Carnet de voyage: quatrième partie

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PaysanNEs d’ici et de partout, unissons-nous !

Le paysan et la sage-femme – el campesino y la partera

De la terre rouge du Malawi(1) à la Pachamama(2) de Bolivie…

Extrait d’un troisième  Carnet de Voyage au Long cours, réalisé grâce à Frères des Hommes, du 19 janvier au 10 février 2016.

Natascha Köchli et Serge Peereboom
Partout des paysannes et des paysans nourrissent la terre et les gens avec simplicité et détermination…

Il est temps de leur (re)donner reconnaissance et justice !

 

Extraits à découvrir aussi:

http://www.gasap.be/Paysans-en-mouvement

http://lemap.be/?PaysanNEs-d-ici-et-d-ailleurs

 

 

Quatrième  extrait à découvrir :

En route pour le retour vers La Paz : arrêt chez Lucas qui cultive les terres familiales. Depuis 2010, suite à une formation organisée par l’AOPEB, Lucas s’est installé en agriculture bio.  Depuis il est également devenu promoteur de l’agriculture bio de la région.  Une quarantaine de familles se sont associées et une bonne partie d’entre elles se sont mises sous certificat SPG.  Quelques-unes d’entre elles se sont démotivées car les résultats sont lents à venir et elles se sont découragées.  Lucas nous dit que pour lui, les retombées positives suite à son changement de direction commencent seulement à arriver, même si, de nouveau, il reconnaît que le bio n’a pas encore réellement de reconnaissance auprès du grand public.  Sa production de légumes est vendue à la ferme et sur le marché de Batallas, mais uniquement en circuit court.  Pour lui, la transmission est une valeur fondamentale, notamment au sujet des techniques et manières de travailler.

 

Il nous explique également les deux techniques employées en Bolivie pour conserver les pommes de terre sous forme déshydratées.  Etonnant comme chaque coin sur terre a développé des méthodes ingénieuses avec les moyens du bord !  Une des techniques consiste à laisser la dernière récolte à l’extérieur.  La température chute durant la nuit, les pommes de terre gèlent, puis s’ensuit le dégel au soleil durant le jour.  Et cela plusieurs jours durant, l’eau des pommes de terre s’évacuant au fur et à mesure, aidées en cela par le fait que les gens viennent les piétiner afin d’accélérer ce processus de dégorgement.  Le résultat est un petit tubercule noir, qui ne contient plus que l’amidon de la pomme-de-terre,  dur comme de la pierre, qui se conservera longtemps, au-delà de l’année !

 

Très humble, il reconnait que cela n’est pas facile depuis la reconversion, mais il répète son contentement et sa conviction d’avoir fait le bon choix.

La saison des pluies devrait déjà être en route depuis le mois de décembre, elle se fait attendre.  Partout, les paysans en parlent, certains imputent ce retard au réchauffement climatique, d’autres au phénomène du Nino, d’autres encore à un mélange des deux… Toujours est-il qu’il fait sec, alors que sur les terres amazoniennes, à l’est du pays, il pleut à seaux et il y a des inondations….

1426 Dernier endroit à visiter lors de cette longue journée : chez Mario Quispe.  Petit producteur indépendant, il cultive une parcelle magnifique durant toute l’année.  Lui aussi a été formé par l’école des promoteurs de l’AOPEB, et c’est très fier qu’il nous sort ses diplômes et certificats de formations.  Mario a entamé une conversion depuis 2011 et a obtenu son certificat d’agriculture biologique en 2014.  Il est maintenant représentant du SPG dans sa région et est en reconversion bio pour sa production laitière.

 

 

Sa parcelle luxuriante regorge de légumes.  Il travaille en circuit court :

les consommateurs, environ cinq par semaine, viennent s’approvisionner directement dans le jardin.

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Nous sommes fin de journée, le vent souffle, n’oubliez pas que nous nous situons sur un plateau et aucun arbre ou quoi que ce soit n’est là pour un peu freiner son haleine glaciale. Cette oasis de verdure légumière nous parait d’autant plus belle dans de telles conditions. Mario irrigue peu, et essentiellement au goutte à goutte.  Son sol est fertilisé avec de l’humus et la tourbe des alentours est incorporée au sol afin d’aider celui-ci à maintenir une certaine humidité.  Durant l’hiver, la parcelle est occupée par des oignons.

Retour à La Pàz : ville sous une lumière incroyable, l’Illimani ensoleillé au loin et la pleine lune qui se lève…  Moi qui n’aime guère les villes, je dois bien avouer que le spectacle m’a impressionnée !  En nous approchant du haut de la ville, de cette partie appelée El Alto, nous sommes intrigués par un genre d’épouvantails pendus aux réverbères ou à de simples poteaux.  D’ailleurs, le premier entr’aperçu ressemblait tellement à un homme que j’ai vraiment cru que c’en était un !  Cécile et Giovani nous expliquent que les habitants des divers quartiers ne plaisantent pas avec les vols et ces simulacres de pendaisons sont là pour dissuader d’éventuels voleurs et leur dire ce qui les attend si l’envie les prenait de venir visiter le quartier…

Les routes sont bordées, comme partout dans les pays en voie de développement, de vendeurs ambulants, va-et-vient incessants et scènes insolites… sans oublier les couleurs typiquement andines, le tout baignant dans un halo de poussière jaune.  Difficile de circuler  sans remarquer les slogans électoraux peints sur toutes les surfaces disponibles !  Murs, rochers, macadam, tout et n’importe quoi sert de support pour vanter le « si » ou le « no » à la possibilité que Evo Morales, président en place depuis  2006, puisse se représenter pour un quatrième mandat.  Le référendum approche et tout le pays affiche ses positions.  Jusque dans le plus petit pueblo et même en plein milieu de l’altiplano, sur un rocher bordant un chemin où ne doit passer qu’une dizaine de personnes par jour, vous pouvez voir « Con Evo SI » et juste à côté « Con Evo NO » !

Dernier soir en Bolivie pour Cécile qui repart le lendemain pour la Belgique.  Nous nous réjouissons de retrouver Nancy (une des coordinatrices de l’AOPEB que nous avions rencontrée chez nous à la ferme l’année dernière) qui nous promet de nous emmener dans un chouette endroit pour souper.  Quelle déception !  Au lieu du petit resto sympa et bien local auquel nous nous attendions, nous sommes entraînés dans un sous-sol de galerie commerciale, où le consommateur se trouve encerclé d’échoppes de fast-food…  D’ailleurs ça n’a pas pardonné… Serge passera à nouveau 24h à être au lit, à rendre tripes et boyaux…

 

 

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