Guatemala : manifestations sur fond de corruption

Comité de Unidad Campesina-CUC

Ce qui se passe actuellement au Guatemala, suite à la découverte d’un réseau de contrebande au sein des douanes par la Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala (CICIG), fait partie d’un problème plus large, d’un problème structurel concernant ceux qui détiennent le pouvoir.

Comme nous l’avons déjà signalé par le passé, le gouvernement actuellement au pouvoir résulte d’une alliance entre des groupes de militaires, d’active ou en retraite, et des membres de l’oligarchie.

Ces deux groupes contrôlent ensemble le pouvoir économique et utilisent ce pouvoir pour promouvoir les investissements étrangers dans les secteurs nationaux des mines, du pétrole, de l’hydroélectricité et de la production d’agrocarburants dérivés de la canne à sucre et du palmier à huile. Les communautés, les organisations et les dirigeants qui défendent leurs territoires face à l’invasion des grandes entreprises et qui s’opposent aux abus et à la corruption des fonctionnaires publics font l’objet de répression et sont criminalisés.

Les militaires regroupés dans le parti gouvernemental ont essayé de tirer parti des possibilités de contrôle et d’enrichissement qu’offrait leur position. C’est ainsi qu’ils ont rétabli l’alliance entre les deux tendances existant parmi eux. L’une de celles-ci est étroitement liée au narcotrafic, à la contrebande et au crime organisé. Le Président est associé à un groupe dénommé « le syndicat » tandis que les généraux Ortega Menaldo et Callejas sont à la tête de l’autre tendance à laquelle est associée la vice-présidente. Ces deux tendances se sont réparti les différents postes gouvernementaux et ont mis en place tout un système de corruption.

Tout ceci a eu pour conséquence que l’entreprenariat ne considère plus les militaires comme des alliés mais bien comme des rivaux. Des dissensions surgissent entre eux. C’est ainsi que les dirigeants d’entreprises – par le contrôle qu’ils exercent sur les médias – ont multiplié les accusations publiques concernant la corruption, le non-payement d’impôts, l’augmentation fiscale décrétée par le gouvernement ainsi que le renforcement des réseaux de contrebande et du trafic de drogues. Ces dirigeants d’entreprises ont également choisi de chercher de nouvelles alternatives politiques lors des élections.

Le gouvernement craignant l’ouverture d’une enquête fit tout ce qu’il pouvait pour que la durée du traité passé avec les Nations unies ne soit pas prolongée afin qu’il soit mis fin au travail de la Commission Internationale contre l’Impunité au Guatemala (CICIG). En outre, s’alliant au groupe politique simulant le rôle de parti d’opposition, ils choisirent comme magistrats de l’institution judiciaire des professionnels à leur service.

Dans ce contexte, la Commission Internationale contre l’Impunité au Guatemala (CICIG) dénonça publiquement un des réseaux de contrebande incrusté jusque dans les hautes sphères du gouvernement, réseau sur lequel elle enquêtait depuis longtemps.
Cette dénonciation éveilla l’indignation non seulement des secteurs et des organisations populaires, en lutte depuis longtemps, mais également celle de certaines sphères appartenant aux classes moyennes, y compris à la bourgeoisie elle-même.

Ainsi se déclencha une vague de déclarations et de manifestations pacifiques de masse ayant tendance à se généraliser dans tout le pays et rassemblant les différents secteurs protestant contre la corruption.

Une exigence s’impose comme un point commun aux différents secteurs : la démission de la vice-présidente et du président. Certains pensent que là se trouve la solution au problème dénoncé par la CICIG et les autres organisations. Spécialement les organisations sociales et populaires qui y voient le début d’un processus de réformes et de changements plus profonds touchant les structures et les institutions de l’Etat.

Tout ce mouvement qui commence à prendre forme, effraie le secteur entrepreneurial qui a choisi d’exiger rien de moins que la démission de la vice-présidente, laquelle a rapidement suivi. Pensant ainsi peut-être apaiser des esprits susceptibles d’exiger des changements plus profonds allant jusqu’à la refonte et la démocratisation de l’Etat ainsi que du gouvernement. Cette intention est devenue manifeste lors de l’élection comme vice-président d’un personnage très conservateur qui, depuis la Cour Constitutionnelle, est à la base de l’annulation du procès condamnant le général Rios Mont ainsi que du remplacement de Claudia Paz y Paz au Ministère Public.

L’exigence de changements fondamentaux est cependant toujours d’actualité. Il s’agit là d’un processus où, en tant qu’organisations sociales, nous essayons de renforcer la prise de conscience de ce que la démission des gouvernants ne représente qu’une étape, que les véritables problèmes doivent apparaître clairement et qu’il nous faut aussi intensifier notre lutte en encourageant et en soutenant les actions menées dans les différents secteurs, grâce à la participation du plus grand nombre.

SERJUS, Guatemala, 15 mai 2015

Photo : Comité de Unidad Campesina – CUC
Traduction : Jean-Pierre Plumat

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