Guatemala : Attentat à l’encontre d’une dirigeante communautaire

Yolanda Oquelí
Yolanda Oquelí

Nous avons reçu un témoignage de notre partenaire Serjus relatif à l’attentat perpétré à l’encontre de Telma Yolanda Oqueli Veliz, leader communautaire très active au sein du mouvement de résistance auquel participent les populations de la région de San José del Golfo. Par cette résistance pacifique, les habitants manifestent leur opposition à l’exploitation minière “El tambor” qui, contrairement aux lois et conventions internationales ratifiées par le Guatemala, n’a fait l’objet d’aucune consultation populaire préalable. Découvrez ci-dessous le courrier envoyé par Serjus, quelques images relatives à la résistance s’organisant autour de la mine, de même que le communiqué du Conseil des Peuples d’Occident dénonçant notamment les différents crimes et actes d’intimidation perpétrés récemment à l’encontre des populations indigènes dans ce contexte.

“Chers amies et amis,

C’est avec beaucoup d’indignation que nous vous informons que le 13 juin dernier aux environs de 18h30, notre collègue Telma Yolanda Oqueli Veliz a été victime d’une embuscade. Cette dirigeante communautaire de San Jose del Golfo (*) est très active dans le mouvement de résistance auquel participent depuis plusieurs mois les habitants de cette municipalité et de San Pedro Ayampuc en raison de l’installation de la mine connue sous le nom “El Tambor” ou Mina Progreso 7” entre ces deux communes, installation qui n’a fait l’objet d’aucune consultation. Les habitants demandent qu’aucune exploitation ne soit entreprise sans consultation populaire.

La population s’est organisée pour empêcher davantage de mouvements dans la mine. Leur résistance consiste à empêcher quotidiennement le passage d’engins et manifester leur refus du projet. Ils dorment et mangent sur les lieux.
Bien que leur action soit pacifique, ils ont dû faire face aux agressions et menaces armées constantes des gardes de sécurité et des travailleurs de la mine.

Au vu de la nocivité pour la santé des substances chimiques utilisées dans la mine, les habitants et membres de la communauté exigent la cessation des activités de la mine dans la région ainsi que la tenue d’une consultation auprès des populations des environs afin de recueillir leurs avis quant à la poursuite du projet.

Il y a quelques semaines, durant la nuit, des camions avec engins sont arrivés, protégés par d’autres camions chargés de soldats anti-émeutes qui ont surpris la population, cherchant à accéder à la mine. Ceux-ci ont en outre entouré les maisons de certaines familles et des dirigeant(e)s communautaires.
Notre collègue Yoly a été attaquée alors qu’elle était très près de la mine et qu’elle avait quitté les lieux de la résistance pour se rendre à son domicile en automobile. Son véhicule compte 7 impacts de balles dont l’un l’a également touchée dans la région de l’abdomen. Elle devait subir une intervention chirurgicale, mais la balle étant logée entre le poumon, la colonne vertébrale et le rein, les médecins ont préféré la garder en observation.
Une conférence de presse s’est tenue à San Jose del Golfo à proximité de la mine le lendemain à 10h30 du matin afin de dénoncer officiellement les faits”.

Serjus

(*)San Jose del Golfo se situe entre le département de Guatemala et le département d’El Progreso qui sont séparés uniquement par le fleuve Los Plátanos.

Visionnez les images de la résistance pacifique et une interview de Telma Yolanda Oqueli Veliz avant l’attentat.

Discours des dirigeants locaux prononcés afin de dénoncer l’attentat à l’encontre de Telma Yolanda Oqueli Veliz.

Communiqué du Conseil de Peuples de l’Occident – Guatemala

Face à l’opinion publique nationale et internationale, au vu des derniers événements qui se sont déroulés dans différents territoires indigènes du Guatemala, dans le cadre des changements d’énergie de la nature, solstice d’été vers le changement de l’ère du peuple maya,

Nous dénonçons les faits suivants :

  • Une fois encore des entreprises étrangères se sont distinguées par leur comportement criminel dans le but d’imposer leur plan de destruction de la nature sur nos territoires. Ainsi, cela a été démontré par l’assassinat d’Andrés Miguel Francisco de même que par les blessures occasionnées à Pablo Antonio Pablo et Esteban Bernabé à Barillas (Huehuetenango) dont doivent répondre aujourd’hui devant la justice les responsables exécutants liés à l’entreprise HIDRO SANTA CRUZ
  • A ce comportement criminel s’ajoutent aujourd’hui :
    • L’assassinat vil et lâche, le 11 juin 2012, de notre frère José Tabico, appartenant à l’Autorité Communautaire de Sibacá (Santa Cruz du Quiché), membre actif du Conseil des Peuples K’iche
    • L’attentat à l’encontre de Telma Yolanda Oqueli Veliz, leader de la résistance contre la mine à San José del Golfo y San Pedro Ayampuc (département de Guatemala) perpétré le 13 juin 2012
    • Les menaces à l’encontre des habitants et leaders sociaux du Peuple K’iche de Cantel Quetzaltenango alors qu’ils défendaient leur territoire face au projet imposé de centrale hydroélectrique
  • La poursuite de ces méthodes criminelles à l’encontre des autorités et leaders communautaires des Peuples qui défendent la Terre Mère et le territoire, méthodes qui sont ouvertement le fait du gouvernement de Otto Peréz Molina avalisées par le système judiciaire, comme cela transparaît au travers des détention et procès injustes de plus de 15 leaders communautaires de Santa Cruz Barrillas, San Juan Sacatepéquez et San Miguel Ixtahuacan, Cotzal entre autres accusés de terrorisme, attentats, associations illicites, narcotrafic, etc.

Nous exigeons :

  • Des éclaircissements sur les attentats et crimes ayant porté atteinte à la vie ainsi qu’à l’intégrité physique et psychologique des leaders susmentionnés
  • Conformément aux lois et conventions internationales ratifiées par le Guatemala, le respect de la libre détermination des Peuples qui ont décidé et déclaré leur territoire libre d’exploitation de mines de métaux et de détérioration de l’environnement par des entreprises nationales et étrangères
  • Une enquête approfondie et la détermination de la responsabilité des entreprises en raison des actes de délinquance perpétrés à l’encontre des Peuples indigènes par l’imposition de leurs projets
  • Nous accusons l’Etat et le gouvernement en place qui ont manqué à leur devoir de garantie de la vie et de l’intégrité des Peuples en acceptant les activités des entreprises dans notre pays. Nos assemblées sont pacifiques, Monsieur le Président. Nous ne sommes pas des terroristes.

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