La journaliste féministe congolaise, Solange Lusiku Nsimire, est partie.

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Solange Solange Lusiku, Éditrice du Journal Le Souverain Libre de Bukavu est décédée à Kinshasa le matin de samedi 13 septembre 2018. FDH l’avait interviewé lors qu’elle avait reçu le prix « Femme de courage », en 2013. Nous revenons sur l’entretien que nous avons eu avec elle à cette occasion.

Chez Solange Lusiku, le mot courage rime avec détermination et militance pour les droits des femmes. Couronné par le prix Femme de courage 2013 attribué par l’ambassade américaine à Kinshasa, son combat pour la liberté d’expression et la justice s’exprime quotidiennement dans son rôle d’éditrice du mensuel « Le Souverain », le seul journal de la ville de Bukavu.  Depuis 2007, elle assume ainsi cette tâche avec talent, modestie et persévérance en dépit des difficultés logistiques et des menaces à son encontre.

Frères des Hommes (FDH) : Que représente pour vous le Prix international Femme de courage ?

Solange Lusiku (S.L) : Il couronne un travail de journaliste au Sud-Kivu que je fais avec passion et qui me donne beaucoup de satisfaction. Et je dois avouer que je me sens plus journaliste lorsque je couple ce travail avec ma militance pour les droits des femmes. J’utilise les termes employés par les grandes femmes du Sud-Kivu qui nous ont formées dans cette lutte. Je citerai ici Zita Kavungirwa, qui fut la présidente du Caucus des Femmes, ainsi que Nunu Salufa, coordinatrice d’APEF, que je respecte beaucoup, une femme tendre et respectable, et tant d’autres encore… Toute petite, je les observais déjà. Je suis « comme les pintades qui regardent celles qui les guident » !

Ce prix est un couronnement, mais aussi un défi. Au départ je n’étais pas candidate. J’en ignorais même les appels à nomination. Ce sont deux hommes, un Belge, journaliste, et un Congolais de Bukavu, qui ont fait mes louanges et ont proposé mon nom. Des gens de l’ambassade des Etats-Unis sont venus me filmer dans mon vécu quotidien à la veille d’un départ pour Paris où j’allais participer au Forum sur les femmes francophones. A mon retour, on m’a dit de passer par Kinshasa : j’avais été nominée. Déjà en 2012, j’avais reçu à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve le titre de Docteur Honoris Causa.

Ces distinctions représentent pour moi beaucoup de joie, mais également de la peur et un sérieux défi. Je ne peux plus faire n’importe quoi sur le plan professionnel. C’est un poids sur mes épaules. Quand je vois ces femmes au Congo, qui sont de véritables battantes, je ne peux pas me mesurer à elles. Si je pense à Nunu Salufa, je n’ai même pas le centième de son courage, mais je constate que c’est moi qui ai été nominée et je me dis par conséquent qu’il n’est pas question de m’enorgueillir. Je considère que c’est une chance sur mon chemin… Et il faut partager cette grâce avec les autres. C’est pourquoi ma motivation première est de mettre de bonnes informations à la disposition du plus grand nombre et de maintenir la qualité de notre journal. Un projet de construction de site Internet est d’actualité afin que nous puissions y donner des informations fiables, accessibles dans le monde entier. Chez nous se posent en effet de nombreux problèmes de courant électrique et le débit des connexions est très lent. L’idée d’installer des panneaux solaires a été suggérée pour fournir de l’énergie en permanence. Le défi est énorme. Je vois aussi des femmes qui viennent me parler des problèmes qu’elles rencontrent tous les jours : l’accès à l’école pour les enfants, les maladies, le paiement du loyer… On ne peut refuser de les aider. Mais je me dis que tout cela ne doit pas me décourager : malgré toutes les difficultés que je vois, je dois continuer à me battre et c’est pour cela que j’ai reçu ce prix. C’est la reconnaissance de tout un combat en tant que journaliste et militante des droits des femmes. Mais les hommes m’observent et m’attendent au tournant ! Je ne peux donc pas faire d’erreur.

FdH : Comment obtenez-vous les informations pour réaliser votre travail ?

Au Congo, nous sommes dans une démocratie jeune et fragile. Nos dirigeants n’ont pas été formés à l’exercice de la pratique démocratique et ils n’ont pas évolué. Les germes de la dictature sont par conséquent toujours présents. La population, elle-même, est ambiguë : elle demande une chose et son contraire. Elle veut la démocratie mais se met à danser pour les autorités lorsqu’elles sont en visite à Bukavu. Notre journal pointe ce qui ne va pas. Nous n’avons pas notre langue en poche et nous disons la vérité. Si Mobutu est devenu un grand dictateur, c’est parce qu’il a été façonné par son entourage et nous, population, nous ne devons pas faire de nos dirigeants des dictateurs. Il faut les amener à accepter le débat contradictoire et à admettre la critique à leur égard. C’est pourquoi le journal « Le Souverain » veut rester indépendant sur le plan politique, philosophique, religieux, économique…. Le prix à payer de la liberté d’expression dans un pays comme le nôtre est lourd ! Nous essayons de tenir tête aux intimidations qui sont quotidiennes. Mais le fait que le Prix Femme de courage soit décerné par l’ambassade des Etats-Unis nous protège en quelque sorte. Par le passé, j’ai dû à certains moments entrer dans la clandestinité, tout comme mon rédacteur en chef. Cependant, nous sommes toujours en vie et tentons de faire notre travail ! Ce sont des gens de la profession qui nous combattent. Les journalistes savent qu’on fait du bon travail mais comme eux sont liés à un parti politique, ils se vengent de notre liberté. Parfois, dans cette zone de conflits, nous disposons d’informations que nous-mêmes craignons de diffuser, mais nous pouvons toujours les transmettre à des journalistes à l’étranger qui peuvent les exploiter. Si ce n’est pas nous qui signons l’article, nous n’avons pas le sentiment que cela nous porte ombrage, bien au contraire : c’est une victoire pour nous. Nous avons aussi été victimes de la jalousie. Lorsque j’ai reçu le prix Docteur Honoris Causa à l’UCL, beaucoup de femmes nous ont combattus. Mais nous ne sommes pas découragés. Nous continuons à travailler. Nous avons beaucoup d’encouragements aussi, même parfois de la part de ceux qui ont cherché à nous nuire par le passé.

FDH : Quel est le public de votre journal et peut-on l’acheter dans la rue ?

Notre public, au début, c’étaient essentiellement des intellectuels, des gens qui savent lire et écrire. Par exemple, les universités, les écoles, les organisations de la société civile et l’administration. Il y a beaucoup de rubriques dans le journal qui attirent des personnes différentes. De la politique, à l’histoire, en passant par l’économie, l’écologie, la culture et le sport… Beaucoup de femmes étaient intéressées par le journal malgré qu’elles n’aient pas été à l’école pendant longtemps. Nous avons donc cherché le meilleur moyen de satisfaire tout le monde. Il y a aussi des articles en swahili et cela nous a permis d’élargir notre lectorat. La page portrait intéresse beaucoup de gens. On y présente une femme qui sort de l’ordinaire, sans pour autant occuper un poste élevé. On y dresse le portrait d’une femme qui travaille vraiment à la base. Par exemple, j’avais rencontré une vendeuse au marché qui avait des idées formidables sur la façon de régler les problèmes des enfants, de l’enseignement, de l’armée, etc. Elle a un vrai projet de société, mais qui peut l’écouter ? Lorsque nous avons diffusé son portrait, les gens étaient impressionnés. Nous avons aussi fait le portrait d’une jeune fille qui avait été abusée par des hommes armés et avait été emmenée en forêt comme esclave sexuelle. Elle a réussi à s’en sortir et s’est réinsérée dans la société grâce à des formations, données notamment par « Laissez l’Afrique vivre », une ONG. Elle a fini son graduat en droit avec pour objectif de venir en aide aux femmes marginalisées. Elle brûle maintenant d’envie d’aider les enfants qui ont connu des situations similaires à la sienne. Ce portrait nous a beaucoup frappés.

FDH : A combien d’exemplaires est tiré « Le Souverain » ?

Avant, il était tiré à 500 exemplaires. Maintenant, on est passé à 1000. Le journal fait 20 pages en couleurs. Il est disponible au Souverain et dans trois boutiques environnantes. Normalement, c’est un mensuel, mais lorsque nous sommes en difficulté, il sort tous les deux mois. Chaque dimanche, des journalistes du Souverain vont également à la sortie de l’église pour le proposer aux gens.

FDH : Pourquoi le nom « Le Souverain » ?

C’est une robe que je porte mais que je n’ai pas cousue moi-même ! Mais c’est une robe qui me convient ! Le journal a vu le jour en 1993 au moment de la libéralisation de la presse au Congo par Mobutu. Lors de cette ouverture au pluralisme, beaucoup de journalistes ont créé des titres, les médias communautaires ont commencé… On croyait qu’il y aurait des subventions. Mais on n’en a jamais vu la couleur. Beaucoup de titres ont disparu et des radios ont cessé d’émettre en raison des difficultés financières. Le Souverain, lui, a résisté. L’ancien éditeur, Barahayiga, l’avait lancé en tant qu’activité de sensibilisation, dans le cadre d’un projet de lutte contre le virus du sida. En 2007, il est tombé malade et son état ne lui permettait plus de travailler dans de bonnes conditions. En plus, il avait souvent été agressé par la rébellion par le passé. Son bureau avait été saccagé, le matériel emporté. Il est venu me solliciter alors qu’il allait soigner son infection rénale. Il espérait guérir. Je ne sais pas pourquoi il est venu vers moi. Il savait que j’étais une battante et que le journal serait en de bonnes mains. J’ai d’abord refusé, mais il allait très mal. D’autres personnes m’ont convaincue d’accepter car c’était sa dernière volonté avant de mourir. J’ai eu peur de cette charge, de cette obligation morale. Mais mon mari m’a soutenue et il m’a d’ailleurs accompagnée lorsque j’ai été dire à Barahayiga sur son lit d’hôpital que j’acceptais. Lorsqu’il est mort, deux mois plus tard, j’ai vraiment eu peur car j’avais promis de poursuivre le travail. Je venais du secteur de l’audiovisuel. La presse écrite était une nouvelle chose pour moi, mais il m’avait dit : « La presse écrite, c’est simple. Tu suis la règle : sujet, verbe, complément ! ». Aujourd’hui, ces paroles restent comme un testament pour moi et j’ai voulu payer cette dette morale qui subsistait au-delà de sa mort. Je n’avais pas d’équipe autour de moi. Je n’avais que mon salaire au Caucus des Femmes pour lequel je travaillais à l’époque et mon mari m’a autorisée à consacrer celui-ci au premier numéro.  Mais l’argent était insuffisant car il n’y avait pas d’imprimerie en ville et je devais alors me rendre à Kinshasa. Or, ce voyage était coûteux et mon mari a accepté que je puise dans notre épargne. J’ai appris à corriger et à monter des articles auprès de journalistes. A deux heures du matin, on quittait l’imprimerie de Kinshasa et je partais avec mes 250 exemplaires sur la tête. Ensuite, je suis rentrée au Kivu avec grande fierté : c’était un journal de combat, pour promouvoir la démocratie et faire reconnaître les droits des femmes. Je devais dépenser 1400 USD pour 250 journaux et le journal était vendu à 1 USD par numéro. C’était à perte, mais avec mon équipe que j’ai peu à peu constituée, on ne travaillait pas pour l’argent. On n’a pas encore récupéré tout ce qu’on a investi mais nous allons de l’avant. Et quand je vois maintenant le carton de 1000 exemplaires, je suis très contente de l’évolution.

 

Un responsable de « Rencontre et continents », une asbl belge, s’est intéressé au journal. Il est venu à Bukavu et a proposé un accompagnement technique afin d’améliorer l’écriture et la  hiérarchisation des idées. Il a passé du temps au Souverain pour former toute l’équipe. On a fait un partenariat avec lui et des stagiaires de l’IHECS à Bruxelles (6 jusqu’à présent) sont venus nous aider. On voulait des idées novatrices pour témoigner de la créativité des Congolais et sortir de l’image misérabiliste de ce pays. Le Souverain est un bon nom car il nous a prédisposés à l’indépendance éditoriale. Mais, « Plus l’arbre prend de la hauteur, plus ses branches attrapent le vent » dit-on chez nous ! Aujourd’hui, beaucoup de gens veulent nous faire des problèmes avec ce nom. Ils veulent montrer à la famille de Barahayiga que c’est leur héritage. Si la robe n’est pas la nôtre, on peut toujours la remettre à qui de droit, en l’occurrence à la famille si cela s’avérait nécessaire. Pour nous, le Souverain, est une marque déposée. Lorsqu’on parle du Souverain aujourd’hui, on nous voit et cela rend hommage à son fondateur qui lui avait attribué ce nom. Barahayiga considérait la presse écrite comme la vraie presse. Moi, j’avais fait des années à la radio et puis, j’ai travaillé au Caucus des Femmes. Mais si je me suis retrouvée ici, c’est parce que personne ne peut échapper à sa vocation, à son destin. Le Souverain, c’était le mien. Je suis vraiment heureuse et satisfaite quand je publie un numéro. Cela s’inscrit toujours dans le combat pour le droit des femmes. Je continue cet engagement dans la presse écrite, je suis là pour dénoncer, réclamer, comme une sentinelle qui veille…

FDH : Où réside l’espoir pour le Congo et que peut faire la Belgique ?

En tant que Congolaise, mon espoir se porte sur les efforts fournis aujourd’hui et la projection de ces efforts vers l’avenir. Il faut s’appuyer sur les compétences et les capacités des femmes et des hommes qui ont les mains propres. Beaucoup d’acteurs au Congo ont les mains sales, que ce soit en termes de corruption ou en raison du sang versé à travers une sorte de mafia économique entretenue avec des multinationales, avec des gens qui font la guerre au Congo. Il faut identifier les gens qui permettent aux envahisseurs du Congo de pénétrer dans le pays. La Belgique devrait constituer une sorte de think tank et réfléchir au degré d’engagement et de crédibilité, aux compétences de différentes personnalités au Congo. Il y a des gens dignes de jouer un véritable rôle. Je n’aime pas ceux qui font semblant de s’intéresser à la société civile alors qu’ils n’ont que des visées politiques et qu’ils utilisent la société civile comme tremplin. Ils sont comme des chauves-souris ! Ils dorment politiquement la journée et la nuit ils sont en action comme des politiciens de mauvais goût alors qu’ils ne sont jamais visibles sur le terrain. Il ne faut pas compter sur eux. Ils sont prêts à sacrifier la société civile pour leurs intérêts financiers. La Belgique doit accompagner ceux qui font du bon travail et les aider à s’améliorer, surtout en ce qui concerne le travail d’utilité publique. Certaines personnes ont commis de mauvaises actions auparavant envers la population et veulent maintenant se racheter en faisant des dons. J’ai toujours pensé que notre peuple ne doit pas vivre du don d’untel ou d’untel. Il faut au contraire que les droits des citoyens soient respectés, que les salaires des enseignants soient payés, que l’on permette aux familles de vivre dignement, etc. Chacun fera alors son travail et personne n’aura besoin du don du voisin pour l’aider à régler ses frais d’hôpitaux.

La Belgique, en tant que membre du G8 et du G20 et siège de l’Union européenne, devrait jouer son rôle en mobilisant d’autres grands acteurs, surtout francophones, autour de la question de l’Est du Congo. Quand j’ai vu que la France est intervenue au Mali, j’ai été touchée. Si elle ne l’avait pas fait, il y aurait là-bas aujourd’hui beaucoup de femmes violées. Cette intervention les a protégées de tous ces actes que nous connaissons ici. Je sais que la Belgique n’a pas une armée suffisante, mais elle a des « grands amis » et pourrait mobiliser d’autres acteurs pour aider le Congo. Nous avons des liens historiques et elle devrait se sentir directement concernée par ce qui se passe au Congo. Je sais qu’elle a ses propres problèmes mais elle pourrait au moins aider les Congolais en prenant position, par exemple.

Ban Ki Moon est venu en visite pour se rendre compte de la situation chez nous. Sa porte-parole a dit que les questions militaires n’allaient pas résoudre les problèmes, alors qu’ils savent que tous nos problèmes trouvent leur origine dans la guerre. En dépit de ce qui se passe à l’Est du Congo et du transfert du génocide rwandais dans cette région, il a félicité Kagame à Kigali pour sa bonne gouvernance. C’est une insulte pour le Congo. La Belgique aurait dû prendre position. Plus de 10 ans après, la guerre est toujours là, les viols et les meurtres augmentent. Et la Belgique n’en parle pas, elle ne joue pas bien son rôle, elle ne parle pas de génocide pour ce qui se passe au Congo. Il y a eu 800.000 personnes tuées au Rwanda et on en a beaucoup parlé. Par contre, pas un mot sur les  millions de morts au Congo où le génocide continue encore aujourd’hui ! La communauté internationale devra rendre des comptes tôt ou tard aux générations futures qui demanderont des explications sur ces atrocités. Voyez toutes ces armées présentes dans la région. A travers elles, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda sont chez nous….Je me sens insultée. Ban Ki Moon a insulté le peuple congolais. Et je le dirai haut et fort, même si cela doit me faire problème, car nous sommes aussi des êtres humains et avons droit au respect. La communauté internationale et les Nations unies doivent nous respecter. Ban Ki Moon ne peut pas venir chez nous comme un acteur de cinéma qui vient tourner un épisode au Congo et puis va en tourner un autre au Rwanda pour corriger l’épisode tourné au Congo ! Vouloir être en bons termes avec tout le monde ne signifie pas nier les faits ou fermer les yeux sur les problèmes. Si Ban Ki Moon était courageux ou compatissant à l’égard de la souffrance des Congolais, il aurait demandé à Kagame d’interpeller ses hommes du M23 à l’Est du Congo. Il aurait dû lui rappeler que son pays est reconnu comme producteur à travers le monde d’un minerai dont il n’y a pas la moindre trace dans son propre sous-sol ! Comment peut-il vanter le fait qu’il y ait beaucoup de femmes en représentation au parlement, alors qu’elles ne sont là que pour applaudir ? Kagame est très cajolé par la communauté internationale. Peut-être l’histoire nous donnera-t-elle raison, le Congo ne restera pas toujours faible. Certes, Kabila est fragile. Il n’est peut-être pas à la hauteur de sa tâche, mais il ne peut le faire car aucune femme ne peut bien préparer sa recette de cuisine si elle a un couteau plongé dans le dos. C’est hypocrite de responsabiliser le Congo là où c’est la communauté internationale qui est à la base de tous ces problèmes. Le Congo est trop petit en termes de pouvoir et de pratique démocratie pour qu’on laisse aux seuls Congolais la charge de ramener la paix. Il y a un vrai génocide à l’encontre des femmes chez nous. Il suffirait de les recenser et les identifier pour se rendre compte de la catastrophe. Mais il n’y a aucune réaction. Or, nous avons besoin d’actions concrètes. Toutes ces visites telles que celle de Ban Ki Moon ne servent à rien. Cela fait près de 20 ans que nous souffrons de cette situation. Nous voulons retrouver notre dignité et j’aimerais écrire une lettre ouverte à Ban Ki Moon à ce sujet.

FDH : Le travail d’éditeur est-il plus difficile pour une femme que pour un homme ?

Oui. Le système est patriarcal. Le pouvoir n’est reconnu qu’à l’homme. La femme n’est qu’une exécutrice. On doit sans arrêt débattre. Il y a toujours des collaborateurs hommes qui nous résistent car nous sommes femmes. Mais, les femmes ont des finesses que les hommes n’ont pas et essaient de faire passer des choses par la douceur, à tel point que celui qui reçoit l’ordre ne se sent pas diminué dans son pouvoir patriarcal et qu’il exécute la tâche. Mais ce n’est pas facile. Si vous êtes éditrice d’un journal, les hommes qui ont de l’argent s’approchent en pensant qu’ils peuvent vous acheter. Et lorsque vous refusez d’entrer dans ce jeu, on vous taxe de tous les maux. La précarité pose problème car nous n’avons pas toujours les moyens de faire notre travail comme nous le souhaiterions. Mais, malgré tout, le combat et la lutte continuent tous les jours.

Propos recueillis par Cecilia Díaz, Frères des Hommes

 

 

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