Encore un épisode de violence au Guatemala

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Notre partenaire guatémaltèque Serjus nous demande de relayer un communiqué qui fait état d’un nouvel épisode de violence dans ce pays oublié des médias… Communiqué du vicariat Apostolique de Petén relative à la brutale intervention de l’Etat du Guatemala dans la Laguna del Tigre le 26 janvier 2009: le Vicariat Apostolique de Petén, lors d’une réunion regroupant les Agents Pastoraux ces 26 et 27 janvier 2009, veut faire connaître à l’opinion publique et au Gouvernement social – démocrate que préside Alvaro Colon combien il proteste énergiquement devant l’intervention de la PNC (Police Nationale Civile) et de l’armée, intervention menée dans plusieurs communautés de la Laguna del Tigre contre des hommes, des femmes et des enfants (garçons et filles). Cette intervention s’est soldée par la mort de deux personnes, plusieurs blessés et l’arrestation de plus de 40 personnes. Au tout début de notre Constitution , il est affirmé que l’Etat du Guatemala est structuré pour protéger la personne et la famille et que sa fin suprême est la réalisation du bien commun (art.1).

Le Gouverneur Départemental a justifié cette action en évoquant la nécessité de délivrer deux gardes forestiers de la CONAP (Conseil national pour les zones protégées) retenus par les paysans depuis plusieurs jours. Nous n’approuvons pas cette détention mais les paysans y ont eu recours pour protester contre la brutale expulsion de la communauté El Vergelito. Ils ont utilisé ce moyen de pression pour provoquer un dialogue avec les autorités, spécialement avec le Gouverneur et avec la Direction de la CONAP.

Nous croyons que dans ce cas l’on a assisté une nouvelle fois à l’incapacité de l’Institution à nouer le dialogue avec les paysans, dialogue que les paysans avaient réclamé à plusieurs reprises. Nous croyons que l’on a agi de façon répressive sans épuiser les moyens pacifiques ou du moins les rechercher, allant jusqu’à rejeter la médiation des autres institutions.

Cependant, le problème ne se situe pas uniquement dans l’incapacité des Institutions. Nous dénonçons également un manque de volonté politique dans la recherche de solutions issues d’un dialogue. En effet, l’année passée, la Pastorale Sociale et la PDH (Procureur pour les droits de la personne) commencèrent à créer les conditions d’un espace permettant la formation d’une Table de Dialogue entre les institutions d’Etat et les communautés installées dans les zones protégées. L’objectif était de clarifier la situation de nombreuses communautés, d’obtenir, ainsi que la loi le prescrit, une politique de relogement; une politique qui favoriserait un développement humain des communautés, en harmonie avec la Nature, qui permettrait de donner une alternative aux communautés obligées de quitter la zone protégée. De fait, la Pastorale Sociale a aidé un groupe installé illégalement à chercher un endroit où vivre en dehors de la Réserve. Mais les institutions de l’Etat de Petén assistèrent uniquement à la première réunion de ce processus de dialogue et refusèrent de le poursuivre davantage. Les paysans ont maintenu leur volonté de dialogue. D’ores et déjà, ils ont mis la dernière main à leur projet et envisagent de le faire parvenir aux instances nationales par le biais de la Commission du Congrès pour le Développement de Petén. Nous voulons également profiter de l’occasion qui nous est donnée pour affirmer notre solidarité avec le Pasteur luthérien Pilar Alvarez. Il fut également arrêté, dans le cadre de la défense de Las Granadillas, Zacapa, après plusieurs tentatives infructueuses visant à nouer le dialogue avec les autorités de la zone.

On ne peut généraliser et considérer comme narcotrafiquants, terroristes ou responsables de séquestrations et d’occupations illégales, la population installée dans les zones protégées. On ne peut, sous ce prétexte et sans aucune discrimination, justifier une agression contre la population. Ce serait revenir aux logiques et aux action d’un passé répressif et de plus nier la ligne politique annoncée publiquement par l’actuel Gouvernement. Ce même gouvernement a reconnu son incapacité à affronter le crime organisé et le narcotrafic : c’est pour cette raison qu’il n’intervient pas dans ces domaines. Par contre, il intervient (et il s’agit là d’un abus de pouvoir évident) contre des familles de paysans, des familles pauvres dans leur immense majorité. Et l’on a revu les hélicoptères, les tanks, les policiers et les soldats braquer leurs armes sur des familles, piller les boutiques, brûler les maisons, allant même jusqu’à assassiner des personnes. Nous ne trouvons aucune justification à ces actions.

C’est pour cette raison que nous demandons au Gouvernement de la République, qui a permis cette action, la destitution des autorités responsables de ces faits et la création rapide d’une Table de Dialogue afin que les communautés installées dans les zones protégées, ainsi que les instances chargées de leur administration, recherchent des solutions et des alternatives permettant le développement durable de la zone.

Santa Elena, Petén, 27 janvier 2009

Communication WAQIB’KEJ, traduit par Jean-Pierre Plumat

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