Le travail de Frères des Hommes au cœur de la question des migrations

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Pourquoi Frères des Hommes s’intéresse-t-il aux migrations ? Quel lien peut être établi entre cette thématique et la coopération au développement ?

Cecilia Diaz, Chargée des Relations Partenaires Sud chez FdH apporte quelques éclaircissements à ce sujet.

La migration a toujours existé et est inscrite dans l’histoire de l’humanité. Les gens migrent généralement pour trouver une vie matérielle meilleure, pour vivre en paix ou encore rechercher une autre culture…Mais à côté de ce droit à chercher une vie meilleure, il existe aussi le droit de demeurer dans son propre pays, dans son propre village si on le souhaite…Et dans certains cas, il est nécessaire de créer les conditions requises pour que les populations puissent effectivement rester chez elles. Par ailleurs, il est également intéressant de se pencher sur l’impact que les flux migratoires peuvent avoir sur les sociétés qui accueillent ces migrants.

Le cas du Congo

Le Congo illustre très bien le cas de migrants qui ont tenté de chercher une vie meilleure et des conditions de paix. Bukavu, dans l’Est du pays, par exemple, a accueilli de nombreuses personnes déplacées à cause de la guerre. Elles voulaient tout simplement survivre ! Souvent, il s’agissait de femmes qui quittaient la campagne pour fuir la violence et gagner la ville, croyant y trouver plus de sécurité. C’est ainsi que la population de Bukavu a pratiquement doublé en deux décennies. Cette situation a eu un impact sur toute la région car, de ce fait, la production agricole des campagnes a chuté et la population urbaine a explosé. La question qui se pose alors est de savoir quels moyens de subsistance ces populations déplacées peuvent trouver, comment elles peuvent contribuer au développement local, comment cette situation peut avoir un impact positif sur la région. Ce sont ces aspects qui intéressent particulièrement Frères des Hommes. Avec notre partenaire APEF, l’Association pour la Promotion de l’Entreprenariat Féminin, qui a été créé au milieu des années ’90, nous nous sommes donc fixé comme but de travailler avec les populations des quartiers de Bukavu pour créer des activités économiques qui puissent contribuer à la survie des femmes et au développement de la région. Maintenant que la paix semble se réinstaurer dans la région, nous pouvons à nouveau encourager des projets touchant directement les populations restées à la campagne. Il est en effet important de ne pas encourager l’exode rural et de soutenir les gens pour qu’ils continuent à cultiver leurs terres en milieu rural.

Le cas du Brésil

En Amérique latine et tout particulièrement au Brésil, on a assisté dans les années ’60 et ’70 à une migration des populations de la campagne vers les villes. C’est ainsi que se sont créées des mégalopoles telles que São Paulo qui compte plus de 15 millions d’habitants. Derrière ce phénomène, on trouve un modèle de développement industriel à travers lequel on a encouragé les gens à venir travailler dans les industries des villes. Cette modernisation a également touché directement les campagnes à travers une plus grande mécanisation de l’agriculture, ce qui a engendré beaucoup de chômage en zone rurale. Notons par ailleurs que ce modèle a eu des conséquences néfastes sur l’environnement et sur l’alimentation des populations pauvres. Mais, l’industrialisation a ses limites et de toute évidence, des « monstres » comme São Paulo ne peuvent plus accueillir davantage de populations dans des conditions acceptables. Ce modèle, tourné vers l’agriculture d’exportation, a donc exercé une pression sur les paysans qui, finalement, n’avaient plus de place ni en ville, ni à la campagne.

Le Mouvement des paysans Sans Terre (MST), notre partenaire, préconise un changement de modèle afin de mettre un terme à cette migration sans avenir. Pour lui, il est important de trouver des alternatives réelles afin que les paysans puissent continuer à vivre de leur travail aux champs. La réforme agraire qu’il défend est donc clairement une option qui touche l’ensemble de la société brésilienne, non seulement en luttant contre l’exode rural, mais aussi en évitant l’engorgement des villes. C’est une des raisons pour lesquelles le MST soutient le modèle d’agriculture familiale et biologique, qui utilise plus de main-d’œuvre, crée des emplois et permet une meilleure gestion de l’espace ainsi qu’un respect de l’environnement. Cette agriculture est plus diversifiée et encourage le commerce au niveau local et régional.

Le cas de la Bolivie

Pour la Bolivie, le cas est similaire. Avec l’Equateur, il s’agit d’un des pays d’Amérique du Sud qui compte le plus de candidats à l’émigration. Beaucoup de villages commencent à se vider, des terres sont abandonnées, comme dans la région des Yungas ou du Chapare. Le travail des organisations économiques paysannes que soutient Frères des Hommes vise à donner aux paysans la possibilité de travailler leur propre terre et de pouvoir en vivre. C’est une lutte claire contre l’exode rural. Ces organisations créent de l’emploi, parviennent à obtenir des marchés où sont écoulés les produits agricoles des familles paysannes, revalorisent la production locale et autochtone (quinoa, café…) et forment de jeunes cadres qui peuvent préparer l’avenir des populations à la campagne.

En résumé, le lien entre migration et coopération au développement est manifeste. Notre travail consiste donc à tenter, là où c’est possible, de laisser la possibilité aux paysans de rester dans leur village en favorisant un développement local. Dans les cas de conflits, Frères des Hommes soutient des populations qui ont été déplacées en raison de la violence, par la mise en place d’activités économiques qui contribuent à leur subsistance.


Propos recueillis par Milena Merlino

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