Carnet de Voyage : Sixième extrait à découvrir

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PaysanNEs d’ici et de partout, unissons-nous !

Le paysan et la sage-femme – el campesino y la partera

De la terre rouge du Malawi(1) à la Pachamama(2) de Bolivie…

Extrait d’un troisième  Carnet de Voyage au Long cours, réalisé grâce à Frères des Hommes, du 19 janvier au 10 février 2016.

Natascha Köchli et Serge Peereboom
Partout des paysannes et des paysans nourrissent la terre et les gens avec simplicité et détermination…

Il est temps de leur (re)donner reconnaissance et justice !

 

 

Extraits à découvrir aussi:

http://www.gasap.be/Paysans-en-mouvement

http://lemap.be/?PaysanNEs-d-ici-et-d-ailleurs

 

 

 

 

Sixième extrait à découvrir :

Accrochez-vous !  Nous embarquons dans un taxi partagé pour Caranavi, ville située dans les Yungas, au nord-ouest de la capitale.  Nous allons parcourir quatre heures de route, dont une bonne partie sur ce qui est appelé … camino de la muerte (le chemin de la mort).

Pour commencer, la route s’évade de la capitale en montant, toujours plus haut, nous passons un col, premiers troupeaux de lama en vue, et à nouveau, l’impression d’avoir changé de planète… nous sommes à près de 4700 mètres, les vitres du véhicule se ferment… brrr, il ne fait pas chaud, mais quel paysage !

Puis très vite commence la descente.  Descente durant environ trois heures à une vitesse folle.  Le paysage change à nouveau : de la plaine aride d’altitude, nous passons par un paysage embrumé, où ne poussent que des arbustes couverts de lichens : l’air est saturé d’humidité, nous sommes réellement dans les nuages, ce sont en réalité les vapeurs d’eau qui montent de l’Amazonie et se heurtent aux montagnes.  Nuages… oui mais, ça veut dire aussi qu’on n’y voit rien !  Mais pas grave, notre chauffeur (qui par ailleurs a l’air d’avoir 16 ans) continue sa course folle dans les tournants.  Il suit… la ligne jaune au centre de la route !!! Je vous jure !

Et la descente folle se poursuit : bientôt, nous sortons de ces nuages et là : waaaahhhh, quel paysage : des montagnes à perte de vue, couvertes d’une végétation luxuriante, avec le torrent qui gronde au fond de la vallée. Les camions se succèdent, notre chauffeur n’a pas l’air de supporter l’idée qu’il y en ait un seul qu’il ne dépasse pas !  Les vitres sont à nouveau abaissées : il commence à faire chaud !

Puis soudain, un panneau routier : on vous prie de rouler… à gauche !  Eh oui, ces Boliviens ont du bon sens : le ravin est à notre gauche, logique que le chauffeur ait le ravin de son côté ! Ce tronçon dure un bon moment et finalement, on s’habitue vite au fait d’être à gauche…. Oui, sauf que je suis assise juste derrière le chauffeur, et que, franchement, quand on croise un camion, je ne sais pas trop… mais la route -qui n’est d’ailleurs pas encore terminée et en grande partie en état pitoyable- a l’air de s’effriter sous les roues…  N’y pensons pas, admirons le paysage, enfin tant que les nuages de poussière nous le permettent ! L’asphalte n’est plus qu’un souvenir, cela fait longtemps que la route n’est plus qu’un chantier…

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Des colonnes de camions se succèdent, ils sont majoritairement sur le chemin Brésil-Pérou.  D’ailleurs, le Brésil est un des financeurs de cette route (qui n’avance plus depuis des mois, problèmes de société qui a fait faillite…!) qui lui permet d’acheminer ses denrées vers le Pacifique. La végétation luxuriante sur les montagnes qui nous entourent est régulièrement trouée par de petites parcelles : des champs de coca nous apprend Marcos.

Nous arrivons à Caranavi en fin de journée avec… 30 minutes d’avance sur l’horaire !  Pas étonnant, à l’allure à laquelle nous avons roulé !  Et notre chauffeur repart aussi tôt vers La Paz, une fois son taxi plein.  Deux aller-retour, voilà ce que ces chauffeurs essaient de faire chaque jour, et ce le plus vite possible car rouler de nuit sur cette route est encore plus une vraie folie…

La douche du jour est plus qu’attendue !  En quelques heures, nous sommes passés des hauteurs andines à cette zone pré-amazonienne qui se trouve à environ 1000 m d’altitude !  Et la chaleur y est écrasante et lourde, même les locaux s’en plaignent.  Ici aussi, la saison des pluies tarde…

La nuit tombe, nous retrouvons Edgar, un des représentants de l’AOPEB ici, Edgar que nous avons déjà rencontré à la ferme chez nous lors d’une visite d’un groupe de Gembloux dont il faisait partie ! Décidément, on en connait déjà pas mal, des Boliviens !

Nous passons saluer des connaissances de Marcos dans les bureaux de Lobodis, une entreprise française qui commercialise équitablement le café local.  Mmmh, cet arôme, enfin un bon café !  Étonnant, comme les locaux adorent la merde Nescafé et ne sont pas du tout attirés par ce nectar…

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Cette nuit, la pluie, ou plutôt un torrent tropical, est tombée, cela a à peine permis à l’air de se rafraîchir… je crois que je préfère quand même la fraîcheur des hauteurs…

Nous débutons cette journée par une visite des bureaux de CELCCAR (Central Local de Cooperativas Agropecuarias Caranavi ), la centrale locale de coopératives agricoles.  Don Herminio, président de la centrale, nous raconte….  Celccar regroupe 11 coopératives, essentiellement constituées de producteurs de café, agrumes, miel, bananes et bananes plantain. En plus de cela, les producteurs produisent, mais plus pour une consommation locale : du manioc, du riz, des avocats et des mangues. Les femmes accordent aussi beaucoup d’importance à l’horticulture.

Celccar est entre autres soutenu depuis huit ans par la coopération suédoise.  Ils ont travaillé sur le renforcement organisationnel, les certifications, l’autogestion, le développement de la femme (sous forme d’ateliers : coopérativisme, droits, informatique, auto-valorisation, etc.).  Actuellement, ils sont dans la dernière phase de travail avec ce soutien et concentrent  surtout leur énergie sur le thème de la sécurité alimentaire et la famille.

La coopérative existe depuis 50 ans. Elle est en pleine croissance. Les revenus proviennent surtout de l’exportation du café, du petit café de la ville (qui a été ouvert afin d’ouvrir les habitants au goût du vrai café), de diverses locations de bâtiments commerciaux ainsi que d’une pépinière où peuvent venir s’approvisionner les membres de la coopérative. Le revenu permet de s’affilier à certaines organisations de coopérations.

Ensuite, don Herminio demande à Serge de présenter son travail ici en Belgique et ce qui l’a motivé à venir en Bolivie.

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Nous avons également l’occasion d’aborder les différences entre paysans et agriculteurs, car Serge les intrigue en pointant bien la différence entre le mot paysan, agriculteur et exploitant agricole.   En Bolivie, il y avait avant le terme « indios »=indien,   ce qui était très  péjoratif car l’indien était l’esclave qui venait chercher du travail dans les haciendas.  Puis, tous ceux qui travaillaient la terre se sont vus traiter de la sorte.  Les paysans se sont battus pour que le vrai terme de « campesino » retrouve sa place et non plus indios.

Actuellement, suite à un référendum qui date d’il y a quelques années, il est interdit en Bolivie de posséder plus de 5000 ha à une seule personne.  Cela dans le but d’éviter de trop grosses exploitations, mais il est facile de contourner le système : dans l’est du pays, en région plus tropicale, il n’est pas rare de rencontrer des exploitations gigantesques de 20000 ha, mais oui !  Facile : 5000 à l’homme, 5000 à la femme, et les enfants ont chacun 5000 !  C’est d’ailleurs dans cette zone du pays que les cultures d’OGM sont les  plus répandues.

La problématique de l’exode des jeunes vers les villes, voire l’étranger, les préoccupe beaucoup : On estime environ à 1 million les Boliviens expatriés vers des pays comme l’Espagne et l’Italie.  Ils travaillent en général comme des esclaves tant ils sont sous-payés dans l’agriculture ou comme femmes de ménage, sans oublier le million aux Etats-Unis et un autre en Argentine.

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