Extraits d’un communiqué concernant la difficile situation au Guatemala

guatecommunique

Etant donné la situation qui prévaut dans la commune guatémaltèque de San Juan Sacatepéquez et devant le harcèlement ainsi que les persécutions judiciaires et médiatiques dont le leader paysan indigène Daniel Pascual Hernandez et le Comité d’Union Paysanne– CUC – sont victimes, nous portons ce qui suit à la connaissance des organisations internationales ayant à cœur le respect des Droits Humains.
(….)
Les douze communautés de San Juan Sacatepéquez, dans le département de Guatemala, , ont organisé différents événements : plusieurs assemblées communautaires « de bonne foi » ( 13 mai 2007), plusieurs marches pacifiques en 2009 et 2014, des demandes de consultation reconnues légalement par la Cour Constitutionnelle en janvier 2010, différentes réunions avec le Rapporteur Spécial des Nations Unies aux Populations Indigènes en 2010, plusieurs requêtes relatives au droit d’assemblée adressées directement au Président de la République en 2013. Ces Communautés ont également participé à différentes réunions dans le cadre du processus de dialogue organisé en 2008 et 2014 et ont affirmé à plusieurs reprises la nécessité d’organiser des assemblées consultatives et de respecter leurs avis en ce qui concerne les plans de construction d’un réseau routier régional encerclant les territoires de ces douze communautés .
(…)
Mais, on a répondu par la criminalisation, la persécution, l’emprisonnement, la séquestration, l’assassinat de leaders communautaires, la militarisation, des condamnations injustes ( elles atteignent un total de 150 années), la diffamation, des accusations fausses, l’état de siège ou d’exception, le payement d’importantes sommes d’argent à titre de caution, l’ intimidation et l’ intervention, la semaine précédant un massacre, de groupes paramilitaires appelés Les Exterminateurs. L’événement le plus grave fut le massacre perpétré le 19 septembre à San Juan Sacatepéquez dans la Communauté Los Pajoques. Ce massacre eut une issue lamentable : 8 morts et 11 blessés. La version officielle, ainsi que celle des entreprises, fut que ce sont les communautés défendant leur territoire qui provoquèrent ce massacre. Il ne fut pas fait état de ce que l’installation et les projets de la cimenterie, s’ajoutant aux impôts, ainsi que l’attitude du gouvernement, son désintérêt, son attitude répressive, furent précisément les causes de cette situation hautement conflictuelle : il n’existait rien de tel avant l’installation à San Juan Sacatepéquez des Cimenteries «Progreso».
Cette situation lamentable reflète uniquement le recours à des stratégies anti-insurrectionnelles dépassées, à la diffusion irresponsable d’ informations non fondées accusant le dirigeant paysan indigène Daniel Pascual ainsi que le Comité d’Union Paysanne d’incitation au délit et, parmi d’autres accusations, de « terrorisme, d’incitation au délit en utilisant la violence » . Ces accusations indiquent clairement qu’il s’agit d’un plan dirigé contre les leaders indigènes.
(…..)
A cet effet, nous demandons que les organismes de défense des droits humains adressent un appel urgent au gouvernement du Guatemala afin que celui-ci prenne les mesures nécessaires en faveur de la création de mécanismes adéquats instituant le dialogue dans les régions où les populations indigènes ont vu leurs intérêts affectés par l’application de projets d’extractions minières et par l’extension des monocultures.
Qu’il soit demandé à l’Etat du Guatemala de valoriser, respecter, reconnaître et soutenir, comme il est de son devoir, le travail irremplaçable réalisé par les personnes défendant les droits humains, et de mettre fin aux persécutions et à la criminalisation dont ces personnes sont victimes.
Qu’il soit exigé de l’Etat du Guatemala qu’il fournisse des informations sur la situation de conflit dans le pays et spécialement sur les actions menées pour garantir les droits collectifs des douze communautés de San Juan Sacatepéquez affectées par le projet de construction d’une cimenterie, par la construction d’un réseau routier régional et par l’installation d’une brigade militaire . Nous demandons également qu’avant de poursuivre l’exécution des projets les conclusions de la consultation communautaire « de bonne foi », organisée en toute liberté et bénéficiant d’une information suffisante soient prises en compte et que l’on soit attentif aux demandes formulées dans chacune des manifestations pacifiques organisées depuis 2007.
Nous demandons qu’une requête soit officiellement adressée à l’Etat du Guatemala selon les procédures prévues, afin que des mesures soient prises permettant au leader indigène et défenseur des droits humains, Daniel Pascual, d’exercer ses droit en toute liberté et en bénéficiant des plus grandes garanties. Il en va de même pour toutes les personnes formant le Comité d’Union Paysanne – CUC, victimes d’accusations irresponsables et non-fondées, de menaces et d’intimidations.
(…..)
Nous demandons qu’il soit définitivement mis un terme à ces pratiques diffamatoires, ainsi qu’à la criminalisation et les persécutions dirigées contre les femmes et les hommes qui défendent les droits humains. Ces pratiques sont un héritage du conflit armé. Conflit armé durant lequel – cela est maintenant démontré — les populations indigènes furent la cible .
(…)
Nous faisons appel à la solidarité des organisations sociales, religieuses, estudiantines, syndicales, paysannes, à la solidarité des défenseurs de l’environnement, à la solidarité des femmes, à celle de la jeunesse mondiale et à celle de tous les peuples afin qu’ils restent attentifs et témoignent contre la terreur pratiquée dans les territoires des peuples premiers.
Nous en appelons aux organismes internationaux défendant les droits humains, aux agences de coopération solidaire, aux ambassades et aux différents corps diplomatiques, afin qu’ils ne se laissent pas tromper par ces machinations.
(…)
Nous demandons aux différents moyens de communication : radiophoniques, télévisés, écrits et numériques (….) de ne pas se laisser manipuler concernant la situation réelle qui prévaut à San Juan Sacatepéquez. Nous les prions instamment, lorsqu’ils parlent de cette situation ou d’autres événements , de le faire en investiguant en profondeur, avec objectivité et professionnalisme .

Guatemala, le 13 octobre 2014

GRAND CONSEIL NATIONAL DES AUTORITES ANCESTRALES MAYAS, XINCAS et GARIFUNAS,
COORDINATION DES COOPERATIVES et des ONG DU GUATEMALA-CONGCOOP-,
COORDINATION et CONVERGENCE MAYA WAKIB KEJ
PROJET DE DEVELOPPEMENT SANTIAGO-PRODESSA-, CONAMAGUA
ASSOCIATION DES SERVICES COMMUNAUTAIRES DE SANTE-ASECSA-,AGUASACH,APROSINKK,ASICOPROS,
APVONO, APRUSXAL,APROYCON, APRUSTLAG,APROSCIX,APSAV ,PAROISSE SANTA CATALINA D
ALEJANDRIA, COLLECTIF DES ORGANISATIONS DU NORD Q’ECHI POCOMCHI,COMMISSION NATIONALE DES VICTIMES DU CONFLIT ARME INTERIEUR « COMMUNAUTE du 29 DECEMBRE,COMMUNAUTE PAYSANNE DE L’ALTIPLANO-CCDA- COMMUNAUTES EN RESISTANCE LA PUYA
FONDATION GUILLERMO TORIELLO-FGT- ALLIANCE POLITIQUE SECTEUR FEMININ
REPRESENTANT DES COMMUNAUTES DE MATAQUESCUINTLA et de SAN RAFAL LAS FLORES,
ASSOCIATION CIVILE OSTUNCALQUENSE, COLLECTIF EDUCATION POUR TOUTES ET TOUS –GUATEMALA- CEPTT GUATEMALA-

Traduction : Jean-Pierre Plumat

0 Responses to “Extraits d’un communiqué concernant la difficile situation au Guatemala”


  • No Comments

Leave a Reply