Guatemala : violation de droits et répression à La Puya

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En dépit des articles de la Constitution guatémaltèque, protégeant et garantissant le droit de la population à se réunir et à manifester, les forces de sécurité du gouvernement défendant les intérêts des multinationales ont expulsé par la force et au moyen de gaz lacrymogène les populations résidant dans le voisinage de la mine El Tambor et s’opposant à son développement dans le lieu-dit de La Puya, entre les municipalités de San Jose del Golfo et San Pedro Ayampuc (Département de Guatemala).

On dénombre 26 personnes victimes de coups, blessures et intoxications qui ont dû être transportées vers un centre où elles ont reçu des soins.

Treize heures durant, des femmes prièrent afin d’empêcher la répression, mais les agents des forces spéciales de la Police Nationale Civile commencèrent à avancer et après avoir délogé les habitants, décidèrent de se retirer. Certains des voisins de la mine restèrent couchés, mais ils se levèrent au bout du délai de dix minutes que leur avait laissé la police pour se retirer du chemin.

Le 13 mai, à 14h18, les agents commencèrent à lancer une grande quantité de bombes de gaz lacrymogène, sans égard pour les femmes, enfants, personnes âgées, agents policiers blessés, provoquant coups, blessures et intoxication parmi eux.

Plusieurs des habitants qui s’opposaient à l’agression violente furent arrêtés et emmenés par les forces de police qui les avaient agressés.

Depuis 2 ans, les habitants des communautés de San Jose del Golfo et San Pedro Ayampuc qui, contrairement à ce que stipule la loi guatémaltèque, n’ont pas été consultés, exprimèrent leur opposition à la mine par des actions et bloquèrent l’entrée de celle-ci par des occupations pacifiques, nuit et jour sur les lieux, en installant des abris au moyen de matériel qui a été confisqué par les policiers.

Les protestataires demandèrent que soit réalisée une consultation auprès des populations du voisinage afin de savoir si elles acceptaient ce projet, mais les habitants ont dénoncé dans le chef du gouvernement le refus d’un dialogue afin de trouver un accord pour résoudre ce problème.

Conformément à la constitution politique de la république guatémaltèque, les droits de réunion et de manifestation publique ne peuvent être restreints, réduits ou entravés et la loi les réglemente avec pour seul objectif de garantir l’ordre public. Ainsi, la seule limitation, et seulement si la loi l’impose, dépend de la loi relative à l’ordre public, et ne peut être conditionnée au droit de circulation. Par conséquent, le droit à manifester est supérieur au droit de libre circulation et non le contraire.

Le gouvernement guatémaltèque n’est pas autorisé à faire usage de la force pour réprimer les droits de réunion et de manifestation publique. Il doit garantir, et non empêcher, le droit des manifestants à se réunir librement tant dans des lieux privés comme publics et sur les lieux de travail, tout en étant obligé d’avoir recours à des moyens positifs pour assurer son exercice effectif, protégeant les participants d’une manifestation contre la violence physique de la part de personnes qui peuvent avoir des opinions divergentes. Il doit en outre promouvoir les mesures administratives et de police nécessaires pour que les manifestants puissent développer leurs activités, ce qui implique des mesures positives comme la déviation du trafic et la protection policière des manifestations et concentrations, si nécessaire.

En flagrante contradiction avec la loi, le ministre de l’Intérieur, Mauricio López Bonilla, à la sortie du Congrès où il avait été convoqué, a expliqué que l’expulsion des manifestants de La Puya a eu lieu au terme de deux années de dialogue infructueux dans la mesure où aucun consensus n’avait été atteint, et il a ajouté que les habitants avaient commis le délit d’obstruction à la libre circulation.

Entre autres, il a déclaré que « les ordres visaient à libérer le passage afin que les engins de l’entreprise puissent accéder à la mine. Espérons qu’il n’y ait pas d’affrontements parce que ce qu’ils font, c’est utiliser les enfants et les femmes ». Il assura que la loi en vigueur dans le pays était claire en matière de libre circulation. « Nous allons devoir procéder à des arrestations contre notre volonté » indiqua le fonctionnaire.

Ces faits sont inadmissibles et il convient de dénoncer la violence et la répression comme la criminalisation et l’utilisation de sanctions pénales à l’encontre de manifestations sur la voie publique qui se déroulent dans le respect du droit à la liberté d’expression, du droit de réunion et de manifestation.

Serjus, Guatemala, 24 mai 2014

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