Elections au Guatemala : rien de neuf sous le soleil

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Plus de 7 millions de Guatémaltèques, soit environ la moitié de la population du pays, se sont rendus aux urnes le 11 septembre pour le premier tour des élections présidentielles. Sans grande surprise, ce sont l’ex-général Pérez Molina (PP ou «Partido Patriota») et l’homme d’affaires Manuel Baldizón («Lider») qui s’affronteront au second tour, le 6 novembre prochain.

La campagne électorale qui a débuté le 2 mai dernier a été marquée par les sommes colossales investies par certains partis engagés dans cette course à la présidence. D’après certaines sources, le PP aurait dépensé à lui seul 358 millions de Quetzales (soit plus de 33 millions d’Euros !) durant cette campagne. Que ces chiffres soient avérés ou pas, plusieurs analystes tombent d’accord pour qualifier ces partis de véritables entreprises électorales et affirmer que ces élections se sont apparentées à un juteux négoce pour les médias, généralement aux mains de l’oligarchie traditionnelle.

A côté des montants colossaux investis, les programmes ont par contre fait piètre figure, du moins par les dérisoires opportunités de changement qu’ils proposaient aux populations défavorisées. La plupart des discours aux accents populistes se sont concentrés sur les thèmes sécuritaires, promettant un gouvernement de « poigne de fer » pour lutter contre la violence endémique qui touche le pays. Il convient de rappeler à cet effet que chaque jour, 15 à 20 personnes sont assassinées au Guatemala, victimes d’actes de délinquance. Ce type de promesses, voire celle de l’application de la peine de mort, semble malheureusement avoir été déterminant dans le choix des électeurs. La menace d’autoritarisme que représente la perspective de l’élection de Pérez Molina n’a pas véritablement effrayé les électeurs. Par contre, les problèmes structurels tels que la situation agraire explosive ou encore les territoires des peuples indigènes menacés par les divers projets des multinationales ont été pratiquement passés sous silence. Au contraire, le développement économique lié à une exploitation inconditionnelle des ressources naturelles du pays a été défendu par de nombreux candidats.

Pour le peuple guatémaltèque, rien de neuf sous le soleil, donc. Probablement. Malheureusement. En effet, il est illusoire d’attendre du prochain changement de gouvernement une quelconque amélioration. Sans doute, au vu des deux candidats ressortis de ce premier tour et de leur programme, faut-il même craindre un durcissement général de la situation et une poursuite déterminée de la politique néolibérale.

Ainsi, le Partido Patriota de l’ex-général Pérez Molina qui regroupe à la fois des militaires, des entrepreneurs et des propriétaires de mass médias a affiché sa volonté de favoriser les investissements étrangers, de s’adapter aux règles de l’OMC et d’éviter toute ingérence de l’Etat dans les politiques économiques de grandes entreprises comme les maquillas ou les entreprises minières, leur garantissant par contre l’exemption d’impôt.

Le parti Lider, quant à lui, a été créé par le businessman et député Manuel Baldizón lorsqu’il a décidé de se séparer du parti UNE emmenant dans son sillage 10 autres députés. En 2 ans, une campagne médiatique rondement menée et grassement financée a permis à ce groupe de s’élargir et de se convertir en parti politique. Certes, les intérêts du cercle Baldizón y sont défendus, en particulier les secteurs du transport, de la construction et du commerce. Rappelons que cette famille a développé sa fortune et son pouvoir économique en quelques générations. Les grands-parents en provenance du Mexique s’étaient dans un premier temps lancé dans le trafic illicite d’objets archéologiques, se tournant ensuite progressivement vers des activités commerciales plus larges et lucratives, le transport et l’achat d’immeubles ou de terrains. Manuel Baldizón entretient des liens étroits avec certaines multinationales comme la compagnie pétrolière française Perenco, ne laissant notamment rien présager de bon pour les populations indigènes qui défendent ardemment la protection de l’environnement et les droits des peuples indigènes face aux intérêts des multinationales qui cherchent à s’accaparer les ressources naturelles du pays.

En dépit d’une alliance entre l’URNG, l’ANN et Winaq et les 150.000 votes qu’elle aura recueillis, la gauche ne sera donc pas parvenue à imposer un candidat face à une droite qui avait entrepris un redoutable travail idéologique, pénétrant habilement toutes les couches de la population guatémaltèque. Une machine bien rôdée et alimentée par les précieux appuis financiers que l’on sait. Face à elle, la gauche, fractionnée et moins nantie, n’aura pas pu faire le poids, allant même jusqu’à perdre certaines municipalités qui lui étaient acquises depuis plusieurs années comme Sololá. Même la célèbre Rigoberta Menchù, d’origine maya, dont la lutte aura été couronnée par le Prix Nobel de la Paix en 1992 n’est pas parvenue à recueillir l’adhésion des populations indigènes qui ne se sentent véritablement représentées par aucun parti ou mouvement politique.

En fin de compte, ces élections auront permis de légitimer le pouvoir de l’argent, de l’oligarchie et des hommes d’affaires « régnant » de longue date sur le Guatemala, même si c’est au détriment de la sécurité alimentaire et des droits de l’homme.

Milena Merlino, Frères des Hommes

Sources :

  • Sergio Ricardo Guzmán Muñoz, CUC
  • Enfoque Electoral, Juntos pero no revueltos, análisis de situación nr. 2, 24 août 2011-10-19
  • Guatemala de cara a las elecciones generales el domingo 11 de setiembre, Sergio Ferrari, Servicio informativo Alai-Amlatina

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