Guatemala : changement climatique

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C’est maintenant à notre tour, nous les Guatémaltèques, de souffrir des conséquences du changement climatique. Voilà 8 jours que la pluie tombe de manière incessante. Ces pluies ont affecté tout le pays et les territoires où nous travaillons : Quetzaltenango, Totonicapán, Quiché, Sololá, ainsi que la zone métropolitaine. 16 fleuves ont débordé.

Plus de la moitié du territoire national connaît un taux élevé d’humidité. La Coordination Nationale de Lutte contre les Désastres (Conred) a maintenu l’alerte rouge dans 12 départements.

Le gouvernement a imposé l’ « état de catastrophe naturelle » dans tout le pays. Selon la Loi d’Ordre Public, l’état de catastrophe peut être déclaré par l’Organisme Exécutif quand, à la suite d’un désastre naturel, d’épidémies ou de guerre, la sécurité des citoyens est en danger. Les mesures prévues sont les suivantes : la faculté de mobiliser les personnes en situation d’urgence, la faculté de se procurer tout ce qui permet de faire face à l’urgence tout en observant les règles de la transparence. Cette décision permet de limiter le droit de déplacement ainsi que la circulation des véhicules dans les zones affectées. Elle rend obligatoire l’établissement de cordons sanitaires et interdit tout rassemblement et toute réunion dans les lieux publics (1).

Selon les données communiquées par la Conred, voici quelques chiffres établis jusqu’à hier midi : 29 morts, 3 disparus, 118.000 personnes victimes de dommages, 6.913 personnes évacuées, 5.528 personnes hébergées, 7.917 maisons détériorées, 15.000 personnes en danger. 10.5 millions de quetzales (2) ont été investis en urgence par la Coordination Nationale de Lutte contre les Désastres (Conred) suite à la déclaration par le Gouvernement de « l’Etat de catastrophe ».

Les 34 personnes décédées ont été localisées dans les départements suivants : 10 dans le département de Quetzaltenango, 5 à Villa Canales, 3 à Totonicapán, 3 à Jutiapa, 2 à Chiquimula, 2 à Santa Rosa, 1 à Suchitepéquez, 1 à San Marcos. Les rapports mentionnent 9 disparus.

Selon le Vice-Ministre de l’Education, Roberto Monroy, les pluies ont inondé 18 écoles, 40 ont été endommagées, 80 centres éducatifs sont inaccessibles et 12 sont utilisés comme lieux d’hébergement. Les cours ont été partiellement suspendus. A Quetzaltenango, Quiché, Sacatepéquez, Escuintla, Izabal, Jutiapa, San Marcos, Suchitepéquez, Petén, Santa Rosa, Retalhuleu et Sololá, la suspension est totale.

6 centrales électriques sont à l’arrêt et 57.000 utilisateurs se trouvent ainsi sans courant.
Les routes principales sont gravement touchées par la quantité de ponts détruits, de fleuves ayant débordé ou obstrués par les décombres : c’est le cas de la route transaméricaine qui traverse tout le pays d’est en ouest et de la route menant au Salvador et à l’Atlantique. La situation est pire sur les routes secondaires, comme la route entre Sololá et Panajachel et plus encore sur les routes et les chemins reliant les communautés rurales. Beaucoup d’entre elles sont isolées.

L’agriculture est également touchée par la quantité des pluies et par les vents violents qui se sont abattus sur les cultures dans différentes zones agricoles. Les rapports font état de dommages occasionnés à l’agriculture ainsi que de retards dans le transport des marchandises. Ceux-ci accroissent encore l’insécurité des populations pauvres qui, en général, vivent dans les zones endommagées et à plus grand risque. Ces personnes représentent plus de 50% de la population du pays.

Selon le rapport préliminaire établi hier par le Ministère de l’Agriculture, de l’ « Elevage » et de l’Alimentation (MAGA), le secteur qui enregistrera à la longue les plus grandes pertes dues aux dommages provoqués par la dépression tropicale 12-E et par les nouvelles tempêtes dans l’Atlantique, est celui de la sécurité alimentaire

Le montant total temporaire des dégâts enregistrés dans le secteur agricole de grande envergure s’élève à 73.08 millions de quetzales. Retalhuleu et Alta Verapaz présentent les plus grandes pertes avec, respectivement, un montant de 20.4 millions et un montant de 16.1 millions de quetzal. Cette évaluation ne comprend pas les pertes encourues dans la petite agriculture de subsistance ainsi que dans les villages et les communautés.

Selon le rapport du MAGA, des dégâts sont enregistrés dans un tiers des municipalités du pays, c’est-à-dire à 111 endroits, ce qui représente 8.928 parcelles de terres cultivées affectées par les inondations.

Les cultures à grandes échelles ayant subi le plus de préjudices sont les suivantes : la canne à sucre, le sésame, les bananes, les tomates et les hibiscus. En ce qui concerne l’agriculture de subsistance, toutes sortes de légumes ont été affectés. Parmi ceux-ci, les légumes produits dans les municipalités du département de Quetzaltenango, spécialement les municipalités d’Almolonga, Zunil, Cantel ainsi que la culture de pommes de terre très importante dans les municipalités de la zone Mam. Dans ces municipalités, les feuilles de pommes de terre avaient déjà été arrachées ; tout fut emporté par les courants sur les pentes : les terres et les pommes de terre. On constata également que la production de haricots, de fèves avait été très affectée. Les gousses de ces légumes qui font partie de l’alimentation de base des populations paysannes pauvres, étaient encore vertes. En ce qui concerne la culture des courges, la production de la chayotte (3) qui est très consommée par les familles, fut fortement affectée.

En ce qui concerne la production à grande échelle, le café fut le moins endommagé car les grains n’étaient pas mûrs. Dans l’agriculture de subsistance, le maïs a été assez bien préservé car les épis s’étaient déjà formés. Cependant, si la plante est abîmée, cela rendra la pollinisation difficile et le maïs peut pourrir, s’il n’est pas récolté ou recouvert rapidement.

Concernant le manque de sécurité alimentaire, il faut également constater la perte des volailles de basse-cour, autant à cause des inondations et de la destruction des élevages qu’à cause des maladies mortelles provoquées par l’humidité. Il reste un espoir : il s’agit d’herbes ou légumes comme la blette, les radis, diverses légumineuses, le cresson, etc. Ces herbes pourraient proliférer grâce aux pluies et se développer s’il des ressources subsistent après l’hiver.

Jorge Santos, consultant au Centre International de Recherches en Droits Humains, a fait remarquer que, dans les prochaines semaines, les consommateurs devront payer davantage certains produits : la hausse des prix découlant de la spéculation et de l’accaparement (4).

Santos prévoit d’autres effets dus aux dégâts à grande échelle occasionnés dans les cultures : la perte de revenus dans les foyers des familles pauvres, conséquence d’une diminution de la production, cette diminution provoquant elle-même une baisse d’emplois massive et une augmentation de l’insécurité alimentaire.

Selon le MAGA, le nombre de familles affectées par les fortes pluies de la dépression tropicale 12E s’élève à 14.900. Elles sont localisées principalement à Quetzaltenango, Santa Rosa, Alta Verapaz et Suchitepéquez. Santos ajoute que la faiblesse institutionnelle du secteur public agricole contribue à aggraver l’impact de la catastrophe sur les producteurs et les consommateurs. «On n’a pas les moyens d’emmagasiner les graines de base et de sanctionner ceux qui spéculent sur les prix et l’accès aux produits», a-t-il fait remarquer.

Selon la Fédération des Associations Agricoles du Guatemala, la tomate présentait hier une hausse de 30 quetzal par caisse, passant ainsi de 100 à 130 quetzales; le quintal d’oignons est passé de 140 à 150 quetzales et la caisse de piments de Jalapa a doublé de prix : elle est cotée à 200 quetzales.

Luis Enrique Monterroso, de l’Unité du Droit à l’Alimentation du Procureur chargé des Droits Humains (PDH) considère comme préoccupante la situation d’insécurité alimentaire qui va se présenter. Il y a en effet actuellement au Guatemala, selon les données officielles, plus de 9000 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë et cette situation pourrait s’aggraver.

Le Conseil des Institutions de Développement (COINDE) a tenu une conférence de presse pour informer des dégâts qui avaient été causés par la Tempête Tropicale 12-E, dégâts qui venant s’ajouter à ceux provoqués par les tempêtes Stan et Agatha qui ravagèrent de nombreuses communautés dans le pays, en novembre 2005 et en mai 2010 et qui n’ont pas encore été réparés. Lors de la conférence, il fut remarqué que « notre pays de par sa topographie est hautement vulnérable à cette sorte de tempêtes et de désastres » (provoqués par le réchauffement climatique). A la fin de la conférence, il fut demandé au Gouvernement d’accorder les aides nécessaires à la prévention de ces désastres et à la prise en charge des graves problèmes qui affectent dès lors le droit à la vie et la sécurité alimentaire des populations. Aujourd’hui, cependant, nous avons été informés que le Congrès de la République n’avait pas accepté, hier, d’accorder des secours, même pas en ce qui concernait l’actuelle urgence, de crainte que cela augmente le déficit budgétaire qui ne laisse pas d’autre possibilité que la réforme fiscale et l’augmentation de l’impôt sur la rente dont bénéficient les gros capitaux.

Ni SERJUS, ni nos organisations internationales de coopération, n’avons, de par la nature de notre travail, ni les ressources ni les possibilités nous permettant d’intervenir dans les dommages immédiats provoqués par les désastres. Cette intervention immédiate, ce sont les communautés et les organisations avec lesquelles nous travaillons dans les différentes communautés qui l’assument, en cherchant de l’aide auprès des institutions de l’Etat Guatémaltèque, et également en cherchant à bénéficier des quelques initiatives prises par les organisations désirant intervenir en cas de désastres.

Intervenir tout au début de l’état d’urgence est important. Car il s’agit de sauver les familles courant un danger immédiat, en les évacuant, en installant de quoi les héberger, en distribuant de l’eau et de la nourriture. Cette action a été très limitée en ce qui concerne le Gouvernement car celui-ci ne dispose pas de ressources suffisantes. En effet, pour des raisons politiques, les partis d’opposition ont fait obstacle à l’obtention de prêts ou aux transferts de budgets. Les entreprises privées font des affaires en se servant de l’urgence, principalement celles qui produisent les articles dont on a besoin en situation d’urgence. Même si elles encouragent chez les citoyens l’apport de fonds, ceux-ci sont utilisés pour leur acheter les produits qui seront donnés à ceux qui ont été affectés ou qui ont subi des dommages. Les Eglises installent des centres d’approvisionnement dans leurs paroisses ou institutions afin de recevoir les dons des fidèles et les distribuer aux bénéficiaires.

Les conséquences du désastre : le manque de nourriture, les dommages occasionnés à la santé, le manque d’emplois, la reconstruction des habitations, l’insécurité alimentaire, sont oubliées à moyen ou à long terme, une fois passée la première urgence. A un point tel, nous le remarquions plus haut, qu’il y a encore des personnes qui sont toujours affectées par les tempêtes Stan et Agatha datant de plusieurs années et qui n’ont pas encore pu se relever des graves dommages dont elles avaient souffert.

Dans l’état d’urgence actuelle, nous sommes préoccupés par l’impact qu’aura ce désastre sur l’augmentation de l’insécurité alimentaire et qu’il nous faudra affronter dans les prochains mois. Cette insécurité se répercute sur le travail que font les communautés et les organisations que nous accompagnons, freinant ou retardant les progrès à réaliser dans différents domaines : l’organisation, la gouvernance, la participation citoyenne, la mise en train de plans, de programmes et de projets de développement social local, économique et politique.
C’est sur la base de toutes ces données que nous présentons le présent rapport dans le but , dans l’espoir, de trouver, d’atteindre, de nouvelles organisations qui puissent dans le domaine de l’aide humanitaire, lancer des actions ou des initiatives et prendre en charge l’urgence actuelle, au cours des deuxième et troisième étapes.

Nous regrettons profondément tous ces désastres. Ils affectent des millions de personnes parmi les plus pauvres du monde. Face à ces désastres provoqués par les changements qui trouvent leur origine dans le réchauffement climatique et qui atteignent des seuils critiques. Nous sommes face au refus de nombreuses entreprises et de nombreux pays ; face à leur refus d’accepter les règlements et d’entamer les actions permettant de réduire les torts faits à notre mère la nature, à toute l’humanité, à l’amour : le cœur du ciel et de la terre.

QUELQUES EXEMPLES DU DESASTRE

QUETZALTENANGO

Dans le département de Quetzaltenango, le mauvais temps s’est transformé en tragédie. 10 personnes sont mortes dans les différentes municipalités. Dans les quartiers de La Esperanza et d’Almolonga, 4 enfants moururent sous les décombres. L’inondation a envahi plusieurs habitations, emporta des véhicules, laissant les rues couvertes de boue. Dans la zone 4 de cette municipalité, on retrouva le cadavre d’une personne. A Chichigüitan, principal canton de Quetzaltenango, 2 femmes moururent dans l’effondrement de leur maison.

Dans la zone 5, on retrouva également le corps d’une fille de 11 ans sous les décombres de sa maison. Dans le quartier de El Potrero, Cantel, on retrouva après une avalanche les corps de Virgilio Lima, 22 ans, et de José Chojolán, 40 ans.

Les routes conduisant à ce département étant endommagées, il est difficile d’atteindre cette ville. Au kilomètre 171 de la route qui conduit de Retalhuleu à Quetzaltenango, le pont Castillos Armas a été fermé car le niveau de l’eau dépassa le niveau de normal. Sur la route interaméricaine menant à cette ville se produisirent 35 éboulements ; certains recouvraient les 4 bandes de circulation.

TOTONICAPAN

Dans le hameau de Pachaj,San Francisco El Alto, des secouristes et des voisins retrouvèrent enfouis les corps de Francisca Huninac, 76 ans, et de son petit- fils Bartolo Garcia, 7 ans. Dans la zone 4 de Totonicapán, Santos Cruz Sapón, 64 ans, mourut sous des tonnes de boue.

Environ 78 habitants des hameaux Las Mercedes, Saquiyá, Patzún, Chimaltenango, furent hébergés dans l’école de la municipalité.

EST DU GUATEMALA

Au village El Pescador, Pueblo Nuevo Vinas, Santa Rosa, Lorenzo Contreras, 70 ans, mourut alors qu’il retirait la boue qui s’était accumulée dans sa maison à la suite d’un éboulement. Une femme périt au hameau de Hawai, Chiquimulilla.

Jorge Pacheco, de la Coordination Nationale de Lutte contre les Désastres (Conred) a fait savoir que, dans le même département, 237 familles avaient été évacuées de El Shutaque, San Jacinto et d’El Talpetate.

A San José Acatempa, Jutiapa, des secouristes ont rapporté la mort de Roberto Geovany Barahona, 28 ans, et de sa fille Zoila Barahona Mendoza, 2 ans.

GUATEMALA CITY

Dans les cités Abril et Lomas del Eden, avenue 33, zone 5, les Pompiers Municipaux ont retrouvé David et Douglas Ménendez , 19 et 16 ans ainsi que Susana Arriola,67 ans. Dans la 30ème avenue, dans la même zone, deux voitures furent écrasées par les roches et la boue.

A Veguitas, zone 16, deux maisons furent endommagées par la chute d’un arbre. Migdalia Lopez, une des victimes, dit qu’elle logerait dans une baraque ne sachant où aller.
Au kilomètre 5 de la route vers le Pacifique, à El Ceibillo, Amatitlan, des tonnes de sable tombèrent en avalanche d’une colline.

Les Pompiers Volontaires sauvèrent10 enfants qui voyageaient dans un bus scolaire et 5 automobilistes qui étaient restés prisonniers du sable qui avait envahi plusieurs rues de cette municipalité.

SOLOLÁ

Solola – Panajachel est de nouveau inaccessible après que plusieurs éboulements se soient produits sur la route. Dans ce département également, dans la municipalité de Nahuala, 8 maisons et plusieurs véhicules furent détruits par les éboulis.

(1) Marvin del Cid/Gerson Gudiel, El Periódico, 11/10/2011, pg.3
(2) 100 Quetzales = 9.42 Euros
(3) chayotte : sorte de courge, plante grimpante vivace du Mexique cultivée pour son fruit en forme de grosse poire
(4) Lorena Alvarez, El Periódico, 18/10/2011 (version électronique)

Document publié par SERJUS (Services juridiques et sociaux, S.C.), Guatemala
Traduction : Jean-Pierre Plumat

Lire l’article : “Guatemala, pays maudit par les dieux du climat” dans notre bulletin de novembre 2010 : Le climat dans tous ses états (pdf)

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