Carnet de Voyage: septième extrait à découvrir

1818

PaysanNEs d’ici et de partout, unissons-nous !

Le paysan et la sage-femme – el campesino y la partera

De la terre rouge du Malawi(1) à la Pachamama(2) de Bolivie…

Extrait d’un troisième  Carnet de Voyage au Long cours, réalisé grâce à Frères des Hommes, du 19 janvier au 10 février 2016.

Natascha Köchli et Serge Peereboom
Partout des paysannes et des paysans nourrissent la terre et les gens avec simplicité et détermination…

Il est temps de leur (re)donner reconnaissance et justice !

 

Extraits à découvrir aussi:

http://www.gasap.be/Paysans-en-mouvement

http://lemap.be/?PaysanNEs-d-ici-et-d-ailleurs

 

 

Septième extrait à découvrir :

 

Edgar nous présente alors leur Système Participatif de Garantie.  Cela fait déjà un bon moment que Serge me rabâche les oreilles avec le SPG sans que je n’aie vraiment compris en quoi il consiste.  Eh oui, on peut partager la vie de quelqu’un depuis vingt ans et ne pas toujours comprendre ce qu’il raconte !  Il faut dire aussi que nous ne fonctionnons pas de la même manière !  Et l’explication d’Edgar m’a beaucoup aidée : simple et structurée, voilà ce qui va droit à mon cerveau !

Le système du SPG est une des premières lois qui a été votée par Evo Morales en 2006. Cette loi porte sur la régulation et la promotion de la production.  Sur base de cette loi est né un système de certification qui n’a de valeur que dans le pays même.

A Caranavi, le SPG a débuté en 2007.

Le démarrage a pris beaucoup de temps.  Jusqu’en 2010, ils étaient plutôt en mode observation, ils voulaient s’inspirer des règles internationales mais tout en y introduisant une idée de participation.  Par exemple, ils y ont introduit la notion de la relation entre le producteur et le consommateur ainsi que l’élément confiance.

Vers 2010-2011, le volet relationnel s’est encore plus développé.

En fait la loi de 2006 est assez vague, elle ne fait que stipuler qu’il peut y avoir un système de garantie alternatif.  C’était d’ailleurs appelé le SAG, système alternatif de garantie.

Vers 2012 est arrivée la notion de la norme technique, ainsi que la notion de la participation, ce qui a créé le SPG.

Ce système se base sur des principes fondateurs qui sont partagés par tous :

– Le producteur consomme d’abord, se nourrit correctement et commercialise le reste.  Pas question de produire pour autrui et se nourrir avec autre chose pour le producteur  de l’endroit. Toute la famille participe, la femme, l’homme et les enfants.  Lors de l’évaluation, plusieurs aspects sont « contrôlés » : la manière de vivre de la famille, son « écologie » au quotidien, son impact sur la communauté, les produits ménagers employés, etc.

– Il y a une transparence entre les consommateurs, les producteurs et les autorités. A cela s’ajoute la notion de confiance, d’horizontalité.  Et le tout se base sur un apprentissage en continu.

Dans la norme, cinq dimensions sont prises en compte :

1) La production, technologie : Par exemple, récupération des semences et respect des connaissances ancestrales.

2) Environnement : Pollution, air, eau (en amont et en aval, par exemple : lorsque les graines de café sont récoltées, elles vont passer par différentes étapes avant de pouvoir être torréfiées et commercialisées.  Une des étapes consiste entre autres par faire tremper les graines ce qui laisse une eau extrêmement acide.  Pas question de laisser cette eau se déverser sans en subir de graves conséquences au niveau écologique)

3) Socio-culturel : le paysan vit dans ses coutumes, dans une communauté, il suit des formations et s’engage aussi à transmettre son savoir.

4) Économique : Commercialisation la plus participative possible, pas de « concurrence », et le plus possible ensemble.

5) Politique : intégrer les autorités municipales, du département etc.

La norme légale inclut les cinq dimensions et les évaluations doivent se faire autour de ces cinq dimensions. L’idée est que le producteur soit réellement évalué dans un ensemble, et non seulement sur sa production comme la plupart des méthodes de certification.

Afin que la certification puisse avoir lieu, différents acteurs vont intervenir :

1 – L’évaluateur :  C’est une personne de la communauté, élue par celle-ci.  Elle est chargée d’aller chercher des informations au sujet des cinq dimensions et des principes établis chez le producteur (cela se fait sur base de fiches préétablies).  Tout ce qui est produit sur place et tout ce qui tourne autour de cette production est pris en  considération.  Idéalement, l’évaluateur devrait toujours aller contrôler une communauté qui n’est pas la sienne, faire une évaluation croisée.

L’évaluateur récolte ces fiches et les fait parvenir au comité de garantie.

2 – Comité de garantie : celui-ci se situe au niveau de la municipalité.  Il est composé de minimum trois personnes (toujours un chiffre impair).  Parmi ces membres, il faut y retrouver un scientifique, un producteur, un consommateur, un membre de la municipalité. Toute personne privée ou morale (par exemple une ONG) peut se retrouver dans ce comité.

Ce comité va évaluer les fiches reçues et va en faire une contre-évaluation (par exemple analyser les sols).  En fonction des résultats, le comité attribue soit le label biologique soit le label « en transition ».  Toutes les candidatures ne sont pas réévaluées par le comité, environ 20 % des demandes sont contrôlées, elles sont choisies au hasard. Ces réévaluations sont annuelles.  Il faut savoir qu’au niveau de la certification à l’échelle internationale seulement 10% des candidatures sont réévaluées.

Le comité va effectuer ses réévaluations aussi bien sur papier (les fiches) que sur le terrain. Et la visite sur le terrain peut les amener à modifier ce qui a été inscrit sur les fiches.

(Serge intervient à ce point pour ajouter que pour lui, il serait intéressant, en cas de soucis lors de la réévaluation, que les solutions soient trouvées avec le producteur et que cette réévaluation ne soit pas seulement punitive mais positive et constructive.)

3 – Le représentant du SPG (souvent l’AOPEB) amène la demande de la certification au SENASAG (~AFSCA bolivien… Servicio Nacional de Sanidad Agropecuaria e Inocuidad Alimentaria/Service national de la santé agricole et de la sécurité alimentaire).

4 – Celui-ci réévalue tout le système. 30 % des demandes sont réévalués.  Actuellement, cette étape est financée par le ministère.  En fait, personne ne veut être responsable de la certification finale, le bourgmestre ne veut pas se charger de ça et le ministère remet tout ça sur le compte du SENASAG. Celui-ci, qui fait partie du ministère de l’agriculture, effectue un contrôle sanitaire. C’est lui qui émet la certification finale. Le CNAPE, qui fait aussi partie du ministère de l’agriculture, est là quant à lui pour promouvoir l’agriculture biologique.  Mais en réalité, lorsque le SENASAG reçoit des commentaires ou des suggestions, il renvoie le tout au CNAPE qui complique la norme !

1692

Toutes les explications d’Edgar qui jusque-là m’ont emballée me laissent perplexe : Pourquoi avoir introduit toute cette technocratie alors que  tout le début de la démarche est tellement local et comporte tellement de points positifs : Responsabilisation des consommateurs, des producteurs et des autorités locales ?

Le seul avantage de ce système est que cela revient moins cher au producteur : une certification par le SENASAG revient à 120$ alors que la certification internationale revient à 4000$!!!

Le gouvernement bolivien actuel ne vise que la souveraineté alimentaire, et ce, à n’importe quel prix!  Il n’a cure de l’écologie.  En 2015, Evo Morales a demandé à l’AOPEB s’ils pouvaient garantir la souveraineté alimentaire du pays.  Il est évident qu’aux conditions actuelles, il est impossible que les petits producteurs puissent la garantir alors que l’agro-industrie a répondu présent!

Actuellement, une nouvelle loi qui prend en compte la protection du consommateur vient de sortir et l’AOPEB essaie de voir si’il n’y aurait pas moyen de passer par elle pour récupérer la dernière étape.

Un des participants à la réunion nous fait savoir que, ironie du sort, c’est bien souvent l’AOPEB qui déjà maintenant, imprime et signe les certificats.

Qu’en est-il de l’opinion internationale concernant  cette manière de certification ?

A ce jour, en 2016, l’AOPEB (Association des organisations de producteurs écologiques de Bolivie) est le représentant de l’IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movement).  L’IFOAM quant à elle estime qu’il est nécessaire d’impliquer le politique au niveau de la certification mais pas de cette manière.

Comme je vois, il n’y a pas que mon pauvre homme qui se casse la tête pour trouver une solution à une certification plus juste et transparente !

 

Après cette matinée éminemment instructive et cérébrale, nous nous rendons dans une gargote pour y déguster des plats… locaux !  Nous avons le choix entre un poisson-chat qui mesure environ deux mètres de long (un morceau…), un genre de cochon sauvage ou du…boa !  Vu mon amour pour les reptiles, je choisis le poisson mais goûte néanmoins un morceau de boa que Serge attaque : délicieux ! Entre la chair du poulet et du poisson, tendre à souhait, décidément ça vaut la peine de lui échapper pour le manger celui-là !

Nous consacrons l’après-midi à visiter la pépinière, une plantation d’agrumes et un centre de transformation de ceux-ci en jus (malheureusement les propriétaires n’étaient pas là, mais les minuscules insectes qui m’ont dévoré les jambes, oui!).

1682

Le mercredi nous amène encore plus loin dans les collines : nous nous rendons dans une plantation de café où a lieu une formation organisée par  l’AOPEB à l’intention de jeunes adultes, fils et filles de paysans. Ceci dans un but de les ré-intéresser à la paysannerie et de leur apprendre diverses techniques d’agriculture plus respectueuses de l’environnement telles que la bouillie bordelaise, quand et comment l’utiliser etc. Nous traversons des zones absolument époustouflantes, à la végétation luxuriante et où de gigantesques papillons de diverses couleurs volettent de fleurs en fleurs… La matinée se déroule sur un coteau en pente raide où nous rejoignons le groupe déjà au travail.  L’après-midi se déroule à la ferme, à l’ombre (il fait environ 32 degrés et tout le monde a envie de piquer du nez…) où les jeunes assistent à un cours théorique suivi d’une conférence de Serge en espagnol (mais non !, je rigole, Marco traduit bien évidemment!) fortement appréciée et commentée par la suite. La nuit est déjà tombée lorsque nous reprenons la route pour Caranavi.

Ce jeudi est notre jour de retour vers la capitale. Serge s’entretient durant la matinée avec Edgar et avant de reprendre la route, nous dégustons un dernier frappucino….  mmmh, un café-glace-glacé, trop bon !1777

Les systèmes participatifs de garantie pour et avec les paysanNEs

Le SPG ou Système Participatif de Garantie n’est pas un nouveau label. C’est un merveilleux outil pour garantir ensemble, producteurs et consommateurs, la qualité de notre alimentation !

La nourriture est vue dans notre société occidentale comme une marchandise, et entre ainsi dans une logique de marché. Nous, paysanNEs, fonctionnons dans un rapport autre à la nourriture : elle est pour nous le lien indissociable qui nous unit à la nature, à nos pratiques quotidiennes et à celles et ceux que nous nourrissons. Les labels, s’ils recherchent la transparence pour le consommateur, restent dans cette logique liée à l’argent et amènent la création de niches commerciales. Or, si nous voulons que la nourriture soit accessible à tous, il ne faut pas que quelques-uns puissent faire du profit avec. Nous, paysanNEs, décidons donc de sortir du créneau de vente classique ! Notamment, en créant des Systèmes Participatifs de Garantie, et, au sein du MAP, en proposant un Service d’Accompagnement à la mise en place de ces SPG, sur des fermes, des marchés, des structures collectives,… Un formidable levier vers la transition agroécologique !

 

http://lemap.be/Service-SPG-du-MAP

http://lemap.be/-S-P-G-

http://lemap.be/S-P-G-la-possibilite-de-se-rassembler-pour-changer-les-choses

 

 

0 Responses to “Carnet de Voyage: septième extrait à découvrir”


  • No Comments

Leave a Reply