Guatemala : une marche pour la justice

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En mars dernier, Daniel Pascual, Coordinateur général du CUC, a rencontré le Président du Guatemala afin d’exprimer les revendications de la population indigène et paysanne. Cette rencontre a eu lieu au terme d’une marche de neuf jours et de 214 km qui a mené plus de 20.000 Guatémaltèques vers la capitale en signe de protestation face aux engagements non tenus par les autorités dans le domaine agraire et face à l’expulsion de communautés paysannes. Nous vous proposons de découvrir un courrier reçu d’un représentant du CUC, le communiqué officiel des organisateurs de la marche ainsi que les accords conclus au terme de celle-ci avec le pouvoir exécutif.

Chère Cecilia,

[…] Nous avons récemment mené une action militante forte. En effet, neuf jours durant, nous avons parcouru 214 km à pied, en partant de Cobán pour arriver à Guatemala. Le but de cette marche était d’exposer au gouvernement tout ce qui se rapporte au conflit agraire, de protester contre les autorisations d’exploitation minière et la criminalisation du mouvement indigène et paysan, de réclamer l’approbation de la loi de développement rural intégral, et de rendre compte du conflit à l’origine de l’expulsion de 14 communautés, il y a un an, dans la région du Polochic. Au terme de la marche, nous avons engagé, avec le Président, des négociations qui ont duré plus de sept heures. Nous sommes conscients que certains changements commenceront peut-être à s’opérer, et que ceux-ci dépendront de la force et de la sagesse que nous mettrons dans notre combat.

Au départ de cette marche, nous étions 800. Au fil de notre parcours, plusieurs organisations, ainsi que des personnes n’appartenant à aucune association, nous ont rejoints, si bien que nous étions plus de 20 000 à notre arrivée dans la capitale. L’unité et la solidarité ont été mises en évidence. […]

Communiqué officiel de la marche indigène, paysanne et populaire

LES ACCORDS DOIVENT ÊTRE RESPECTÉS

Grâce à l’effort de milliers de paysans qui, neuf jours durant, ont parcouru 214 kilomètres à pied, et au soutien et à la solidarité de milliers de compagnons de lutte et de la population en général, une étape importante a été franchie. En effet, de premières réponses ont été apportées aux problèmes sérieux et concrets présentés aux trois pouvoirs de l’État et au ministère public, qui ont accepté de se réunir avec les paysans, de les écouter et de leur répondre.

Comme nous l’avons dit à de nombreuses reprises (notre message a été diffusé par divers médias), le moment d’apporter des solutions aux problèmes que nous avons exposés avait longtemps été repoussé. Or, ces questions touchent des milliers de familles et de communautés indigènes et paysannes, et ils sont connus de tous. La marche a reçu un soutien considérable, ce qui a mis en évidence à la fois la sympathie que suscitent nos revendications et le mécontentement manifeste que ressent la population face aux problèmes sociaux, économiques, politiques et culturels qu’aucun gouvernement n’a abordés sérieusement.

Les accords conclus lors de la réunion entre les représentants de la marche indigène, paysanne et populaire et le Président de la République doivent être entièrement respectés, conformément aux objectifs énoncés avant le début de la marche.

Les solutions aux problèmes qui ont été posés sont inscrites dans la législation nationale et dans des conventions internationales, ainsi que dans des résolutions adoptées par des organismes internationaux en termes de droits humains. L’État guatémaltèque n’a pas respecté ces engagements. Or, le respect de ces accords doit constituer la base des solutions qui peuvent être apportées aux problèmes que connaît le pays.

Il n’est pas éthique d’essayer de minimiser les efforts déployés par les communautés indigènes et paysannes qui ont participé à la marche, et de diminuer le sens et la viabilité des accords conclus. En traitant des affaires nationales de manière superficielle, le Président fait preuve d’un manque de sérieux. S’il ne change pas d’attitude, il empruntera la même voie que le gouvernement précédent. Pire encore, il démontrera son incapacité à respecter ses engagements, et donc à gouverner.

Les discussions avec les trois pouvoirs de l’État et le ministère public représentent un pas en avant dans la recherche de solutions aux problèmes structurels qui minent le pays et dont les principales victimes sont les populations indigènes et paysannes. C’est donc aux institutions de l’État de mettre en place des mécanismes juridiques, politiques et techniques viables afin de répondre aux demandes formulées par les personnes qui ont pris part à la marche. En effet, les représentants de ces organes sont directement responsables des problèmes en question, et ils ont l’obligation morale et politique d’y apporter des réponses. Dans le cas contraire, ils perdent leur légitimité. L’histoire a démontré que lorsqu’il existe une volonté politique, des solutions émergent et les accords sont respectés.

Les revendications des personnes ayant participé à la marche sont claires. Elles expriment la nécessité de résoudre le problème agraire, de démilitariser les zones de conflit agraire, de se pencher sur le cas du Polochic, d’annuler la dette agraire, de mettre fin à la répression exercée à l’encontre du mouvement social et à sa criminalisation ainsi que d’annuler les autorisations d’exploration et d’exploitation minières, entre autres. Ces demandes ne permettent aucune tergiversation et ne prêtent absolument pas à confusion. Si elles ne sont pas satisfaites, la situation sociale s’aggravera et les intentions du gouvernement de maintenir un système discriminatoire, qui a semé de profondes contradictions dans le pays, se confirmeront.

Les personnes qui ont participé à la marche indigène, paysanne et populaire espèrent que les autorités honoreront leurs engagements et que ceux-ci ne seront pas mis à mal par la pression de ceux qui, dans ce pays, ont toujours eu tous les privilèges. La marche indigène et paysanne réaffirme ses positions et sa volonté de trouver une solution aux problèmes par tous les moyens possibles, et de mener toutes les actions nécessaires à l’ouverture du débat et à la résolution des grands problèmes nationaux.

Communiqué du Comité d’Unité Paysanne – CUC

Accords conclus au terme de la marche indigène, paysanne et populaire

La pression des communautés indigènes, paysannes et des mouvements populaires qui ont participé à la « Marche indigène, paysanne et populaire pour la défense de la Terre Mère et le développement rural intégral, et contre les expulsions et la criminalisation » a poussé les trois pouvoirs de l’État à apporter une solution aux différentes problématiques agraires.

    Ainsi, le pouvoir exécutif s’est engagé à :

  • résoudre le problème de la dette agraire, qui s’élève à environ 30 millions d’euros et qui touche plus de 100 communautés paysannes dans le pays ;
  • faire appliquer les mesures de prévention édictées par la Cour interaméricaine des droits humains en faveur des 14 communautés de la vallée du Polochic qui ont été délogées en mars 2011;
  • attribuer une propriété de l’État, située dans cette même région, aux familles victimes de ces expulsions violentes;
  • présenter une proposition de loi visant à imposer un moratoire sur les opérations menées dans le cadre de projets miniers et hydroélectriques, ainsi que sur les autorisations dont elles font l’objet;
  • résoudre les conflits sociaux présents dans la communauté indigène de Santa María Xalapan, Jalapa;
  • résoudre les conflits agraires présents dans la Sierra Chinajá, qui concernent l’accès à la terre et les zones protégées;
  • apporter une solution à la problématique agraire qui touche la communauté de Los Regadíos, située dans le nord du Quiché;
  • apporter une solution aux autres conflits présents dans la région de l’Alta Verapaz;
  • ordonner le retrait des troupes militaires de Santa María Xalapan (communauté située à San Juan Sacatepéquez) et de la communauté de Los Olivos (située à Cobán, Alta Verapaz).

Le document faisant état de ces engagements a été signé par le Président de la République, qui a, en outre, promis de donner, le 17 avril, une réponse à toutes les demandes formulées par les communautés indigènes et paysannes.

Pour ce faire, une réunion a été fixée entre le pouvoir exécutif et les représentants des communautés et des organisations indigènes, paysannes et populaires qui ont participé à la mobilisation.

Au terme de la longue réunion lors de laquelle ces accords ont été conclus, Daniel Pascual, coordinateur général du CUC, a dit à Pérez Molina que les communautés seraient attentives au respect des engagements pris par le gouvernement.

Traduit de l’espagnol par Petra Komendova

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