Carnet de Voyage: 3ème partie

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PaysanNEs d’ici et de partout, unissons-nous !

Le paysan et la sage-femme – el campesino y la partera

De la terre rouge du Malawi à la Pachamama de Bolivie…

Extrait d’un troisième  Carnet de Voyage au Long cours, réalisé grâce à Frères des Hommes, du 19 janvier au 10 février 2016.

Natascha Köchli et Serge Peereboom
Partout des paysannes et des paysans nourrissent la terre et les gens avec simplicité et détermination…

Il est temps de leur (re)donner reconnaissance et justice !

 

 

Troisième extrait à découvrir :

Pour notre premier samedi, c’est sur l’altiplano (ce qui veut dire plaine d’altitude) que nous allons passer la journée !  Nous partons avec Giovani, un des ingénieurs de l’AOPEB et bien sûr Cécile.  Le soleil rayonne, le fond de l’air est frais, n’oubliez pas que nous sommes de nouveau à plus de 4000 mètres !  Des kilomètres à perte de vue de prairies et de collines environnantes et toujours, en arrière-plan, la Cordillera Real qui culmine… Et bien que nous nous tartinions de crème solaire, j’ai quand même réussi à me faire brûler l’oreille !

Nous débutons la journée par chiquer de la coca !  Une petite poignée de feuilles, une pincée d’une boule verdâtre (pâte de bananes broyées, mélangées à de la menthe) qui optimise l’absorption des substances et anesthésie un peu la zone où vous mâchez, et je vous assure, pas l’ombre d’un mal de tête ni de nausées sur tout le long de la journée ! Pas non plus, je vous rassure, d’effet extraordinaire.  Les feuilles de coca sont beaucoup plus intéressantes qu’il n’y parait, je vous invite à faire quelques recherches sur ses propriétés.  Je parle ici bien sûr des feuilles et non de la substance extraite après transformation dans un laboratoire.  Il y a des nuances certaines et les raccourcis que tentent de faire nos amis les americanos afin de justifier leurs intrusions musclées dans les gestions sud-américaines sont un peu trop faciles à mon goût !

Le premier lieu visité est une étable récemment construite.  Cette étable peut abriter six vaches. Elle appartient à une association qui regroupe une vingtaine de familles, propriétaires d’une centaine de vaches. D’autres étables sont en voie de construction.  Le financement dépend à 70 % de diverses ONG et de 30% des éleveurs eux-mêmes. L’association est jeune, elle n’a qu’un an.  Une douzaine d’organisations du même type existent dans les environs et en tout, 37 étables ont déjà vu le jour.  Les éleveurs espèrent développer également le volet médication naturelle des bovins.  Actuellement, la production laitière est presque totalement transformée en crillo, genre de féta de vache.  Ces petites roues de fromage sont vendues dans les marchés de Batallas et La Paz.  Dans le futur, cette association espère pouvoir trouver un débouché pour le lait, afin de se consacrer uniquement à la production laitière et ne pas avoir à investir dans la transformation à plus grande échelle.  La mise en commun des divers producteurs se concentre sur les étables, une partie du matériel et le soin des animaux.  Cela comporte entre autres, afin de répondre aux normes écologiques (en vue d’obtenir la mention biologique), la construction de clôtures.  Traditionnellement, les vaches étaient surveillées par un berger ou reliées par un anneau dans les narines à un piquet, pratique à bannir s’ils veulent obtenir la mention. La race la plus souvent rencontrée lors de notre voyage est la vache créole, petite et rustique.  Le matériel partagé est la machine qui leur sert à couper le sillage (tiges de fèves des marais), ainsi que la machine à empaqueter les fromages. Les tiges de fèves des marais séchées leur servent également de litière.1025

Lorsque nous sortons de l’étable, des petites mamitas arrivent à notre rencontre.  Elles étalent une couverture multicolore sur l’herbe rase de la plaine, y déversent le contenu de leurs baluchons attachés sur leur dos : pommes de terres fumantes, pâtes, bananes plantains et fèves des marais forment un gros tas fumant.  Une assiette surplombe le tout contenant une sauce à base de paprika, chili, oignons et œufs.  Nous recevons un morceau de truite frite et sommes invités à partager le repas.  Le plus ancien le débute par une prière dans laquelle  Dieu est remercié d’avoir envoyé des amis et prié de nous accompagner lors de notre voyage et de nous ramener sains et saufs chez nous. C’était un moment magique, assis parmi ces producteurs, sous le soleil et dans le vent, partager un repas fait par ces mamitas, les enfants venant se joindre à nous… on était comme à la maison !

Nous reprenons la route, l’étape suivante étant une rencontre avec le señor Juan Domingo Ruedo, directeur de l’université qui forme entre autres des ingénieurs agro-alimentaires et des vétérinaires. Le but de l’université implantée à Batallas est essentiellement de fournir une formation aux enfants des agriculteurs de cette zone.  Les valeurs de cette université catholique sont résumées en quatre points : la création, les valeurs humaines, la coopération et le respect de la société.  L’enseignement est surtout basé sur l’écologie, les compétences dans le respect de la nature.  Ils mettent également un accent important sur les valeurs et méthodes de culture ancestrales.  L’échange est interuniversitaire, entre universités nationales mais également internationales.  Les études s’étalent sur quatre années et demie, elles sont basées sur la théorie mais le volet pratique y trouve aussi une grande importance.  Les étudiants ont deux jours par semaine de travail de terrain, l’université ayant ses propres terrains où les étudiants passent, de manière rotative, un mois en maraîchage, un mois en ferme laitière, un mois en élevage, etc.  Les produits sont commercialisés et très réputés, jusque dans la capitale.

Giovani nous emmène ensuite plus loin vers le lac Titicaca et nous profitons d’une pause pour prendre un verre dans une véranda surplombant le lac.  Nous y voilà, ce lac au nom qui fait rire tous les enfants du monde, Titicaca !

 

 

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