17 avril: Journée Internationale des Luttes Paysannes / Appel de Via Campesina

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Le 17 avril est la Journée Internationale des Luttes Paysannes, qui commémore le massacre de 19 paysans qui luttaient pour la terre et la justice au Brésil en 1996. Chaque année, ce jour est célébré dans le monde entier pour défendre les paysannes et paysans qui luttent pour leurs droits.

Ces dernières années, nous avons enduré l’application de nouvelles politiques et de nouveaux modèles de développement basés sur l’expansion et l’expropriation de terrains, connus comme accaparement des terres. L’accaparement des terres est un phénomène développé par des investisseurs et des personnes ayant du pouvoir à échelle locale, nationale et internationale, avec la connivence des Etats et des autorités locales, pour contrôler les ressources les plus appréciées du monde.

Cet accaparement a provoqué la concentration de la terre et des ressources naturelles entre les mains de grands investisseurs, propriétaires de plantations, entreprises travaillant le bois, entreprises hydroélectriques et minières, agences touristiques et immobilières, autorités portuaires et des infrastructures, etc. La conséquence a été le délogement et le déplacement des populations locales (généralement des paysans et des paysannes), la violation des droits de l’homme et de la femme, l’augmentation de la pauvreté, la fracture sociale et la pollution de l’environnement. L’accaparement des terres va au-delà des structures impérialistes Nord-Sud : les sociétés transnationales concernées sont basées aux Etats-Unis, Europe, Chili, Mexique, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Thaïlande, Malaisie, Indonésie et Corée du Sud.

Les institutions financières, comme les banques privées, les fonds de pensions et autres fonds de placements, se sont converties en agents puissants dans l’accaparement des terres, tout en continuant à mener des guerres pour prendre le contrôle des richesses naturelles. La Banque Mondiale et quelques banques régionales de développement sont en train de faciliter l’accaparement de terres et de l’eau moyennant la promotion de mesures et législations qui sont favorables aux corporations, comme la distribution de capital et garanties pour des sociétés d’investissement et le développement d’un modèle économique de développement destructeur et extractif. Entre-temps, la Banque Mondiale et autres institutions ont proposé sept principes pour l’Investissement Agricole Responsable (IAR) qui devraient prévenir les abus, mais qui en réalité rendent légitime l’accaparement de terres pour les investisseurs publiques et privés. La Via Campesina, en collaboration avec des alliés et alliées clés, a protesté contre cette initiative durant ces deux dernières années.

L’accaparement des terres est un phénomène global basé sur la domination corporative de l’agriculture à travers le contrôle de la terre, l’eau, les graines et autres ressources. Beaucoup de gouvernements et cabinets stratégiques le justifient prétendant que l’agro-industrie moderniserait les pratiques agricoles arriérées et garantirait la sécurité alimentaire pour tous. Cependant, ces raisons sont très diffuses et il a été démontré qu’elles sont complètement fausses dans la réalité.

Les agents clés derrière l’accaparement des terres donnent priorité aux profits plutôt qu’au bien-être des personnes : ils produisent des agrocarburants s’ils sont plus rentables que la production d’aliments ; et ils exportent leur production alimentaire si cette production est plus lucrative au lieu de la vendre sur le marché local. Dans cette course au bénéfice, l’agro-industrie est en train d’augmenter son contrôle des systèmes de production des aliments, monopolisant les ressources et dominant dans les processus de prise de décisions.

Les groupes de pression constitués par les corporatives possèdent une forte influence politique qui dépasse souvent les institutions démocratiques. De plus, ils agissent avec la complicité de la classe dirigeante locale et nationale (commerçants, politiciens et leader de communautés) qui ne protège pas son propre peuple du pillage.

L’accaparement des terres a dépossédé beaucoup de paysannes et paysans, ainsi que les peuples indigènes, surtout les femmes et les jeunes, à qui on a enlevé leurs ressources et leurs moyens d’existence. L’environnement souffre lui aussi. Les peuples indigènes et les minorités ethniques se sont vus expulsés de leur territoire par la force des armes, ce qui augmente leur vulnérabilité et dans certains cas occasionne aussi l’esclavage. Les fausses solutions au changement climatique, basées sur le marché, comme par exemple le concept en vogue de l’« économie verte » , est en train de réussir à séparer pour toujours les communautés locales de leurs ressources agricoles et naturelles.

Par conséquent, la Via Campesina lance un appel à tous et toutes ses membres et alliés, mouvements de pêcheurs, organisations de travailleurs agricoles, groupes d’étudiants et environnement, mouvements en faveur de la justice sociale, pour organiser des actions dans le monde entier en ce 17 avril pour exercer une démonstration massive de résistance populaire à l’accaparement des terres et mettre en avant la lutte contre le contrôle corporatif sur les ressources agricoles et naturelles.

Unissons-nous et luttons ensemble :

  • Pour arrêter l’accaparement des terres et réclamer les terres prises. La terre devrait être dans les mains de ceux qui la travaillent !
  • Pour appliquer une réforme agraire intégrale afin d’apporter une justice sociale aux zones rurales.
  • Pour en finir avec le contrôle sur la vie de millions de personnes, exercé par quelques investisseurs et entreprises transnationales.
  • Pour s’opposer aux principes des « investissements agricoles responsables » (IAR) proposés par la Banque Mondiale, puisque le fait que les investisseurs et les entreprises accaparent des terres agricoles n’est pas du tout « responsable ».
  • Pour renforcer le système de production agricole basée sur l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire.

Nous invitons les organisations, mouvements et groupements de personnes le 17 avril à organiser une action directe, une projection vidéo, un marché paysan, une occupation de terres, un débat, une protestation, une exposition d’art, ou n’importe quelle autre action représentant cet objectif.
Terminons-en avec l’accaparement des terres !
La terre pour ceux qui la travaillent !

Informations : viacampesina@viacampesina.org
Texte publié par Minga Informativa de Movimientos Sociales

Traduction de l’espagnol : Graciana Rendón

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