Assassinat de paysans au Guatemala

cuc repression

Notre partenaire, le CUC, Comité d’Unité paysanne, nous informe de graves faits de violence qui se déroulent actuellement dans les campagnes guatémaltèques. Par le biais des communiqués suivants, il dénonce l’assassinat et la violence à l’encontre des paysans par l’armée, la police nationale civile, les paramilitaires et les grands propriétaires terriens.

Communiqué du CUC – 15 mars :

au cours des expulsions qui ont eu lieu en ce 15 mars 2011 dans la Vallée du Polochic, les forces de sécurité et les paramilitaires ont attaqué les paysans, y compris les enfants et les personnes âgées.

Dans la communauté Miralvalle, l’expulsion a été dirigée par le propriétaire et gérant de la raffinerie de sucre Chabil Utzaj, Carlos Widmann, ainsi que par Ricardo Díaz et Jorge Mario Barrientos, à qui nous imputons la responsabilité des faits et de leurs conséquences.

Les paysans de cette communauté avaient demandé la permission de récolter les haricots et le maïs qu’ils avaient semés pour assurer leur subsistance mais cette demande leur a été refusée par les autorités. Alors qu’ils étaient toujours en instance de dialogue avec les autorités, les habitants des communautés avaient demandé que l’on ne détruise pas leurs cultures. Mais les forces de sécurité et les paramilitaires ont commencé à ouvrir le feu et à lancer des bombes lacrymogènes, malgré la présence de femmes et d’enfants. Un tracteur est ensuite passé pour détruire leurs plantations.

Les tirs sans distinction ont entraîné la mort de Antonio Bed Ac, après avoir reçu une balle dans la tête, et d’autres personnes ont été blessées, comme Federico Caal par le coup d’un fusil de chasse dans la jambe, Emilio Xol et Hugo Caal par les bombes de gaz lacrymogène et Concepción Tut qui a été gravement intoxiquée par ces mêmes bombes. 51 familles ont perdu leurs récoltes et leurs maisons qui ont été détruites.

A 8h45 du matin, 20 patrouilles de la Police Nationale Civile et 15 camionnettes de l’armée se sont rendues dans le hameau Agua Caliente de Telemán, situé à Panzós, Alta Verapaz. Ils étaient près de 2000, policiers, soldats, membres du ministère public et agents armés de pistolets.

Alors que les paysans étaient en train de se retirer, la Police Nationale Civile est intervenue violemment, utilisant des groupes d’affrontement composés de paysans armés de machette qui se sont mis à brûler les maisons et détruire les champs de maïs. Ils ont également poursuivi les paysans avec des bombes lacrymogènes jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une propriété privée. Là, ils sont entrés dans la maison de María Elena Pau, qui est la propriétaire de l’immeuble dans lequel ils se sont introduits pour rouer de coups José Tun et Rafael Suy qui sont blessés.

En outre, Justo Tiul Chen et Sebastian Choc, des membres de la communauté ont été capturés par la police.

Nous imputons la responsabilité des meurtres, des blessures, de la destruction des fermes et de l’incendie des cultures à Carlos Widmann et Ricardo Díaz, ainsi qu’aux chefs de la police et de l’armée qui ont dirigé les attaques contre les communautés K’ekchi’s. Sont également complices de ces meurtres, blessures et dommages, l’employé du ministère public Benigno Ramírez et la juge Úrsula Magnolia Teyul Yat.

Nous accusons également le gouvernement de Colom ainsi que les fonctionnaires du ministère des affaires agraires et le mécanisme de dialogue permanent d’avoir trompé les communautés paysannes étant donné que dans le journée d’hier, à la table de discussion, des propositions leur avaient été faites par les communautés pour résoudre la problématique et qu’aujourd’hui ils étaient injoignables, ce qui laisse manifestement penser qu’ils étaient de connivence avec les grands propriétaires terriens meurtriers et qu’ils sont complices des blessures, assassinats et destructions des communautés.

Nous tenons aussi responsable le BCIE car la seule chose qui l’intéresse est de récupérer l’argent taché du sang des indigènes et paysans qu’il avait prêté aux propriétaires de Chabil Utzaj et qui curieusement a été octroyé à la famille de l’épouse de l’ancien président Berger quand ce dernier était encore en fonction, ce qui donne un indice de la corruption ou du trafic d’influence.

Nous exigeons que les expulsions cessent et que l’on résolve la situation de plus de 800 familles paysannes qui sont dans le besoin et qui n’ont aucun endroit où cultiver pour s’alimenter.

Nous demandons aux organisations nationales et internationales de manifester leur solidarité face aux familles expulsées et de nous soutenir dans notre condamnation des fonctionnaires de l’Etat du Guatemala qui sont responsables des faits, tout comme la famille Widmann, qui est la propriétaire de la sucrerie Chabil Utzaj ».

Communiqué du CUC – 17 mars :

La répression contre des familles K’EKCHI’S se poursuit

63 famille paysannes K’ekchi’s de la communauté Quinch (« Trois Etoiles » en espagnol) : Panzos, Alta Verapaz furent expulsées, le 16 mars dernier, par des ouvriers et des contremaîtres agricoles travaillant à la solde des propriétaires fonciers de la famille Widmann, ainsi que par la Police Civile Nationale (PNC), par l’armée et le Ministère Public.

machineLes compagnes et compagnons paysans observèrent, impuissants, comment leurs maisons furent détruites par les lourds engins des propriétaires et comment elles furent incendiées par leurs ouvriers en présence et avec la participation des forces de répression gouvernementales.

Les expulsions se poursuivront aujourd’hui encore dans l’une ou l’autre des 11 communautés que les entrepreneurs et le gouvernement continuent à délocaliser.

Devant la répression et la criminalisation dont ces familles sont l’objet nous faisons de nouveau appel aux organisations indigènes et paysannes, aux défenseurs des droits humains et plus largement aux mouvements populaires pour qu’ils lancent une campagne de solidarité et soutiennent les 800 familles qui seront expulsées et dont les cultures sont en passe d’être détruites. C’est ainsi seulement qu’il sera mis fin aux violations des droits humains perpétrées contre les compagnes et les compagnons.

En tout état de cause, nous exigeons que l’on fasse droit à la quête de terres entamée par les familles paysannes et que l’on cesse de criminaliser leur lutte. En effet, la présence de trois milles d’agents de la PNC et de l’armée à Valle Polochic, à Panzo et à Alta Verapaz montre clairement quelle violence est faite au peuple et quel est le soutien apporté aux entrepreneurs et aux propriétaires fonciers.

Arrestation, intimidation, menaces de mort proférées à l’encontre des expulsés des 16 et 17 mars : Valle del Polochic.

Le 16 mars 2011, à 3h.30 de l’après-midi environ 500 membres de l’armée, policiers et paramilitaires ont procédé à l’expulsion de la communauté Quinich composée de 63 familles.

En même temps, des compagnons de la FGT et du CUC qui se déplaçaient en voiture pour apporter leur soutien à la communauté furent arrêtés sur la route par des membres de l’armée. Finalement, constatant la présence de monsieur Carlos de la Torre, membre du Haut Commissariat de l’ONU chargé des Droits Humains et qui se dirigeait également vers cette communauté, ils acceptèrent de les laisser passer mais uniquement à pied.

Lorsque les compagnons et le représentant du Haut Commissariat arrivèrent dans la communauté que l’on était en train d’expulser, ils essayèrent de parlementer avec la police afin que l’on permette à la communauté de s’en aller pacifiquement et que les cultures ne soient pas détruites. Cependant, malgré qu’elles avaient assuré que rien ne serait détruit, l’armée et la police, ainsi que les travailleurs engagés par l’entreprise et revêtus de l’uniforme de la PNC et de l’armée, brûlèrent et détruisirent maisons et récoltes.

Le total des destructions dans cette communauté se présente comme suit : 63 maisons détruites et incendiées, 89,6 hectares de maïs, 35 hectares de haricots, 2,8 hectares de pastèques, 2,8 hectares de courges, 7 hectares de piments.

Ce 17 mars 2011, arrestations, intimidations et menaces de mort se sont succédées. Elles visaient des leaders communautaires, des dirigeants d’organisations indigènes et paysannes et, durant les deux dernières expulsions de familles de paysans effectuées dans les fincas Ocho de Agosto, Bella Flor, Panzos et Alta Verapaz, des militants des Droits Humains.

Ce jour, à 8h15 du matin, 200 éléments appartenant à la Police Civile Nationale et à l’armée du Guatemala auxquels s’étaient joints des agents de sécurité et des personnes privées engagées par l’entreprise Chabil Utzaj commencèrent à expulser 36 familles d’une extrême pauvreté qui s’étaient installées dans la communauté « Bella Flor » à Panzos et Alta Verapaz. Ils y détruisirent 196 hectares de maïs sur le point d’être récoltés, 100,8 hectares de haricots, 78 hectares de piments et 50,4 hectares d’okras. Ces actions furent exécutées en l’absence des représentants des Droits Humains.

Les représentants légaux de cette communauté demandèrent, de façon pacifique, de ne pas exécuter l’ordre d’expulsion et de ne pas détruire les cultures mais l’administrateur de l’entreprise refusa prétextant que la communauté avait désarmé les agents de sécurité de l’entreprise, ce qui était totalement faux. Le procureur du ministère public donna une heure aux familles pour emporter ce qui leur appartenait. Après 40 minutes, avant l’échéance prévue, le personnel de l’entreprise Chabil Utzaj, utilisant deux engins, entreprirent de détruire les récoltes. Les familles sans avoir fini de rassembler leurs ustensiles personnels furent poursuivies et mises en fuite par des éléments de l’armée et de la police. Elles durent s’enfuir et abandonner tout ce qui leur appartenait.

De même, à 9h.30 du matin, après l’expulsion de la Communauté Bella Flor, le camarade Manuel Xuc Cucul de Panzos, âgé de 55 ans, fut arrêté par des membres de la police civile nationale.

Vers 10 h 00 du matin, une seconde expulsion se déroula dans la communauté Ocho de Agosto. Cette expulsion représente un cas spécial étant donné qu’il s’agit de terres nationales. 11 familles installées sur des terres nationales furent expulsées et perdirent plus de 70 hectares de semences de base.

Cette expulsion démontre clairement que les entreprises Widmann et le gouvernement coopèrent pour procéder à des expulsions donnant lieu à des actes de violence de la part des forces de sécurité publique et du gouvernement.

Les personnes ayant été menacées et harcelées appartiennent au Comité Unité Paysanne CUC, à la Fondation Guillermo Toriello (FGT), à l’Equipe des Etudes Communautaires et d’Action Psychosociale (ECAP). Il s’agissait également de défenseurs des droits humains.

Les menaces étaient le fait de groupes armés, de sympathisants et de travailleurs de l’entreprise Chab’il, Utza’aj, propriété de la famille Widmann. Toutes ces personnes surveillent constamment les bureaux de l’ECAP à l’entrée de Panzos.

Devant ces faits,

NOUS DENONCONS

Une fois de plus ce fut Carlos Widmann qui dirigea l’expulsion. Il était armé d’une arme de poing et gardé par des tueurs professionnels. Monsieur Ricardo Diaz dirigeait également l’opération.
Un camarade de la FGT fut inquiété et menacé par les hommes de main qui accompagnaient monsieur Carlos Widmann
Un camarade de l’équipe de communication du CUC fut agressé et menacé directement par Carlos Widmann bien qu’il lui ait fait remarquer qu’il ne faisait que son travail de journaliste.
Une fois de plus, environ 50 paysans engagés par l’entreprise prirent part à l’action. Cette fois cependant, ils montèrent sans aucunement se cacher dans une ambulance de la police où ils enlevèrent leurs vêtements personnels et revêtirent l’uniforme de la police civile nationale. On leur donna des gourdins. L’armée procéda de la même façon et fournit des uniformes militaires pour que ce groupe de paysans engagés par Chab’il Utza’j participe à l’expulsion conjointement avec la force publique. Plusieurs d’entre eux furent reconnus par des camarades de la communauté expulsée et par des habitants des environs.
Nous dénonçons également les violations du droit à la nourriture commises par les forces de sécurité et les propriétaires lorsqu’ils détruisent des centaines d’hectares de maïs, de haricots et autres cultures rendant ainsi plus lourde l’augmentation du prix des aliments.

NOUS RENDONS RESPONSABLES

La famille Widmann et le personnel de l’entreprise Chabil Utzaj pour les dégâts, les blessures et tout autre attentat ou action criminelle dont nos camarades peuvent souffrir.
Le gouvernement de Colom pour sa complicité et son alliance avec des propriétaires criminels.

NOUS DEMANDONS INSTAMMENT

Que les communautés expulsées bénéficient d’aide et de soutien, leurs récoltes ayant été perdues. Nous demandons la constitution de commissions prenant acte d’une situation où non seulement les droits humains furent violés mais aussi où figurent des risques d’actions dirigées contre les organisations apportant leur soutien aux communautés expulsées.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site suivant: www.cuc.org.gt


0 Responses to “Assassinat de paysans au Guatemala”


  • No Comments

Leave a Reply