légal, et les tâches toujours plus nombreuses et difficiles à effectuer.

Autre conséquence visible : pour les petits paysans, posséder une terre représente une sécurité alimentaire. Dès qu’ils en sont privés, la satisfaction de leur besoin de base en produits céréaliers est menacée et le manque de revenus est tout aussi criant, leur travail devenant souvent saisonnier. Traditionnellement, le maïs et le haricot constituent l’alimentation familiale de base au Guatemala et en produisant ce type de cultures, les paysans pouvaient davantage préserver leur autosuffisance. Mais les familles de la municipalité de Sayaxché, par exemple, affectées par cette course aux agrocarburants sont ainsi passées du statut de petits propriétaires autosuffisants à celui de travailleurs agricoles assujettis et ont également perdu en qualité de vie : la journée de travail s’étant allongée, les paysans doivent se lever très tôt pour se rendre au travail. Quant aux femmes, elles sont déjà debout vers 3 ou 4 heures du matin afin de préparer le repas du mari et des enfants et elles sont les dernières à aller se coucher. Ne possédant plus de terre et n’étant de ce fait plus autosuffisants, les paysans dépendent essentiellement du salaire qu’ils touchent pour pouvoir à peine se nourrir décemment. Ils doivent également faire face aux conditions du marché qui peuvent entraîner des hausses de prix et des périodes de pénurie. Et s’il y a perte d’emploi, il n’est guère difficile d’imaginer les conséquences désastreuses que cela occasionne.

 

(1)« Emprise et empreinte de l’agrobusiness : Les agrocarburants au Guatemala – accaparement des terres, spoliation des paysans et assujettissement au travail », Alternative Sud – Centre Tricontinental – Entraide et Fraternité, 2012

Texte de Roxane Tilman

 

 

 

 

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