L’éducation au développement «à la sauce Frères des Hommes»

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On l’oublie trop souvent : si Frères des Hommes est actif au côté des populations du Sud, notre association réalise un important travail de sensibilisation au Nord, et en particulier en Belgique. Notre objectif est de susciter des changements de valeurs et de comportement afin de favoriser l’émergence d’un monde plus juste et plus équitable et d’encourager la solidarité avec le Sud. Mais ce travail est réalisé selon une approche et une méthodologie bien spécifiques.

L’objectif de l’éducation au développement (ED) chez Frères des Hommes s’inscrit dans la définition donnée par le groupe sectoriel d’ED d’Acodev qui regroupe tous les acteurs des ONG belges francophones et germanophones travaillant dans ce secteur. Bien entendu, notre association a développé sa spécificité en la matière en privilégiant certains aspects.

Globalement, Frères des Hommes mène un travail de sensibilisation et de conscientisation auprès du public belge francophone par le biais de l’information comme de la formation, cette dernière permettant d’aller plus loin dans le processus d’apprentissage et constituant une démarche approfondie qui requiert plus de temps et vise des publics bien ciblés. In fine, il s’agit de créer des ponts et des relations entre le Nord et le Sud en incitant nos publics à réaliser des actions concrètes en faveur du développement durable du Sud.

Par « Nord », on entend bien sûr les nations industrialisées et riches tandis que derrière le vocable « Sud », on inscrit les pays en voie de développement. Frères des Hommes témoigne toutefois aussi de la situation vécue par les populations des pays émergents tels que le Brésil par exemple. « Ce sont des régions qui rencontrent des problématiques illustrant bien les enjeux du développement durable dans la mesure où leur industrialisation rapide place leur population face à des enjeux importants, nécessitant des réactions rapides de la part de leurs dirigeants afin de limiter les dégâts sociaux de certaines politiques économiques » explique Vanessa Stappers, chargée du secteur éducation au développement chez Frères des Hommes.

Le développement durable, mais encore ?

Le développement durable est au cœur du travail de Frères des Hommes, tant pour les projets Sud que pour les projets Nord (ED). « Nous abordons ce concept à partir de 3 thématiques spécifiques : la participation citoyenne, l’environnement ainsi que l’économie sociale et populaire, dit Vanessa. Chacune de ces thématiques permet de confronter les réalités du Sud et du Nord et, par conséquent, de mettre en évidence les inégalités dans les échanges, mais aussi les enjeux du développement durable dans le monde ainsi que l’interdépendance Nord/Sud. En travaillant le thème de la participation citoyenne, nous questionnons le rôle et le pouvoir du citoyen en revisitant la notion de démocratie et de mobilisation citoyenne. Nous abordons également, à travers les deux autres thématiques, les questions relatives à la protection de l’environnement et de la biodiversité ainsi qu’aux modèles économiques alternatifs, plus humains, tels que l’économie sociale et les coopératives ou l’économie populaire. Par ailleurs, nous insistons toujours sur l’importance d’une prise en compte des dimensions du « genre » et de la formation comme moyen d’émancipation, et ce, de façon transversale dans toute action citoyenne et projet de développement ».

Première étape de l’ED : sensibiliser par l’information

Via la sensibilisation par l’information, Frères des Hommes vise l’acquisition par le public belge d’une meilleure connaissance des réalités que vivent ses partenaires Sud ainsi que des initiatives ou projets qu’ils développent afin d’améliorer leurs conditions de vie. A travers cette première étape du processus de l’ED, c’est davantage le grand public qui est visé. Les actions et outils mis en place afin de l’amener à mieux appréhender les réalités du Sud sont multiples. Ainsi, non seulement nous diffusons de l’information par le biais de bulletins, de brochures thématiques et de notre site internet, mais nous sommes également présents sur des stands dans le cadre de divers événements ou festivals tels que Couleur Café ou Esperanzah. Nous utilisons des outils variés tels qu’expositions photos, projections de films et organisations de conférences débats, profitant souvent de la venue de nos partenaires Sud pour leur donner la parole face au public belge.

Et pour ceux qui veulent faire un pas de plus :

Les modules de formation…

Avec des publics plus spécifiques et des groupes plus ciblés, Frères des Hommes développe deux types d’activités : les modules de formation et l’accompagnement personnalisé à la réalisation d’actions en faveur du développement durable du Sud. Actuellement, les bénéficiaires des modules de formation sont essentiellement des associations membres du réseau d’éducation permanente, en particulier celles impliquées dans le secteur de l’alphabétisation et regroupant principalement des femmes adultes d’origine immigrée . Mais elles ne sont pas les seules ! A ces groupes, s’ajoutent les élèves de l’école primaire et secondaire (5ème et 6ème année). « Le public secondaire est un public connu pour Frères des Hommes, commente Vanessa. Cela fait longtemps que nous travaillons avec lui. Plus récemment, nous avons toutefois voulu nous ouvrir à l’école primaire. Bien entendu, les modules sont adaptés en conséquence ».

Pour chaque module de formation, nous choisissons les outils les plus adaptés au public. Les thématiques abordées étant « assez vastes », nous pouvons également tenir compte des intérêts plus spécifiques des participants. Tout cela se fait grâce à une collaboration étroite avec les animateurs/formateurs et professeurs qui connaissent bien nos publics. A travers ces formations, notre association approfondit certains aspects tels que les enjeux du développement durable au Sud, l’interdépendance Nord/Sud, les mécanismes qui conduisent aux inégalités sur notre planète, etc.

Les modules de formation proposés aux élèves du primaire, du secondaire et au public de l’éducation permanente supposent des interventions répétées de la part de Frères des Hommes auprès d’un même groupe. Mais pas question de reproduire systématiquement les mêmes cours partout ! « Nous restons attentifs à ce que nos interlocuteurs nous demandent, dit Vanessa. Au départ, nous proposons une formule toute faite, prête à l’emploi. Mais la première prise de contact avec les personnes intéressées permet de clarifier le cadre dans lequel s’insère le module et de l’adapter en fonction des contraintes et des besoins dont elles nous font part. Certains professeurs, par exemple, n’ont pas toujours la possibilité de laisser une place à la totalité du module que nous proposons et préfèrent par conséquent que nous fassions une intervention plus courte et ciblée ». Les professeurs sont donc véritablement intégrés dans le processus. S’ils le souhaitent, Frères des Hommes met également à leur disposition son propre matériel pédagogique. Dans ce cas, nous les sensibilisons alors afin qu’ils puissent s’approprier ces outils ainsi que les thématiques de travail qu’ils pourront présenter à leur classe sans que nous soyons nécessairement présents.

Pour aborder des contenus parfois complexes de la manière la plus ludique qui soit, Frères des Hommes propose différents moyens : vidéos, expo-photos, photo-langages, publications, jeux pédagogiques, jeux de rôle et mises en situation, etc. Si notre association a développé ses propres outils, elle a parfois aussi recours à des jeux qui existent depuis la nuit des temps, pour autant qu’ils soient coopératifs. Quels qu’ils soient, l’objectif est de développer la notion de coopération et de susciter des attitudes solidaires au sein des groupes.

En termes de méthodologie, les mots d’ordre sont « participation active et interactive ». « Bien entendu, notre pédagogie est adaptée à chaque public, commente Vanessa. En outre, si nous en avons la possibilité, nous faisons intervenir directement nos partenaires Sud dans les formations. Dans toutes nos démarches, nous essayons de partir du vécu du Sud ». Cet aspect est fondamental dans la vision de Frères des Hommes : que ce soit dans le cadre de la rédaction et diffusion d’articles, lors de l’organisation d’événements à destination du grand public ou de formations pour des groupes plus ciblés, notre souci est de donner la parole au Sud, de mettre en avant les expériences et projets qui y sont menés. Une façon de casser le schéma traditionnel du Nord qui montre au Sud ce qu’il convient de faire. Nous en sommes convaincus, nous avons tant à apprendre du Sud !

Dans le cas de l’éducation permanente, il est vraiment fondamental de partir du vécu des participants et de valoriser leurs connaissances afin de renforcer l’estime de soi. La majorité des personnes avec lesquelles nous travaillons dans ce secteur sont d’origine immigrée, provenant souvent des pays du Sud. Elles enrichissent donc nos formations de leurs expériences et témoignages.

…et les accompagnements personnalisés

« Face aux inégalités Nord/Sud, il est important de promouvoir des valeurs liées à la solidarité et de renforcer la capacité des citoyens à se mobiliser au travers d’actions, de leur donner envie de construire une société plus juste, explique Vanessa. Cette dernière étape est très importante dans le processus éducatif. Certes, il y a d’abord la prise de conscience, mais in fine, on vise quand même un changement de comportement et la réalisation d’actions ». Il n’est pas possible d’aller jusqu’au bout de ce chemin avec tous les publics. Ce travail est entrepris avec des petits groupes, plus ciblés. Se fixer un tel objectif avec le grand public, par exemple, serait tout à fait irréaliste.

A ceux qui ont pris conscience de leur pouvoir d’acteur et de citoyen et qui se demandent ce qu’ils peuvent faire de plus, Frères des Hommes propose donc un accompagnement personnalisé qui va bien au-delà du module de formation et permet de ne pas s’arrêter au simple constat d’inégalités entre le Nord et le Sud. « Dans ce cas, il s’agit de permettre aux élèves d’être acteurs pour un monde plus juste et plus équitable », explicite Vanessa.

Citons deux exemples concrets qui s’inscrivent dans cette démarche. En 2008, deux classes de l’Ecole de St Julien (Auderghem) se sont appropriées l’exposition photos de Frères des Hommes « Sénégal, au fil du partage » afin de la présenter aux autres élèves de leur établissement. Objectif : sensibiliser leurs pairs au développement durable du Sud. Frères des Hommes les a accompagnés dans ce projet et au terme d’une petite formation, ces classes ont organisé et encadré elles-mêmes les visites de l’exposition et les élèves de l’école ont tous défilé pour venir voir les photos.

Dans un autre registre, un partenariat s’est développé avec l’Institut Notre-Dame de Thuin. « Nous avons été contactés par Patrick Vandenbergh , professeur au sein de cet établissement. Depuis des années, il organisait des voyages de fin d’études dans des pays en voie de développement pour susciter une réflexion auprès de ses élèves. L’année passée, Frères des Hommes a ainsi accompagné au Sénégal la classe de 6ème techniques sociales. L’idée était que les élèves, par le voyage, se rendent compte de la réalité du Sud et qu’à leur mesure, ils soient acteurs du développement durable sur place. Ils se sont donc intégrés dans les projets de développement de nos partenaires pendant plusieurs jours, mettant la main à la pâte dans des activités quotidiennes ». Mais l’investissement des élèves ne s’est pas arrêté là. A son retour, la classe a entrepris un travail de sensibilisation dans l’école en utilisant une expo photos. Par ailleurs, les élèves ont organisé une soirée de témoignages à laquelle ont participé 80 personnes et ils ont récolté 2000 euros afin de soutenir les projets sur le terrain.

Une démarche fondamentale à l’heure de la mondialisation

bxl champêtre 005Aujourd’hui, dans notre monde globalisé, les enjeux du Sud nous concernent aussi directement et doivent nous interpeller.

« Le travail d’éducation au développement est plus actuel que jamais, conclut Vanessa. A l’heure de la globalisation, les enjeux de développement durable du Sud concernent directement le Nord et inversement. Le travail d’éducation au développement trouve donc un nouvel écho. Le Sud et le Nord de la planète sont face aux mêmes défis environnementaux, économiques et sociaux, mais ne disposent pas des mêmes moyens pour les relever. C’est pourquoi, il reste important que les populations du Nord continuent à se mobiliser pour défendre les droits des populations du Sud et pour construire des rapports Nord/Sud plus équitables.

Certes, le travail de sensibilisation et d’incitation à l’action reste parfois laborieux. Ainsi, lorsque nous travaillons avec un public précarisé devant déjà faire face à ses propres problèmes, il peut être difficile de lui demander de se mobiliser. Mais aujourd’hui, en raison de la globalisation, les liens entre certaines réalités du Nord et du Sud sont plus visibles et plus facilement démontrables, ce qui nous permet de mettre en évidence les points communs et d’insister sur la nécessité d’une mobilisation mondiale pour des changements globaux, au Nord comme au Sud ! »

Car les problèmes du Sud, c’est sûr, ça nous regarde aussi… ! Et finalement, porter notre regard sur ces questions, c’est également mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Milena Merlino, Frères des Hommes ( sur base des remarques et propos recueillis auprès de Vanessa Stappers, chargée de l’éducation au développement, et de Stefanie Vannieuwenhove, chargée de l’éducation permanente chez Frères des Hommes )

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