Le mythe de la création vu par les Mayas

mythe de la création

Le Popol Wuj (Popol Vuh ou ou Pop Vuh), l’un des textes les plus importants de la littérature maya, évoque la mythologie relative à la création du monde et de l’humanité selon la cosmovision de cette culture. On y raconte qu’au commencement, tout était silencieux, calme et immobile. Dans la nuit obscure, seule existait l’eau où reposaient les Créateurs et Formateurs qui unirent leurs mots et leurs pensées pour décider de la création. Ainsi, par leur seule parole apparut la terre et un brouillard se forma. Montagnes, fleuves, vallées surgirent de l’eau, de même que les forêts. Ils peuplèrent ensuite le monde d’animaux, espérant que ceux-ci invoqueraient le nom de leurs créateurs. Mais les cervidés, pumas, serpents et autres animaux émettaient des cris divers, sans pouvoir les honorer. Il leur fut donc donné à chacun une demeure dans la nature et leurs créateurs décidèrent qu’ils seraient voués à être chassés et mangés. Mais les Géniteurs divins se nourrissant de la vénération, ils souhaitèrent créer des êtres obéissants et respectueux. Ainsi naquirent les hommes de terre. Toutefois, leur tête était immobile et ils n’étaient capables que de regarder dans une seule direction. Ils parlaient, mais ne disaient que des choses insensées. Ils étaient sans force et se défaisaient, retournant à la terre. Les Créateurs décidèrent alors d’engendrer des êtres de bois, qui se multiplièrent à la surface de la terre. Mais ceux-ci n’avaient ni sang, ni sueur ; ils n’éprouvaient pas de sentiment, n’étaient pas dotés de raisonnement et ne se souvinrent pas de ceux qui leur avaient donné vie. C’est ainsi qu’Uk’u’x Kaj, le Cœur du Ciel, provoqua des pluies torrentielles qui s’abattirent sur les êtres de bois et inondèrent la terre. Leurs animaux eux-mêmes se rebellèrent : “Beaucoup d’entre eux nous ont fait souffrir ! Ils nous mastiquaient et maintenant, nous les mordrons à notre tour !”, dirent-ils. Les pierres venant de leurs propres feux leur tombèrent sur la tête, leur causant douleurs et tourments, les faisant courir d’un côté à l’autre. Ils cherchèrent à monter sur le toit de leur maison, mais celles-ci s’effondraient et les grottes où ils voulaient trouver refuge se fermèrent devant eux. Ainsi furent détruits tous les êtres de bois. De cette génération ne subsistent que les singes, qui ressemblent aux personnes, mais dont le corps fut créé à partir du bois.

Apparut à ce moment un être vaniteux dont le nom était Wuqub’ Kaqix. “Je suis grand, clama-t-il. Je règnerai sur tous les êtres créés. Je suis leur soleil, leur lumière et leur lune”, ce qui était faux bien évidemment. Au moyen de leurs sarbacanes, les deux jumeaux Junajpu et Xb’alam Q’e vinrent à bout de cet être néfaste, ainsi que de ses deux fils tout aussi orgueilleux. Le père de Junajpu et Xb’alam Q’e avait été tué par les seigneurs de Xib’alb’a, l’inframonde, et tous deux voulaient ramener ce dernier à la vie. Pour ce faire et après avoir traversé de dangereuses épreuves, ils défièrent au jeu de balle les seigneurs de l’inframonde. Pleins d’astuces, ils remportèrent la partie, ce qui permit à leur père de revenir en tant que dieu du maïs. Quant à nos deux jumeaux, ils ressurgirent de l’inframonde pour gagner le ciel où ils devinrent l’un le soleil et l’autre la lune. Ils furent rejoints par 400 étoiles dans lesquelles s’étaient convertis les 400 garçons tués précédemment par l’un des fils de Wuqub’ Kaqix, notre grand orgueilleux du début.

Les Créateurs se dirent alors que le temps était venu de terminer leur œuvre. “Qu’apparaisse l’humanité sur terre !” clamèrent-ils. La route vers un lieu appelé Pan Paxil leur fut indiquée. C’est là qu’ils trouvèrent le maïs blanc et le maïs jaune, cet aliment et substance précieuse qui devait leur permettre de créer les êtres humains. C’est la grand’mère Ixmukane qui moulut les épis de maïs jaune et blanc et y ajouta de l’eau afin de façonner les hommes. Ainsi naquirent les quatre premiers êtres, nos pères et mères, disent les Mayas. B’alam K’itze, B’alam Aq’ab, Majukutaj et Iq’ib’alam furent donc engendrés par un prodige des Créateurs et Formateurs. Ils parlaient, voyaient, entendaient, marchaient, étaient beaux, admirables et dotés d’intelligence. Grande était leur sagesse. Mais comme ils finirent par avoir connaissance de tout, jusqu’aux quatre coins du ciel et de la terre, les dieux s’en inquiétèrent : “Il n’est pas bon que nos créatures sachent tout, depuis les grandes choses aux plus petites. Et s’ils ne se multiplient pas?”. Il leur fut donc donné des épouses et ils eurent des enfants. Leurs facultés parfaites furent amoindries (1) afin qu’ils ne fussent pas capables de supplanter les Créateurs. Au début, ils parlaient la même langue, mais avec le temps et au fil des générations, leurs idiomes se différencièrent.

Dans sa dernière partie, le Popol Wuj poursuit le récit des descendants de ces premiers hommes de maïs, jusqu’à la vie des souverains mayas Kiché. Il relate la structuration des diverses tribus, leur implantation dans différents lieux et leurs rivalités.

Milena Merlino, Frères des Hommes

(1) Selon certains écrits, elles ne furent que ” déréglées ” ou bouleversées et leurs yeux s’embuèrent à la manière d’un miroir sur lequel on souffle, de façon à ce qu’ils ne puissent voir que ce qui était clair et évident.

Récit adapté d’après les références suivantes :

« Popol Wuj », Pakal B’alam Rodríguez Guaján

« El mito de la creación de los mayas », Smithsonian, museo nacional del indígena americano

« El despertar del jaguar », Agustín Estrada Monroy y Carlos Rivers Sandóval

 

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