Le droit à l’eau

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Dès la naissance du mouvement altermondialiste s’est constituée une composante défendant l’eau comme droit humain et service public. Ces nouveaux militants de l’eau se sont réunis régulièrement dans les Forums d’ONG au niveau mondial (Porto Alegre…) et régional. On se souvient aussi en 2000 de leur soutien aux révoltes populaires de Cochabamba (Bolivie) face aux tentatives de privatisation par une multinationale française. Le mouvement organise alors systématiquement des Forums alternatifs au Forum Mondial de l’eau organisé tous les 3 ans par le Conseil mondial de l’Eau (CME) et qui a été créé par les multinationales francaises de l’eau.

Le CME considère l’eau comme un bien économique et a la volonté de voir les services de distribution et d’assainissement de l’eau privatisés. Un de ses modèles préférés de privatisation est le partenariat public-privé où les coûts vont à la collectivité et les bénéfices où vous savez….

En mars 2007, à l’initiative de l’économiste Riccardo Petrella, d’un comité d’ONG et le soutien du groupe GUE (Gauche Unitaire Européenne) , s’est organisé au Parlement Européen une Assemblée Mondiale pour l’eau dont l’objectif était d’obtenir, des élus et des participants, des engagements plus concrets en faveur de l’accès à l’eau pour tous. Les 4 principes à promouvoir et à concrétiser étaient :

  • L’accès à l’eau comme droit humain
  • L’eau comme bien commun mondial
  • Développer le financement public de l’eau
  • Encourager la participation des citoyens aux décisions

L’objectif de faire reconnaître l’eau comme droit humain par l’ONU serait une première étape morale et juridique pour obliger les états membres à dégager les moyens pour financer l’accès à l’eau potable et aux structures d’assainissement à des milliards de personnes. Des résolutions allant dans ce sens ont été votées aux Parlements Européen, Panafricain et Parlatino (Amérique centrale et du Sud).

Cependant, en février 2008 le Conseil Des Droits de l’Homme de l’ONU a refusé de donner la priorité à cette question et devant le veto posé par les Etats-Unis, suivis en cela par le Canada et d’autres pays membres du Conseil, celui-ci a décidé de se limiter à nommer un rapporteur sur le droit à l’eau censé faire rapport sur la question dans trois ans (voir article de Riccardo Petrella « Adieu le droit Humain à l’Eau ? » La Libre, 21/04/08).

Avec des ONG et des artistes, nous avons alors organisé devant le Parlement Européen une manifestation demandant une intervention plus énergique auprès de l’ONU. A noter aussi que beaucoup d’élus sont très ambigus : ils soutiennent le droit à l’eau, mais encouragent le partenariat public-privé. Au Parlement Européen, par exemple, une majorité d’élus de gauche comme de droite soutient le Traité de Lisbonne qui prône la libéralisation de tous les services publics.

En février 2009, lors d’une conférence internationale “Faire la Paix avec l’eau” co-organisée par Petrella et Gorbatchev, les participants ont réaffirmé au monde politique leur souhait de voir émerger un Protocole Mondial pour l’Eau.

De son côté, Maud Barlow, une des militantes les plus engagées du mouvement en Amérique du Nord, a pu devenir Conseillère pour l’eau du Président de l’Assemblée des Nations Unies et continue à se battre pour qu’une Convention internationale pour le droit à l’eau soit approuvée par l’ONU.

En mars 2009 lors du Forum Mondial de l’Eau d’Istanbul, face au discours dominant, une vingtaine de gouvernements du Sud ont fait une déclaration alternative pour le droit à l’eau.

Nous savons déjà que le Conseil Mondial de l’eau a mis le droit à l’eau comme un de ses sujets principaux du prochain Forum Mondial de l’Eau à Marseille en mars 2012. Le CME veut sans doute essayer de se donner une légitimité et contrer ses opposants qui veulent transmettre l’organisation de ce Forum à l’ONU.

Aujourd’hui, en plus des élus, la stratégie du mouvement associatif est d’associer les entreprises publiques. Une association d’entreprises publiques européennes s’est créée récemment. Elle a pour nom Aqua Publica Europea et défend le secteur public face au lobbying d’Aquafed qui est la Fédération internationale du secteur privé de l’eau. Un autre réseau associant des ONG, les syndicats, les chercheurs et les entreprises publiques est “Reclaiming Public Water Network”. Son objectif est de promouvoir le partenariat public-public pour améliorer l’efficacité et la coopération de ce secteur.

Le partenariat public-public vise à pallier à la faiblesse institutionnelle et au manque de savoir-faire des entreprises publiques qui gèrent les services d’eau. Ce mécanisme prévoit leur assistance par d’autres gestionnaires publics des services de l’eau qui aident au développement de capacités sur le plan de la gestion, des finances, sans la réalisation de bénéfices.

La Commission Européenne vient d’approuver un fonds de soutien au partenariat public-public, mais son Président Barroso, qui vient d’être réélu pour un 2ème mandat, a annoncé sa volonté de libéraliser tous les services environnementaux dont ceux de l’eau.

Pour défendre ces services publics, des mobilisations citoyennes seront donc essentielles. Le réseau eau d’ATTAC-Europe (AQUATTAC) me semble un des plus prometteurs et représentatifs. ATTAC a aussi l’avantage de réunir de nombreux réseaux liés directement aux combats pour l’eau (justice fiscale, taxation des transactions financières, défense des services publics…). Deux moments importants à l’agenda européen : la pression sur les nouveaux élus du Parlement Européen et la mobilisation pour Marseille en 2012 !

Texte de Kim Lê Quang, membre du réseau Aquattac

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