Carnet de Voyage: Le paysan et la sage-femme (2ème partie)

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De la terre rouge du Malawi à la Pachamama de Bolivie…

Extrait d’un troisième Carnet de Voyage au Long cours, réalisé grâce à Frères des Hommes, du 19 janvier au 10 février 2016.

Natascha Köchli et Serge Peereboom

1ère partie

Nous voici repartis pour l’aéroport ! Cochabamba, ville au sud-est de La Pàz, est à presque 400 km de distance. C’était soit le bus de nuit (merci de nous avoir épargné ça directement à notre arrivée !) soit l’avion. Quel changement ! A 2500 mètres d’altitude, le paysage n’est pas du tout le même. Rien à voir avec le petit bout de paysage que nous avons entre-aperçu autour de La Pàz. La ville se situe dans une vallée fertile, elle profite d’un climat tempéré, ce qui fait que les conditions de culture y sont idéales. D’ailleurs, la ville a été longtemps considérée comme le grenier du pays.

Nous y visitons dès cette après-midi le siège du CIOEC (Coordinadora de Integración de Organizaciones Económicas Campesinas) qui fait également office de petit magasin. C’est Wilma, une jeune femme dynamique, qui nous reçoit et répond à nos questions. Ce centre de coordination a pour but principal de valoriser et faire reconnaitre le travail des petits paysans et tout particulièrement celui des paysannes. Les différentes productrices se regroupent en associations et ce sont celles-ci qui s’affilient au CIOEC. Le montant d’affiliation pour chaque association s’élève à 100 US$. Les diverses associations, qui se chiffrent à 13 actuellement et qui regroupent chacune des centaines de familles, se concentrent sur la production laitière (yaourts, fromages,…), les graines et céréales(quinoa, amarante, cacahuètes, maïs,…), la laine et la viande séchée (lama)ainsi que les légumes (sous forme de paniers), les pommes de terre déshydratées, les simples et les produits de la ruche(miel, propolis, crèmes de soin,…).

Les producteurs s’arrangent pour acheminer les marchandises aux divers lieux de rendez-vous. Celles-ci sont récupérées par le CIOEC qui se charge de les amener dans les différents endroits de vente et de coordonner le commerce en plus de la recherche des marchés. Toutes les marchandises sont payées dès que le producteur les a livrées, ce qui lui permet de ne pas avoir de « trou » dans sa caisse. Car les marchés sont divers : du simple particulier qui prend son panier légumes aux différentes municipalités qui comptent sur ces créneaux afin d’alimenter par exemple les petits déjeuners scolaires. L’idée des paniers légumes leur est venue suite à un voyage en Belgique organisé par Frères des Hommes.
Wilma aborde une grande problématique rencontrée dans leur quotidien : le prix de vente. En effet, depuis que le gouvernement fait des campagnes de don (par exemple, les femmes enceintes ont droit à des « colis » alimentaires), il va régulièrement s’approvisionner en Argentine ou au Pérou où les denrées sont moins chères, ce qui naturellement fragilise encore plus l’économie des petits producteurs.

Autre problématique : les produits, bien qu’ils soient labellisés biologiques, ne sont pas reconnus comme tels par la population qui n’a pas encore conscience de ce qu’est la différence entre un produit standard et celui qui est labellisé. Difficile donc, pour l’association et les producteurs, de justifier le juste prix et d’être ainsi rémunérés correctement.

Les paysans que nous rencontrons lors de notre voyage nous ont tous beaucoup impressionnés sur ce point : malgré la difficulté de cultiver de manière respectueuse de la nature et de la terre, malgré le peu de reconnaissance de leurs efforts et de l’énergie consacrée, ils restent convaincus que le respect des valeurs ancestrales, le respect de la Pachamama, la mère-terre, est au dessus de tout…
Nous quittons le siège du CIOEC après avoir fait quelques emplettes : magnifique baume à la propolis (qui soignera bien nos pauvres pieds dans notre deuxième partie de voyage), délicieux café, pâte de cacahuètes (apprécié surtout par Laïyna!) et bonbons au miel et à la propolis…

Il nous reste quelques heures de clarté, et à Cochabamba, il y a aussi un Christ Rédempteur. Il est même plus grand et plus haut que celui de Rio de Janeiro au Brésil, le plus connu dans le monde. Je ne vous dis pas l’état de nos poumons après les 1399 marches, ni celui de nos mollets après ces mêmes marches redescendues ! Magnifique vue sur la ville et ses alentours de ce promontoire et belle vue de la statue avec une pleine lune en ascension…
Le centre-ville de Cochabamba vaut le détour, monuments et bâtiments gardent des traces de la période coloniale, les places sont agréables et on sent dans les rues une animation différente de celle de La Pàz due au climat plus chaud et du fait que la population est plus aisée.

913-lightLe lendemain, c’est en périphérie de la ville que nous nous rendons afin de visiter APRHOBUM (Asociación de productores de horticultura “Bruno Mogo”), soutenu par l’AOPEB. Premier contact avec la « campagne » bolivienne, ça fait du bien ! Le climat y est réellement idéal, et les parcelles luxuriantes font baver Serge d’envie ! « Tu te rends compte, n’arrête-t-il pas de me dire, un 22 janvier !!! » J’ai dû le tirer pour quitter les lieux et repartir vers l’aéroport !
APRHOBUM regroupe 65 familles de producteurs des environs. En Bolivie, lorsque l’on parle de producteurs, on n’a pas une réponse qui tourne autour d’individus. Ce sont toujours des entités familiales qui participent à la production.
Les directeurs de l’association sont aussi des producteurs, tous sont bénévoles.

Les paysans cultivent de manière encore assez archaïque, l’association essaie d’éduquer les producteurs à la diversification et à l’enrichissement du sol. Une des difficultés rencontrées par l’association est d’amener les producteurs à s’exprimer, ce sont souvent des personnes très timides qui n’ont pas l’habitude qu’on leur demande leur avis !

Au début de l’association en 1998, les paysans de ce quartier ont surtout cultivé des épinards. Puis, petit à petit, ils ont découvert l’intérêt de la diversification, qui permet d’avoir une production plus fournie durant toute l’année. Des rotations de culture ont également vu le jour. Par exemple, les radis, la coriandre et les épinards ou tétragone sont semés en même temps, les premiers sont bons à récolter quand la coriandre commence à pointer. On y trouve un intérêt au niveau de la place (cette banlieue de Cochabamba voit la ville avancer de plus en plus) et au niveau de la couverture du sol. Pour l’épinard, il faut attendre deux mois pour pouvoir faire la première coupe, puis, si la parcelle donne bien, une coupe toutes les deux à trois semaines est possible, et cela durant huit mois à un an. L’épinard reste une denrée intéressante car peu de producteurs en Bolivie le cultivent et la culture peut s’étaler sur toute l’année.

Actuellement, l’association préfère la vente directe sur les marchés car les grossistes et les intermédiaires prennent la marchandise à des prix dérisoires : 12kg d’épinards partent pour 60 B$, c’est-à-dire 8 euros !!! Une autre problématique rencontrée est le fait que les jeunes sont de plus en plus attirés par les villes et leurs artifices. Difficile de trouver le métier alléchant à ce prix-là !

L’association aimerait commencer à sécher les épinards afin de réduire les pertes. Idéalement, il leur faudrait un four à gaz ou électrique car le four solaire ne convient pas, les variations de température sont trop importantes. Ils aimeraient également développer le volet transformations (faire des cakes à l’épinard par exemple, à vendre pour des petits déjeuners scolaires, cakes par ailleurs délicieux que nous avons goûtés lors de notre visite). L’idée de fournir des paniers les tente mais demande du temps et de l’énergie pour démarrer le projet. Pour le moment, les invendus sont « perdus », ils servent à nourrir les animaux ou sont compostés pour nourrir le sol.

L’achat des semences se fait par l’association. Elles viennent du Chili, de l’Argentine, et une partie produite par l’association elle-même. Celle-ci essaie de mettre un SPG (que je développerai plus loin) en place, démarche qui s’avère difficile car la municipalité ne se montre pas très intéressée.

L’association achète toute la production et se charge de la revente. Une fois les chauffeurs, les vendeuses, les trieuses payées, ce qui reste va à l’association. Elle est propriétaire du système d’irrigation et fait payer une contribution à chaque fois que certains veulent l’utiliser ce qui permet d’avoir un fond pour entretenir et renouveler le matériel si nécessaire. Au départ, les affiliés payaient une cotisation. L’association a par ailleurs bénéficié d’une aide de Frères des Hommes pour l’infrastructure (ordinateur, camionnette).

APRHOBUM organise également une garderie d’enfants, ce qui permet aux femmes une plus grande liberté et autonomie.
Comme toutes les associations visitées, elle ne bénéficie pas vraiment d’une reconnaissance particulière liée à son mode de culture écologique.
La visite des jardins est particulièrement agréable, nous découvrons des herbes inconnues, des plantes médicinales et on sent une réelle passion et fierté chez nos hôtes. Fierté de connaître leurs plantes, fierté de tirer sous nos yeux des radis énormes hors de terre et de nous les offrir avec un sourire ravi…

Nous retournons à La Pàz, survol de l’Illimani, un des sommets du pays, il pointe à 6 462 mètres d’altitude. Les nuages ont joué le jeu et nous ont offert une vue superbe des sommets dégagés.

A suivre……

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