Bolivie: les petits déjeuners scolaires

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Bien se nourrir et à prix abordable, tel est ce qui devrait être accessible à tout être humain sur cette planète. Et pourtant, c’est loin d’être le cas. En Bolivie, l’un des pays les plus pauvres de l’Amérique latine, le défi est d’autant plus important. Mais ces dernières années, diverses mesures ont vu le jour pour soutenir les populations les plus défavorisées. Certaines d’entre elles ont eu un impact direct sur l’alimentation, comme la loi sur les déjeuners scolaires.

Depuis 2007, la question d’un cadre législatif pour les petits déjeuners scolaires était débattue en Bolivie. C’est le 26 juin 2011 que le gouvernement a approuvé la loi 144 relative à la « Révolution productive communautaire agricole » dont devaient émerger des programmes alimentaires. Pour ce qui relevait du milieu scolaire, le développement de ces initiatives a été confié en 2012 au « Front Parlementaire pour la Souveraineté alimentaire et le Vivir Bien (1) » de Bolivie. Membres de la plateforme régionale visant à éradiquer la faim et la malnutrition sur le continent latino-américain, les sénateurs et députés boliviens composant ce groupe ont fait de ce cheval de bataille une réelle politique d’Etat. En 2013, selon le Ministère de l’Education bolivien, plus de 74% des écoliers ont bénéficié d’un déjeuner scolaire, au travers de 318 municipalités du pays. Autre caractéristique de cette loi, elle vise à soutenir l’économie sociale dans la mesure où elle favorise les aliments issus de la production et des communautés locales, adaptés, selon ses termes, aux caractéristiques culturelles de la population. Une façon de renvoyer la malbouffe dans les placards et de lui préférer les aliments qui étaient consommés traditionnellement par les populations locales avant d’avoir été délaissés au fil du temps.

La loi 144 ainsi adoptée impose que les écoles puissent servir quotidiennement et gratuitement un petit déjeuner nutritif à chaque élève. Outre le fait que cette disposition permet d’améliorer la santé des enfants, leur bon développement et leurs capacités de concentration durant les cours, elle constitue un apport significatif en matière d’allègement du budget familial. De plus, favorisant l’utilisation de produits traditionnels dans la composition des repas scolaires, elle encourage l’agriculture familiale et soutient les associations et coopératives paysannes locales. Tout bénéfice pour l’économie locale, également !

Plusieurs des associations membres de CIOEC (2), instance représentative des organisations de petits producteurs boliviens et partenaire de Frères des Hommes, tirent par conséquent profit de cette loi, elles aussi. C’est le cas d’Amaga, par exemple, qui est implantée dans la région de Challapata dans le département d’Oruro. Regroupant des familles de petits paysans et éleveurs, Amaga concentre ses activités sur la transformation de produits laitiers tels que le fromage et le yaourt. Grâce à son dynamisme, elle a acquis les équipements nécessaires pour effectuer ce travail. Par ailleurs, elle a bénéficié de l’encadrement technique de CIOEC afin d’améliorer la qualité des produits servis aux enfants et de veiller à des procédés de conservation appropriés. Armée de ces nouvelles compétences, elle participe aujourd’hui au programme bolivien de déjeuners scolaires et fournit ainsi les écoles de la municipalité de Challapata.

Autre exemple… Sur les hauteurs de La Paz, à Ciudad El Alto précisément, se trouve la petite entreprise Bana Beni, chargée de la distribution des déjeuners scolaires dans les villes de Santa Cruz, Oruro, Cochabamba et El Alto. Pour ce faire, elle travaille main dans la main avec UNAPO chargée de la vente des fruits. Cette dernière transforme et commercialise la farine de bananes issues de l’agriculture biologique, produit qui est ensuite mélangé à de la farine de blé avant d’être fourni aux écoles. Par ailleurs, il est prévu contractuellement que les déchets soient recyclés pour du compost. Certes, cette production n’est pas destinée aux seules écoles. Ainsi, en dehors de la période scolaire, les ventes se poursuivent, mais cette fois les bananes sont exportées vers le Pérou et le Chili.

En adoptant une mesure sociale soulageant le budget de familles plus défavorisées, le gouvernement Morales a donc permis de contribuer à une meilleure alimentation des enfants, favorisant aussi une scolarité plus assidue. Mais ce n’est pas tout ! L’économie a bénéficié de cet impact positif par le biais d’une dynamisation des activités de coopératives et petites entreprises. Enfin, la redécouverte d’aliments sains et nutritifs qui avaient été parfois injustement oubliés au profit d’une nourriture industrielle s’inscrit dans la volonté de la Bolivie d’aujourd’hui de renouer avec ses racines traditionnelles.

Milena Merlino
(1) Le Vivir Bien est un projet politique et culturel des nations et peuples indigènes, c’est un modèle proposé par le gouvernement bolivien actuel à la base de toute stratégie de développement. Il peut se résumer par le fait de vivre en harmonie avec la nature en retrouvant les pratiques ancestrales des cultures de la région et en faisant de la Bolivie un pays digne, souverain, démocratique. Cela s’oppose au modèle développementaliste du capitalisme qui veut toujours Vivre Mieux. Voir « La Bolivie d’Evo Morales, Frères des Hommes-Info, novembre 2011 »
(2) CIOEC : Coordinación integradora de organizaciones económicas campesinas – Coordination des organisations économiques paysannes

Sources
« Bolivia aprueba Ley de Alimentación Escolar como parte de su estrategia para alcanzar la seguridad alimentaria con soberanía », Palova Souza, http://www.fao.org/americas/noticias/ver/es/c/277543/
Encuentro internacional de socios de FdH Bélgica, AOPEB-FdH Europe, La Paz, 18-22 novembre 2013

Photo : Etienne Debande

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